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Jean Charest est-il vraiment un «progressiste»?

Jean Charest
Photo Journal de Montréal

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De toute la saga surréaliste entourant la possible candidature de Jean Charest à la chefferie conservatrice, auto-avortée la semaine dernière, un aspect disons plus discret mérite encore réflexion.  

Je parle de cet automatisme fascinant où l’on continue de considérer M. Charest comme un «progressiste» pour l’unique raison qu’il est issu originellement du défunt Parti progressiste-conservateur.  

Or, la vraie question est Jean Charest a-t-il vraiment une pensée politique à lui? Et si oui, quel est-elle? Commençons par le début.  

C’est quoi, au juste, le «progressisme»? Force est malheureusement de constater qu’au fil du temps, le mot est devenu un genre de vaste fourre-tout qui, dans les faits, ne veut plus dire grand-chose.  

Son sens premier reste néanmoins le même. Le progressisme vise une plus grande justice sociale. Or, qu’en est-il de Jean Charest?  

Lorsqu’il était premier ministre libéral du Québec, il est vrai qu’il a modifié la Charte québécoise des droits et libertés par une clause reconnaissant l’égalité hommes-femmes. Ce geste était «progressiste», c’est indéniable.  

Le reste de l’œuvre, par contre, le fut passablement moins. Le fait est que la majeure partie de sa longue feuille de route politique témoigne d’une pensée nettement plus affairiste que progressiste.  

Côté «vision», Jean Charest ne fut-il pas avant tout l’homme des milieux d’affaires – ceux-là mêmes que l’on courtise pour leurs talents quand vient le temps d’aider à la conquête ou la rétention du pouvoir?  

Ces notables influents se sont d’ailleurs montrés fort généreux envers le PLQ dont il était le chef. Généreux au point même de verser dans le financement illégal pendant plusieurs années.  

Son parti-pris étant celui du secteur privé, son extrême facilité à passer des conservateurs aux libéraux - et vice-versa -, se comprend donc d’autant plus aisément. Appelons-ça du polyamour politique. Ou dit autrement, le type de véhicule importe moins que la possibilité de placer les deux mains fermement sur son volant.  

Bref, sur le fond des choses et sur le strict plan des idées, Jean Charest n’était ni un vrai conservateur, ni un vrai libéral ni un vrai progressiste. Au Québec, à de rares exceptions près, ses trois mandats à la tête du gouvernement sous la bannière libérale en ont fait foi.  

Dès après sa victoire en 2003, le nouveau premier ministre Charest s’était d’ailleurs surtout pressé d’annoncer sa fameuse «réingénierie» de l’État – un concept issu de la «pensée managériale». Ou, si vous préférez, l’art de concevoir l’État comme une grosse entreprise.  

Or, les manifestations se multipliant dans les rues, M. Charest fut obligé de tempérer ses ardeurs. Du moins, en apparence.  

Son affairisme se reflètera aussi chez son ministre de la Santé, Philippe Couillard. À force d’enrichir ses ex-collègues médecins spécialistes à même les fonds publics, son ministre aura en effet réussi à métamorphoser la médecine québécoise en une culture essentiellement entrepreneuriale.  

En 2012, on découvre même chez Jean Charest un côté franchement autoritaire.  

Face aux manifestations quotidiennes du Printemps étudiant, il impose in extremis une loi dite «spéciale». Cette loi limitait rien de moins que les libertés fondamentales d’expression et de réunion pacifique. N’était-ce pas là l’antithèse même du progressisme?  

Jean Charest, un «progressiste»? Bravo pour la légende urbaine.