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Financement politique: amende record pour Hydro-Québec au Maine

Bloc Hydro Québec
Photo d'archives MARIO BEAUREGARD

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Hydro-Québec vient de se voir imposer la deuxième plus importante amende de l’histoire du Maine dans un dossier de financement politique. Une décision que ne contestera pas la société d’État, elle qui entend continuer d’injecter des dizaines de milliers de dollars par mois dans une campagne référendaire où elle joue gros.  

Hydro a été condamnée à verser une amende de 36 000 US$ (47 500 CA$) par la Commission de l’éthique gouvernementale et des pratiques électorales du Maine.  

La société – qui cherche à bâtir une ligne à haute tension du Québec au Maine afin d’exporter de l’électricité – aurait dû déposer plus tôt les documents d’enregistrement de la campagne politique qu’elle mène en faveur du projet. Elle a également présenté, avec plus d’une semaine de retard, ses documents financiers. Deux gestes lourds de conséquences.   

«On pensait qu’on était conforme», a fait valoir au Journal Serge Abergel, chargé par Hydro-Québec de cet épineux dossier.  

Un référendum 

Au Maine, comme dans plusieurs États américains, des groupes de citoyens peuvent réclamer la tenue de référendums dans le cadre d’élections présidentielles. C’est ce qui va se produire, en novembre 2020 dans le Maine, si les opposants au projet de ligne à haute tension d’Hydro-Québec arrivent à récolter 65 000 signatures. Les électeurs de l’État vont devoir voter si oui ou non ils souhaitent la venue de ce projet.  

«Dans ce contexte, on a deux options, contester l’amende, ou la payer et passer à autre chose. Le plus important, pour nous, c’est de monter notre campagne contre l’industrie du gaz, qui cherche à nous bloquer la voie, dit M. Abergel. On va payer la pénalité, c’est une erreur de notre part, mais on va continuer notre lutte contre l’industrie du gaz, qui a investi pas moins de 4 M$ jusqu’à maintenant en placements publicitaires. Sur internet, Google, la télévision, les médias traditionnels.»  

Pas moins de 220 000 $ auraient été consacrés jusqu’à maintenant par Hydro-Québec dans cette campagne, à un rythme d’environ 60 000 $ par mois. Si elle se poursuit jusqu’en novembre, Hydro pourrait donc engloutir plus d’un million de dollars américains en publicités et interventions de lobbying.  

Rappelons que le partenaire d’Hydro-Québec dans le Maine, Central Maine Power (CMP), prévoit construire la ligne New England Clean Energy Connect (NECEC) de 1200 mégawatts (MW), d’une longueur de 233 kilomètres, au coût d’un milliard de dollars américains. Hydro va construire la partie du réseau qui se rendra jusqu’à la frontière américaine puis, c’est elle qui exportera l’électricité à même la ligne.  

Vivement opposé à ce projet, le représentant indépendant de l’État du Maine, Kent Ackley, s’est réjoui de la décision de la commission. C’est d’ailleurs lui qui avait déposé la plainte.  

«Je suis ravi qu’ils acceptent enfin qu’ils ont violé la loi, ici, dans le Maine. Si Hydro va mettre son nez dans la campagne référendaire, ils doivent le faire sans briser la loi», dit-il.  

L’élu juge qu’Hydro-Québec exploite un «trou» dans la loi et qu’à titre d’entreprise étrangère, elle ne devrait pas pouvoir s’ingérer dans un processus référendaire.  

«Je ne pense pas que les Québécois aimeraient qu’une grosse compagnie américaine débarque chez eux et décide de dépenser une fortune afin de s’ingérer dans les élections, et le fasse de façon illégale en plus», illustre-t-il.