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Est-ce que la FFQ devrait perdre son financement?

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«Je n’aurais jamais dû faire ce tweet-là, c’était déplacé, maladroit, et auprès des femmes de la fédération, des Québécoises, des Québécois, des membres de l’équipe et du CA, je tiens à m’excuser.» C’est ce qu’a déclaré la présidente de la Fédération des femmes du Québec lors de son passage à La Joute, sur les ondes de LCN. Depuis, madame la présidente se confond en excuses un peu partout, et avec raison.   

Je n’ai pas été la seule à trouver complètement inapproprié le tweet de celle que j’ai baptisée à la blague «la Donald Trump du mouvement féministe». Tout comme l’agent orange, madame aurait dû tourner son clavier sept fois avant de tweeter. Mais la ressemblance entre Bouchard et Trump s’arrête là.    

Gabrielle Bouchard n’en est pas à ses premières frasques sur les réseaux sociaux. Dans la foulée du débat autour du droit d’accès des femmes à l’avortement, elle a tweeté qu’on devrait peut-être songer à vasectomiser les hommes à 18 ans. Cela avait fait un tollé et madame Bouchard s’était défendue en prétextant l’ironie. Elle a aussi fait appel à cet argument, hier, quand elle se trouvait au cœur de la tourmente. Mais un as de la communication comme elle devrait savoir que les médias sociaux sont un bien mauvais véhicule pour l’ironie.     

La Fédération des femmes du Québec (FFQ) n’a pas été longue à se dissocier des propos tenus par sa présidente. Des propos qui, on le rappelle, ont été publiés avec son compte personnel. Sur sa page Facebook, la FFQ a précisé que ses membres et son CA n’endossaient pas le tweet ni le message de Gabrielle Bouchard.   

 Et c’est là que ça se corse pour madame Bouchard, à mon avis. Parce que de tels propos sont indignes de ses fonctions et ne sont pas en adéquation avec «la ligne de parti», mettons.     

Dans la série d’entrevues qu’elle a accordées hier, madame Bouchard a pourtant affirmé que les membres et le CA de la FFQ étaient toujours derrière elle. Permettez-moi d’en douter. Plusieurs membres ont fait état du malaise qu’elles éprouvaient à être représentées par une femme aussi impulsive, une femme qui semble chercher à attirer l’attention par tous les moyens. C’est dommage, car ce faisant, elle détourne l’attention des vrais enjeux de la lutte féministe et sème la division au sein même de ses propres troupes. On n'a pas besoin de ça.      

Maintenant, est-ce que la FFQ devrait perdre sa subvention des suites des agissements de sa présidente? La réponse est NON. Même si le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale a jugé que les propos de la présidente de la Fédération des femmes du Québec étaient «totalement inacceptables», je ne pense pas que l’organisme et ses membres devraient payer pour les pots cassés.     

La FFQ a reçu 120 000$ en financement de la part de son ministère pour l’année 2019-2020. C’est bien peu, considérant les luttes fondamentales que l’organisme a à mener. Gabrielle Bouchard l’a dit, bien que maladroitement: les femmes sont encore majoritairement représentées dans les statistiques concernant la violence conjugale. Les femmes, toujours statistiquement, gagnent encore moins que les hommes dans plusieurs corps de métier. Et si Gabrielle Bouchard a été portée à la tête de la FFQ, c’est pour sa vision du féminisme intersectionnel.     

En gros, le mandat de madame Bouchard à la FFQ est de contribuer à la déstigmatisation des femmes les plus vulnérables: les femmes racisées, les femmes vivant en situation de handicap, les femmes qui font partie des communautés LGBTQ+. Et j’en oublie sûrement. Ces combats sont fondamentaux. Et pour porter cette cause à bout de bras, ça prend l’appui financier et symbolique du gouvernement. J’espère donc que le ministre aura la décence de ne pas faire payer toutes les femmes pour une erreur commise par une seule personne.