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Quand un usurpateur se prend pour un ambassadeur (1)

Quand un usurpateur se prend pour un ambassadeur (1)
AFP

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« Nous sommes tous très ignorants, ce qui se passe, c’est que nous n’ignorons pas tous les mêmes choses. » 

- Albert Einstein 

Il y a quelques jours, avait lieu une rencontre entre deux grands usurpateurs: Jacques Attali, ex-conseiller de François Mitterrand accusé de plagiat par Élie Weissel, et le putschiste Juan Guaido, président autoproclamé du Venezuela par la grâce de Donald Trump, qui a aussi autorisé l’«autoproclamation» de la putschiste Jeanine Añez en Bolivie. 

Lorsqu’il s’est fait connaître, il y a quelques décennies, Jacques Attali s’était drapé dans les habits roses du socialisme, en devenant conseiller spécial du président François Mitterrand, de 1981 à 1991. Son livre Verbatim, publié après coup, laissait entendre qu’il s’agissait de conversations privées entre lui et le président socialiste Mitterrand, alors qu’il s’agissait d’un livre de mémoires. Depuis, il n’a cessé de jouer dans les grandes ligues, multipliant les scandales, entre autres à propos de son train de vie princier. Plus récemment, il s’est vanté d’avoir créé à lui seul le personnage Macron: «Emmanuel Macron? C’est moi qui l’ai repéré. C’est même moi qui l’ai inventé. Totalement». Ça en dit long sur le personnage. En octobre dernier, il associait le souverainisme à l’antisémitisme. «Les juifs et les musulmans, menacés tous les deux par le souverainisme, doivent s’unir face aux fantasmes du grand remplacement.» 

Faute d’avoir réussi au Venezuela, où Nicolas Maduro apparaît plus fort que jamais, malgré tout l’arsenal de la guerre de troisième génération mis en place par la Maison-Blanche contre le gouvernement légitime, Guaido cherche maintenant la reconnaissance internationale en Europe pour renverser Maduro. Après Justin Trudeau, à Ottawa, ce fut au tour du président français Emmanuel Macron de le recevoir à l’Élysée, alors que la popularité de Macron est au plus bas, tout comme celle de Guaido dans son propre pays. 

En Espagne, par contre, Pedro Sanchez, le premier ministre socialiste, a refusé de le recevoir en prétextant un emploi du temps chargé. Il lui a délégué sa ministre des Affaires étrangères, qui a poussé l’outrecuidance de réclamer des élections «libres et démocratiques». Or les dernières élections, remportées par Nicolas Maduro, s’étaient déroulées en présence de nombreux observateurs étrangers, dont l’ex-président socialiste espagnol José Luis Zapatero. Ce gouvernement socialiste est actuellement minoritaire et il doit désormais compter avec un allié sur sa gauche, le parti Podemos, pour demeurer au pouvoir. On peut facilement deviner que Sanchez a dû faire une concession à ses alliés de Podemos en refusant d’aller serrer la main à l’usurpateur Guaido. 

Sanchez est toutefois rattrapé par son passé récent. Rappelons qu’il avait adressé un ultimatum au président Maduro en le sommant de convoquer de nouvelles élections d’ici cinq jours, faute de quoi il allait reconnaître Juan Guaido comme président officiel du Venezuela. Ce qu’il fit, sans se faire prier. Mais quel culot tout de même! Pour lui clouer le bec, Maduro aurait fort bien pu sommer ce même Sanchez de reconnaître Puigdemont comme président de la Catalogne ou d’organiser un nouveau référendum sur la souveraineté de la Catalogne... (À suivre)