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Irak: les manifestants déterminés, malgré les coups de boutoir du pouvoir

Irak: les manifestants déterminés, malgré les coups de boutoir du pouvoir
AFP

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BAGDAD | Les manifestants antigouvernementaux ont reconstruit, lundi, leurs campements incendiés dans plusieurs villes irakiennes, toujours déterminés face à la répression exercée par les forces de sécurité et dénoncée par un groupe de pays étrangers.   

Cette pression accrue sur le gouvernement irakien intervient au lendemain d’un tir de roquettes qui a touché, pour la première fois directement, l’ambassade américaine à Bagdad, faisant un blessé.  

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Cette attaque fait craindre une nouvelle montée des tensions, sur le sol irakien, entre l’Iran et les États-Unis, pays ennemis, mais tous deux alliés du régime de Bagdad. De précédentes attaques contre les intérêts américains dans le pays ont été imputées par Washington à des factions pro-Iran.  

Rejetant toute ingérence, iranienne ou américaine, dans le pays, les manifestants, en majorité des jeunes, qui réclament de profondes réformes politiques, continuent à défier les forces de sécurité, malgré la répression qui a fait 21 morts et des dizaines de blessés en une semaine.  

Lundi, des milliers d’étudiants ont de nouveau défilé à Bagdad et dans des villes chiites du sud de l’Irak.  

Balles réelles  

Seize ambassadeurs en Irak ont condamné «l’usage excessif et létal de la force» pour réprimer les manifestations.  

«Malgré les assurances données par le gouvernement, les forces de sécurité et des groupes armés continuent à faire usage de balles réelles dans ces villes, faisant de nombreux morts et blessés parmi les civils, tandis que certains manifestants sont victimes d’intimidation et d’enlèvements», écrivent les diplomates dans un texte signé notamment par les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne.  

Ce mouvement de contestation inédit, né le 1er octobre, demande des élections anticipées et un premier ministre indépendant pour succéder au démissionnaire Adel Abdel Mahdi. Il dénonce la corruption endémique et le manque de services publics, et réclame que ceux impliqués dans la répression meurtrière des manifestations rendent des comptes.  

Depuis le début du mouvement, près de 480 personnes, en grande majorité des manifestants, ont été tuées, selon un décompte de l’AFP.   

Les manifestants revendiquent leur indépendance vis-à-vis des partis politiques, même si le puissant leader chiite Moqtada Sadr les a soutenus avant de faire volte-face vendredi.   

«La première fois que nous sommes venus protester, ce n’était pas en adhésion aux discours du mouvement sadriste ou d’aucun autre parti politique», affirme Zaineb Mohammad, étudiante à Kerbala, dans le sud de l’Irak. «Nous sommes venus indépendamment et nous continuerons jusqu’à ce que nos revendications soient satisfaites».  

Tentes brûlées  

Lundi, à Nassiriya, une autre ville du sud, un manifestant a été tué et quatre blessés, alors que des hommes armés non identifiés ont pris d’assaut une place où campaient depuis des mois des protestataires.  

Juste après minuit, des hommes armés ont pénétré sur la place Habboubi, à Nassiriya, mettant le feu à des tentes de manifestants, selon un correspondant de l’AFP. Des morceaux de tissu et des armatures en métal carbonisées jonchaient le sol.  

Loin d’être intimidés, des protestataires ont monté de nouvelles tentes et apporté du ciment pour construire un abri. Ils ont bloqué deux des principaux ponts de la ville.  

Plus au sud, dans la ville portuaire de Bassora, des étudiants ont aussi dressé des tentes, après le démantèlement de leur campement ce week-end par les forces de l’ordre, selon un journaliste de l’AFP.  

À Najaf, le principal camp de protestataires a été incendié dans la nuit par des inconnus, selon un correspondant de l’AFP, mais les manifestants ont repris lundi leur blocage de routes.  

Une procession funéraire a défilé dans cette ville en hommage à un manifestant de 14 ans tué à Nassiriya, Ali Zouweir. Des proches portaient son cercueil, brandissant son portrait et pleurant.  

Vendredi, les forces de l’ordre avaient commencé à pénétrer dans les principaux camps des manifestants, après que Moqtada Sadr eut retiré son soutien au mouvement.  

Le leader chiite avait mobilisé, ce jour-là, des milliers de partisans pour réclamer le départ des 5200 soldats américains stationnés en Irak. Le sentiment anti-américain dans le pays s’est ravivé après la mort, le 3 janvier à Bagdad, d’un haut général iranien, Qassem Soleimani, émissaire de Téhéran en Irak, tué dans une frappe américaine.