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La «petite grand-mère» des Algonquins quitte l’Abitibi

Son départ attriste la communauté qu’elle a servie pendant 10 ans

Sœur Renelle
Courtoisie Dany Chouinard

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LAC-SIMON | Le passage à l’année 2020 est marqué par un triste départ pour de nombreux Algonquins de l’Abitibi. Sœur Renelle Lasalle, affectueusement surnommée «Kokomic» («petite grand-mère» en langue anishinabeg), quitte la communauté de Lac-Simon après 10 ans de services.  

«Ça va être dur, ça va être dur...», répète Patricia Brazeau, qui côtoyait sœur Renelle quotidiennement, alors qu’elle s’occupait de l’entretien ménager du presbytère.    

«Je vais m’ennuyer. Elle organise des activités, elle sourit tout le temps. Je partageais beaucoup avec elle aussi», poursuit-elle.   

La «kokom» bien connue de la communauté, Monique Papatie, a aussi développé une grande amitié avec la religieuse.    

«Ça a été ma confidente, c’est une personne qui a vraiment beaucoup de cœur, qui est très serviable et très généreuse. Elle s’est vite jointe aux Autochtones», encense l’aînée.   

 

Sœur Renelle
Courtoisie Dany Chouinard

 

«J’étais prête à mourir»   

Sœur Renelle ne joue pas à l’autruche. Elle n’atténue d’aucune façon les sévices que des religieux catholiques ont fait subir aux Autochtones par le passé. Elle en était d’ailleurs consciente au moment de son arrivée il y a 10 ans.   

«J’étais prête à mourir, raconte la religieuse. Je représentais tous les sévices qu’ils avaient eus! Je me disais: “Ce serait mérité.”»   

Cependant, la communauté s’est vite éprise de sœur Renelle, laquelle arrivait après le décès tragique du prêtre de l’époque, mort asphyxié d’une fuite de gaz au sous-sol de l’église.    

«Je voyais la peine épouvantable. Pour eux, la perte du prêtre, c’était plus d’églises, plus de sacrements, plus de mariages, plus de baptêmes, c’était fini! Je les ai écoutés, j’ai compati et je leur ai dit: “Ça ne se peut pas que le bon Dieu vous abandonne. Il va vous envoyer quelqu’un.” Je ne savais pas que ce “quelqu’un” était moi!», se souvient-elle.   

Renelle Lacasse aura donc réussi à partager sa foi tout en valorisant la culture traditionnelle de ses paroissiens. Juste avant Noël, lors de la messe dominicale, elle arborait fièrement les mocassins que lui ont offerts les membres de la communauté en vue de son départ.    

 

Sœur Renelle
Courtoisie Dany Chouinard

 

Les mocassins sur le cœur   

Sa voix joignait aussi celles des fidèles qui entonnaient les chants religieux en langue anishinabeg.    

«J’ai des mocassins dans les pieds, mais j’en ai aussi tatoués sur mon cœur», lance-t-elle.   

Mais à 70 ans, après avoir accompagné les Algonquins à travers plusieurs tragiques épreuves, sœur Renelle est fatiguée.    

«Au cours des deux dernières années, j’étais proche du burn-out. C’est quand même lourd. C’est aussi parce que je ne veux pas que les gens se fient seulement à moi. Ils doivent prendre plus de responsabilités», dit-elle.    

La «Kokomic» de Lac-Simon se retire donc pour un moment de repos dans la région de Joliette.   

 

Sœur Renelle
Courtoisie Dany Chouinard