/misc
Navigation

Gabrielle Bouchard ou là où se trace la ligne

Où trace-t-on la ligne entre maladresse et récidive?

Gabrielle Bouchard
Photo Chantal Poirier

Coup d'oeil sur cet article

Je regardais se dérouler la nouvelle saga entourant Gabrielle Bouchard, cette semaine, et une succession de questions passait en boucle dans mon esprit. Permettez que je vous en fasse part.   

  

Selon vous, jusqu’où doit-on accepter les excuses? Où trace-t-on la ligne entre maladresse et récidive? En tant que femme moi-même, je me demande, en outre, jusqu’où doit-on laisser nos jupons être éclaboussés de la sorte par quelqu’un qui, à cause du poste occupé, se permet de sévir en notre nom à toutes? Notre indulgence se doit-elle d’être infinie ou au nom du respect de nous le plus élémentaire, a-t-on le droit de mettre un holà sans équivoque?    

  

Demandons-nous aussi combien de temps tolérerions-nous n’importe quel autre individu dans une même position d’autorité, qui agirait de la même manière? Combien de fois passerions-nous l’éponge? Très peu, sinon aucune, et avec raison. Maintenant, pourquoi serait-ce différent pour Gabrielle Bouchard? Pourquoi est-ce que, d’une fois à l’autre, en ce qui la concerne, je nous vois nous dire « à la prochaine fois »? Est-ce qu’on a tant que ça du temps et de l’énergie à perdre en colère et en indignation sur une même situation, qui ne sait que se répéter encore et encore? N’y a-t-il pas plus urgent, plus rassembleur, plus intelligent et plus intéressant à faire?    

  

On ne peut plus nier que les comportements de Gabrielle Bouchard nuisent au climat social ainsi qu'à l’ensemble des Québécois, à commencer à celles pour qui elle prétend travailler. En étant à la tête d’un organisme qui s’appelle la Fédération des Femmes du Québec, les dires et les agissements de sa présidente ne peuvent que rejaillir sur l’ensemble des Québécoises, qu’elles se reconnaissent ou non en l’organisme. Ainsi, en suggérant de s’en prendre à nos garçons et à nos amours, même avec « humour », même avec sarcasme, elle ne manque pas de donner raison à tous ceux qui sont persuadés que nous ne voulons être libres et en sécurité que pour mieux nous venger des hommes, ce qui ne saurait être plus faux. Tout n’est pas terminé. Bien des choses restent à faire, à mener et à construire, mais chose certaine, les méthodes de Gabrielle Bouchard menacent de recul tout ce qu’elle espère vouloir faire avancer.    

  

De plus, ses sorties ne sont pas sans effets et conséquences sur les hommes, si nombreux au Québec, qui savent aimer, qui savent ce qu'est le respect et pour qui toute forme de violence faite à une femme ou un enfant est tout simplement inconcevable. À tous ces hommes qu’on met pourtant dans le même lot que les violeurs et les assassins, à qui on suggère à répétition, même si supposément à la blague, d’attenter à l’intégrité sexuelle et sociale.    

  

Enfin, c’est sans parler de la presse terrible que les déclarations de la présidente font à tous les trans, qui se battent depuis tellement longtemps pour faire tomber les préjugés et normaliser leur présence et leurs droits fondamentaux dans la société. Chaque fois que Gabrielle Bouchard fait des siennes sur les réseaux sociaux, elle porte préjudice, fait ombrage et discrédite leur lutte dans l’opinion collective, ce qui à mon sens est hautement déplorable.    

  

Qu’on me comprenne bien : je ne souhaite pas la disparition de la FFQ. Ce que j’espère, c’est qu’elle se sorte du ridicule dans lequel on l’a plongée. Qu’elle s’offre une grande réflexion pour mieux réaffirmer sa mission, ses principes et ses valeurs qui sont censés, comme l'annonce son étendard, viser le bien de toutes les femmes du Québec, pas seulement celles qui répondent à ses critères intersectionnels. Pour ma part, je trouve que la simple dissociation en attendant le prochain coup fumant n’est pas suffisante et que c'est un peu facile.    

  

En terminant, je crois qu’il nous revient aujourd'hui de tracer la ligne au-delà de laquelle nous ne laissons plus de tels individus parler pour nous, car être une femme libre, vraiment libre j’entends, c’est d’abord en être une responsable, digne, fière et soucieuse de ne pas laisser n’importe qui la représenter ou parler à sa place.