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Vendre de l’espoir

Penguins c. Canadiens
Photo Martin Chevalier Les avis divergent quant à la direction que devrait prendre le Canadien. Certains suggèrent une reconstruction complète et croient qu’il faut échanger les vétérans Shea Weber et Carey Price.

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Chacun a sa théorie... ou encore, chacun possède un parcours que devrait emprunter le Canadien pour sortir du bourbier dans lequel il est empêtré depuis trop longtemps. 

Certains suggèrent un plan de reconstruction. D’autres croient que le moment est choisi pour placer dans la vitrine Carey Price et Shea Weber. 

Entretenant la frustration des dernières saisons, on s’interroge sérieusement sur l’organigramme de l’entreprise. Doit-on procéder à des changements majeurs ? 

Quand va-t-on reconnaître que le recrutement des patineurs accumule plus de ratés que des joueurs susceptibles de relancer la concession ? Le plus talentueux du groupe provient d’une autre organisation : Nick Suzuki a été un choix de premier tour des Golden Knights de Vegas. Pour l’instant, les décideurs vendent de l’espoir. 

Mardi soir, les Sabres de Buffalo, une organisation qui patauge dans la médiocrité depuis des années, ont perdu un match qu’ils devaient gagner. Ils se sont inclinés à domicile contre les Sénateurs d’Ottawa. 

Ce soir, ils affrontent le Canadien. 

Quand je vous mentionne qu’on vend de l’espoir, une victoire du Tricolore et on dira tout de suite : eh bien, le Canadien devance maintenant les Sabres au classement de la division Atlantique. 

On ajoutera : vous voyez, on ne doit pas désespérer. Et avec Brendan Gallagher et Jonathan Drouin de retour, le Canadien est une meilleure équipe, par conséquent, on ne sait jamais... 

Mais le parcours qu’il faudra emprunter est rempli d’obstacles. A-t-on les ressources pour les contourner ? Poser la question, c’est y répondre, n’est-ce pas ? 

Devant la tournure des événements, une question revient constamment. Aurait-il fallu, il y a quelques saisons, aviser la clientèle qu’un changement de gestion s’imposait ? 

L’exemple des Maple Leafs 

Aurait-il fallu imiter les Maple Leafs de Toronto ? N’ont-ils pas effacé l’époque de Phil Kessel et de Dion Phaneuf ? Quand Brendan Shanahan a invité les détenteurs d’abonnements saisonniers à la patience parce que l’organisation avait décidé d’effectuer un virage complet, misant sur la jeunesse, sur le recrutement et sur le développement, dès le début du processus, les Leafs ont mis la main sur Auston Matthews, puis sur Mitch Marner, puis sur William Nylander.  

En cours de route, ils ont ajouté quelques vétérans, notamment John Tavares. Ils n’ont pas encore atteint les objectifs fixés, mais on a changé l’image de l’organisation, allant même jusqu’à congédier un entraîneur à qui on avait consenti un contrat de huit ans. On a également remercié Lou Lamoriello pour donner le poste à un jeune homme de 30 ans, Kyle Dubas. 

« Réinitialisation rapide » 

Chez le Canadien, on a constamment rejeté cette option. Marc Bergevin revient constamment avec la gestion d’une « réinitialisation rapide », traduction de « reset on the fly ». On peut toujours redémarrer un ordinateur de 2012, mais je ne suis pas certain qu’il pourra répondre à la nouvelle technologie malgré quelques modifications. 

Peut-on relancer une concession alors que les deux joueurs identifiés pour défendre la cause sont deux vétérans montrant un curriculum vitae impressionnant ? Deux joueurs qui prennent de l’âge. Shea Weber aura 35 ans le 14 août prochain et Carey Price aura 33 ans le 16 août. Et, à part Suzuki, a-t-on la certitude que les joueurs sélectionnés au cours des dernières années répondront aux attentes ? 

On ne peut nier que Jesperi Kotkaniemi, repêché troisième il y a deux ans parce que, disait-on, il possède toutes les qualités pour occuper, éventuellement, l’un des deux premiers postes au centre de l’organisation, soulève un peu d’inquiétude. Il a 19 ans, on va patienter, mais pendant combien de temps ? 

Ryan Poehling possède un solide gabarit, mais il est évident qu’il n’occupera pas un rôle dans le top six. 

Pour le reste, et on l’a répété plusieurs fois, a-t-on les éléments pour combler l’écart entre les jeunes joueurs et les deux vétérans ? On peut toujours miser sur Brendan Gallagher, sur Jonathan Drouin, sur Phillip Danault, sur... Gallagher et Danault disputeront la dernière année de leur entente la saison prochaine. Jeff Petry et Tomas Tatar, s’ils sont toujours dans l’organisation, également. 

A-t-on été aveuglé par la récolte de 96 points de l’an dernier ? On l’a tous été. 

Mais le directeur général, qui fait maintenant la promotion d’une compagnie se spécialisant dans le traitement au laser, doit avoir une vision claire de l’avenir de l’entreprise. 

Pageau attire l’attention 

Pas étonnant que Jean-Gabriel Pageau attire l’attention de plusieurs directeurs généraux de la ligue. 

Il est polyvalent. On peut lui confier plusieurs missions. 

Mais, comme le suggèrent plusieurs décideurs de la Ligue nationale, doit-on risquer un choix de premier tour pour un joueur de location ? On ne le croit pas. 

L’expérience des dernières années n’a pas été trop concluante, bien au contraire. Et, comme plusieurs commentaires en provenance du week-end des étoiles à St. Louis l’indiquent, on préférera regarder du côté des joueurs avec une autre année à écouler au contrat. 

Le risque est moins grand. 

La parité, le classement des équipes, le calendrier des matchs sont tous de nature à inviter les directeurs généraux à une longue réflexion quand viendra le temps de passer aux actes. 

Kreider et Tatar 

Chris Kreider, par exemple, sera un joueur de location. On ne doute pas de ses qualités. Cependant, va-t-on donner aux Rangers de New York un choix de premier tour sans savoir s’il poursuivra sa carrière avec sa nouvelle équipe ? 

Par contre, le dossier de Tomas Tatar offre des alternatives. Voilà un joueur qui possède des statistiques intéressantes. Il a encore une autre année à écouler à son entente. Devrait-on céder un choix de premier tour pour ses services ? 

Tout dépend de la situation d’une équipe qui convoite ses services. 

Mais, dans le contexte actuel, le risque est moins grand que si vous acceptez de céder un premier choix pour Kreider.