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Virus: l’OMS appelle le « monde entier à agir », premières évacuations d’étrangers

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Le bilan des morts lié au nouveau coronavirus est monté à 170 en Chine, avec plus de 1700 nouveaux cas de contamination enregistrés dans le pays, a annoncé jeudi le gouvernement chinois.

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L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a appelé mercredi le « monde entier à agir » face au nouveau coronavirus, qui a d’ores et déjà fait plus de malades que le SRAS en Chine, tandis que des centaines d’étrangers ont été évacués de Wuhan, la ville chinoise d’où s’est propagée l’épidémie.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, les autorités chinoises ont annoncé que le bilan s’était alourdi, avec 37 nouveaux décès liés à l’épidémie dans la région de Hubei, où se trouve Wuhan, et un dans la province de Sichuan (sud-ouest). Le bilan total s’élève désormais à 170 morts en Chine.

Concernant les infections, 1032 nouveaux cas ont été répertoriés dans le Hubei, et un au Tibet, ce qui porte le bilan à environ 7700 cas de contamination en Chine continentale (hors Hong Kong).

Un chiffre qui dépasse désormais le nombre (5327) des malades du Syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), un coronavirus qui avait fait en 2002-2003 un total de 774 morts, dont 349 sur le territoire chinois.

Parallèlement, la liste des pays touchés s’allonge, les derniers en date étant les Émirats arabes unis et la Finlande.

« Le monde entier doit être en alerte, le monde entier doit agir », a déclaré mercredi de Genève Michael Ryan, le directeur des programmes d’urgence de l’OMS, qui tiendra jeudi une nouvelle réunion d’urgence.

Celle-ci sera consacrée à « la question de savoir si l’épidémie actuelle constitue une urgence de santé publique de portée internationale », a expliqué le directeur général de cette organisation, Tedros Adhanom Ghebreyesus, à son retour de Pékin. « Une transmission interhumaine a été enregistrée dans trois pays en dehors de la Chine », à savoir l’Allemagne, le Vietnam et le Japon.

De leur côté, une vingtaine d’États étrangers ont annoncé environ 80 cas confirmés au total sur leur sol, dont une cinquième personne mercredi en France.

Évacuations

Signe du durcissement des mesures de précaution au niveau international, des compagnies aériennes comme British Airways, l’Allemande Lufthansa et l’Indonésienne Lion Air, qui exploite la plus grande flotte aérienne d’Asie du Sud-Est, ont annoncé la suspension immédiate de tous leurs vols vers la Chine continentale.

Et ce après que plusieurs pays, dont le Royaume-Uni, l’Allemagne et les États-Unis, y avaient déconseillé tout voyage.

Hong Kong a de son côté décidé de fermer six de ses 14 points de passage terrestre avec le reste de la Chine.

Quant à la Russie, elle va fortement limiter ses liaisons ferroviaires avec ce pays à partir du 31 janvier, ne maintenant en service que la ligne Pékin-Moscou

Dans le même temps, 195 Américains évacués de Wuhan et arrivés mercredi matin sur une base militaire californienne ont été examinés. Aucun ne présente les symptômes du virus, mais tous y resteront en quarantaine pendant 72 heures.

En revanche, parmi les 206 Japonais évacués de Wuhan arrivés mercredi à Tokyo, trois ont été contaminés, a annoncé jeudi matin le gouvernement japonais. Ces trois cas s’ajoutent aux huit déjà recensés précédemment. Les tests n’ont pas encore été effectués pour les 210 autres Japonais rapatriés jeudi matin.

« Nous ne pouvions plus circuler librement (...) Le nombre des malades a commencé à rapidement s’envoler à un certain point, c’était effrayant », a témoigné à son arrivée à Tokyo l’un des rapatriés japonais, Takeo Aoyama, un salarié de Nippon Steel.

Un premier avion devait partir dans la nuit de mercredi à jeudi de France à destination de cette métropole et que les Canadiens en affrétaient un. Paris prévoit de ramener à bord de deux avions au moins 350 Européens, dont 250 Français.

Berlin a annoncé l’évacuation de quelque 90 Allemands présents à Wuhan « dans les prochains jours ». Près de 600 citoyens européens veulent aussi être évacués de Chine, a annoncé mercredi la Commission européenne.

