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Le Royaume-Uni quitte l’Union européenne pour aborder un avenir incertain

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Après 47 ans de vie commune houleuse, le divorce est prononcé. Le Royaume-Uni est devenu vendredi le premier pays à quitter l’Union européenne pour écrire un nouveau chapitre de son histoire riche en incertitudes. 

Cette fois, c’est fini. Il aura fallu trois ans et demi de déchirements dans les familles et d’invectives au Parlement pour que le grand saut dans l’inconnu, voté à 52% par les Britanniques en 2016, se concrétise. Le Royaume-Uni doit désormais s’atteler à la tâche difficile de rebâtir des relations avec le bloc réduit à 27, mais aussi les grandes puissances comme les États-Unis de Donald Trump qui lui font des appels du pied.   

Aux abords du Parlement de Westminster où fourmillent les drapeaux britanniques, une foule de milliers de personnes exulte, criant: « Liberté ! »   

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Peu avant l’heure fatidique, 23 h à Londres, minuit à Bruxelles, le premier ministre Boris Johnson a prédit que le Brexit, dont il a été un promoteur acharné, serait un « succès retentissant », « quels que soient les obstacles ».   

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« La chose la plus importante à dire ce soir, c’est que ce n’est pas la fin, mais le début, le moment où l’aube pointe et le rideau se lève sur un nouvel acte », a-t-il ajouté, lyrique, promettant « le début d’une nouvelle ère de coopération amicale » avec l’Union européenne.   

Commerce, sécurité, pêche... Avec Bruxelles, les termes de la coopération doivent être définis d’ici à la fin de l’année. Dès les semaines à venir, des négociations qui s’annoncent âpres vont s’ouvrir et leur issue reste très incertaine.   

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Dans le nord de l’Angleterre, dans la ville de Morley, qui a voté à 60% pour le Brexit, une grande fête a été organisée dans une salle ornée aux couleurs du Royaume-Uni. « J’attendais ça depuis 2016 », jubile Joshua Spencer, étudiant de 25 ans.   

« Perdre des droits » 

L’événement marque un nouvel épisode où tout reste à écrire, mais pas la fin des divisions qui ont fracturé le Royaume-Uni. Les Remainers gardent un goût amer, notamment dans les provinces britanniques qui ont voté majoritairement pour rester dans l’UE, en Écosse et Irlande du Nord.    

À Edimbourg, le drapeau continuera de flotter après le Brexit devant l’assemblée locale, où des centaines de personnes se sont réunies vendredi soir pour dire leur opposition au départ de l’UE. La première ministre Nicola Sturgeon a répété sa détermination à lutter contre le refus de Londres d’autoriser un référendum sur l’indépendance.    

« C’est une honte » que l’Écosse quitte l’UE contre sa volonté, peste Joe Harrow, guide touristique de 62 ans. « Nombre d’entre nous s’identifient comme Écossais et Éuropéens. »   

À 55 ans, Boris Johnson peut savourer comme une victoire la concrétisation du Brexit, après avoir été élu à une large majorité en décembre sur la promesse de le réaliser. Il a réussi là où la précédente locataire de Downing Street, Theresa May, avait échoué. 

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  Se posant en rassembleur, le premier ministre, qui a tout misé sur le Brexit, veille à se garder de tout triomphalisme.   

Devant ses ministres réunis dans la ville pro-Brexit de Sunderland, il insisté sur sa volonté de « tourner la page des divisions » et « travailler à toute vapeur » pour rassembler le pays.   

De Bruxelles à Berlin en passant par Paris, les dirigeants européens ont exprimé leurs regrets et leur détermination à trouver « le meilleur partenariat » possible » pour le Brexit qui porte un coup au rêve européen. « Un signal d’alarme historique » qui doit « nous faire réfléchir », a averti le président français Emmanuel Macron.   

Le jour a beau être historique, il n’entraîne pas de grand changement concret dans l’immédiat. Pour que la séparation se fasse en douceur, le Royaume-Uni continuera d’appliquer les règles européennes jusqu’au 31 décembre.   

Promesses de Trump 

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Le plus difficile reste à faire. Les complexes négociations sur les liens qui uniront Londres et Bruxelles en matière commerciale, de sécurité ou de pêche après la transition s’annoncent disputées.    

Londres souhaite aboutir en un temps record, avant la fin de l’année, et exclut toute prolongation de la transition au-delà de 2020. Un calendrier jugé très serré à Bruxelles.   

Boris Johnson, qui détaillera sa vision en début de semaine prochaine, a déjà clairement annoncé qu’il visait un accord de libre-échange du même type que celui signé par l’UE avec le Canada, sans alignement sur les règles communautaires, quitte à accepter des contrôles douaniers.    

Bruxelles, qui craint une concurrence déloyale, a d’ores et déjà prévenu: sans « conditions équitables » en matière d’environnement, de travail ou de fiscalité, pas de « large accès au marché unique ».   

Le gouvernement britannique compte profiter de ce qu’il présente comme sa liberté retrouvée pour contrôler plus strictement l’immigration et se rapprocher d’autres grandes puissances, au premier rang desquelles les États-Unis de Donald Trump, qui fait miroiter à Londres un accord « magnifique ».