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Quatre ans de prison pour avoir tiré sur des policiers

Le forcené avait provoqué la fermeture de l’autoroute 440 à l’heure de pointe

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Le jeune homme qui a causé tout un émoi à l’été 2018, en tirant sur les policiers avec une carabine à partir d’un viaduc surplombant l’autoroute 440, à Laval, a écopé de quatre ans de détention.

Il s’en est fallu de peu pour que le geste posé par Louis Bouillon, le 14 août 2018, ne se termine pas un drame fatal.

Les agissements du jeune homme dépressif et suicidaire ont provoqué des embouteillages monstres dus à la fermeture de l’autoroute 440 à l’heure de pointe du soir, mais les conséquences auraient pu être plus dramatiques. 

« Il s’agit d’un événement des plus dangereux, qui insécurise toute la population et qui frappe au cœur de la préoccupation de notre société face à l’utilisation des armes à feu, particulièrement dans un lieu public, lorsqu’elle met en danger des dizaines d’innocents », avait d’ailleurs écrit la juge de la Cour supérieure Sophie Bourque, lorsqu’elle a refusé de remettre l’homme de 23 ans en liberté, l’automne dernier. 

Les autorités avaient ordonné la fermeture de l’autoroute 440 à l’heure de pointe du soir, causant des embouteillages monstres.
Photo d'archives
Les autorités avaient ordonné la fermeture de l’autoroute 440 à l’heure de pointe du soir, causant des embouteillages monstres.

La décision de la magistrate, qui révèle de nombreux détails jusqu’ici méconnus du public, était frappée d’un interdit de publication jusqu’à la finalité du dossier.

Or, le tout s’est conclu vendredi, au palais de justice de Laval, lorsque Bouillon a plaidé coupable d’avoir déchargé intentionnellement une arme à feu vers une autopatrouille sans se soucier que quelqu’un s’y trouve. 

Il a aussi reconnu avoir été en possession de quatre carabines sans avoir de permis et d’avoir mal entreposé lesdites armes.  

À l’été 2018, le jeune homme vivait des moments difficiles et il s’est mis à consommer des quantités excessives d’alcool. 

Quatre carabines

Bouillon détenait alors quatre armes longues, plusieurs chargeurs et des munitions appartenant à son père, avec lesquelles il pensait se suicider.

Le 14 août 2018, vers 15 h, après avoir envoyé des textos à plusieurs de ses amis indiquant qu’il les aimait et qu’il les reverrait au paradis, il est allé se poster sur le viaduc du boulevard des Laurentides, qui enjambe l’autoroute 440, à Laval. 

Les agents Étienne Dulude et David Pichette ont aperçu le forcené sur la structure, pointant son arme munie d’un télescope vers l’autoroute. Au même moment, Bouillon a composé le 911 pour intimer les patrouilleurs de se tenir à distance.

Son but : provoquer les policiers afin que ceux-ci l’abattent avec leur arme.

Louis Bouillon s’est rendu après plus d’une heure de négociations.
Photo d'archives
Louis Bouillon s’est rendu après plus d’une heure de négociations.

Deux fillettes chanceuses

Le jeune Lavallois a d’abord tiré un coup de feu dans les airs. Or, ce projectile a parcouru trois kilomètres pour passer à travers le toit d’une maison et atterrir aux pieds de deux fillettes de 4 et 11 ans qui regardaient la télévision dans leur salon.

Bouillon a ensuite tiré un second coup en direction de l’autopatrouille. La balle a pénétré le châssis du côté conducteur, pour terminer sa course à l’intérieur de la portière, tout près de l’agent Dulude.

Au terme de plus d’une heure de négociations, Bouillon s’est finalement rendu.

Pendant toute la durée de l’intervention, des centaines d’automobilistes se sont cachés dans les fossés à proximité ou barricadés derrière un semi-remorque installé sur l’autoroute par les policiers. 

Les policiers ont placé un semi-remorque sur les voies rapides pour servir de barricade aux automobilistes.
Photo d'archives
Les policiers ont placé un semi-remorque sur les voies rapides pour servir de barricade aux automobilistes.

La juge Dominique Larochelle a condamné Bouillon à la peine minimale de quatre ans de détention pour ses crimes. 


► Détenu depuis son arrestation, il reste à Louis Bouillon 22 mois à purger.

Des réactions

« Je ne savais plus [où] me situer par rapport à mon emploi, à savoir pourquoi c’est arrivé à moi, pourquoi ai-je passé si près de la mort alors que j’avais seulement 23 ans. [...] Contrairement à l’accusé, je ne souhaitais pas mourir ce jour-là... »

« L’ampleur de l’intervention était énorme et tout le monde était sujet à se faire tirer dessus par l’accusé. Par chance que le travail des agents a bien été effectué, car celui-ci [le tireur] aurait pu entraîner plusieurs personnes dans la mort. [...] Par miracle, celui-ci m’a manqué et il n’y a eu aucune victime. »

– L’agent Étienne Dulude

« Chaque jour, lorsque je passe sur ou sous le viaduc des Laurentides/440, j’en ai un souvenir clair. [...] Les conséquences de cette journée se font toujours sentir et resteront gravées à jamais. »

« J’ose espérer que ces événements étaient un cas isolé et que cela ne se reproduira plus jamais. Je crois, au fond de moi, que c’était un appel à l’aide et j’espère de tout cœur qu’il obtiendra toute l’aide désirée. Par contre, que M. Bouillon, sache que la vie est parsemée d’embûches et que tu te dois d’être en mesure de les surmonter adéquatement et pacifiquement tout en parvenant à obtenir de l’aide adéquatement. »

– L’agent David Pichette

« Seules la chance, la réponse des autorités et surtout les interventions professionnelles du préposé au 911 et du négociateur [...] ont fait qu’une situation de crise ne s’est pas transformée en tragédie. »

« Bien que sa détresse et ses pensées suicidaires fussent connues, personne n’a pris la difficile décision d’appeler les autorités pour que les armes lui soient enlevées. Il ne s’agit pas de jeter le blâme à qui que ce soit, mais de souligner à quel point problème de santé mentale et arme à feu forment un cocktail redoutable qui commande une attitude proactive de toute personne alertée [...]. »

– Sophie Bourque, juge de la Cour supérieure