L’Australie, qui réfléchit également à une évacuation, envisage de placer ses ressortissants en quarantaine sur l’Île Christmas, dans l’océan Indien.

Wuhan, où le coronavirus est apparu en décembre, et la quasi-totalité de la province du Hubei dont elle est la capitale sont coupées du monde depuis le 23 janvier par les autorités dans l’espoir d’endiguer l’épidémie, un cordon sanitaire qui concerne 56 millions d’habitants et quelques milliers d’étrangers.

Incertitudes

Wuhan, où la circulation des véhicules non essentiels est interdite, gardait des allures de ville fantôme. « C’est le premier jour que je sors depuis le début du confinement. Pas d’autre choix: il fallait que j’achète à manger », a raconté à l’AFP un des rares piétons à s’aventurer dans les rues.

Dans le reste de la Chine, où les congés du Nouvel An lunaire ont été prolongés jusqu’au 2 février, la plupart des habitants, effrayés, désertent centres commerciaux, cinémas et restaurants.

À l’instar de plusieurs autres compétitions sportives (cyclisme, football, tennis), les épreuves de Coupe de monde de ski alpin prévues en Chine pour février ont été annulées et les Championnats du monde en salle d’athlétisme, qui devaient s’y dérouler à Nankin du 13 au 15 mars, ont été repoussés à 2021.

Alors que la recherche d’un vaccin - entamée en particulier en Chine et aux États-Unis - devrait prendre des mois, des scientifiques de l’Institut Doherty en Australie ont assuré être parvenus à répliquer en laboratoire le coronavirus, une étape jugée cruciale.

Au-delà du secteur aérien, l’épidémie actuelle de pneumonies virales crée des incertitudes pour l’ensemble des perspectives économiques mondiales, a souligné mercredi le président de la Fed, la banque centrale américaine, Jerome Powell.

Un constat que font également les multinationales, des constructeurs automobiles aux sous-traitants informatiques en passant par l’industrie du luxe.

La période d’incubation moyenne se précise autour de 5 jours

La période d’incubation du nouveau coronavirus apparu à Wuhan, en Chine, est de l’ordre de 5,2 jours en moyenne, mais varie grandement en fonction des patients, selon des chercheurs chinois dans l’une des études les plus larges publiées à ce jour sur l’épidémie de pneumonie virale.

Le fait que l’estimation soit préliminaire et « imprécise », et fasse apparaître de grandes variations, justifie « une période d’observation ou de quarantaines de 14 jours pour les personnes exposées », écrivent les chercheurs des autorités sanitaires chinoises dans cette étude parue dans la grande revue médicale New England Journal of Medicine (NEJM).

L’Organisation mondiale de la santé évoquait dans un bulletin lundi une fourchette de 2 à 10 jours pour l’apparition des symptômes (fièvre, toux, essoufflement, voire détresse respiratoire aiguë).

L’estimation chinoise des périodes d’incubation du 2019-nCoV a été réalisée à partir de 10 malades. Mais les chercheurs ont au total étudié les 425 premiers patients afin d’établir deux caractéristiques de base de l’épidémie.

Au début à Wuhan, en décembre, le nombre de cas a doublé tous les 7,4 jours, selon leurs données.

Ils estiment également que chaque malade a infecté en moyenne 2,2 personnes, un chiffre appelé taux de reproduction de base, ou « R zéro ». Ce chiffre n’est pas prédictif en soi de l’ampleur d’une épidémie, mais il est un paramètre utile. En l’occurrence, il est relativement bas, plus proche de la grippe hivernale (de l’ordre de 1,3) que de la rougeole, très contagieuse (plus de 12), et comparable au SRAS de 2002 (3).

Les chercheurs concluent enfin que les transmissions entre humains « se sont produites entre contacts proches depuis le milieu du mois de décembre 2019 ».

Deux autres analyses rendues publiques mardi ont conclu à des périodes d’incubation moyennes de quelques jours seulement: 5,8 jours d’après 34 patients étudiés par des chercheurs aux Pays-Bas, avec de grands écarts; et trois jours au plus dans le cas d’un Vietnamien de 27 ans, contaminé par son père revenu de Wuhan, selon une lettre parue dans le NEJM.

Dans la grande étude chinoise, la moitié des 425 malades avaient 60 ans ou plus. Aucun n’avait moins de 15 ans.