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Virus: les États-Unis recommandent d’éviter la Chine, l’OMS déclare l’urgence internationale

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Les États-Unis ont enjoint à leurs ressortissants de ne pas voyager en Chine, où le bilan du nouveau coronavirus s’est alourdi, vendredi, à 213 morts, alors que de nombreux pays durcissaient leurs mesures de précaution face à une épidémie déclarée «urgence internationale» par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) . 

Washington a monté son niveau d’alerte au cran maximal en recommandant, tard jeudi, «de ne pas se rendre» en Chine, en raison de l’épidémie de pneumonie virale dans le pays, alors que les cas de contamination locale se multiplient dans le monde.  

À l’issue d’une réunion quelques heures plus tôt à Genève, l’OMS, critiquée précédemment pour ses atermoiements, a déclaré que l’épidémie du nouveau coronavirus constituait «une urgence de santé publique de portée internationale».  

Les autorités chinoises ont fait état, vendredi, de 43 nouveaux décès en vingt-quatre heures, soit la plus forte progression quotidienne depuis le début de l’épidémie. Le nombre de patients contaminés approche désormais 10 000 en Chine continentale (hors Hong Kong).  

Si l’immense majorité des cas de contamination restent localisés en Chine, au premier chef dans la province du Hubei d’où s’est propagée l’épidémie, une centaine ont également été déclarés dans près de vingt autres pays, y compris en Europe et en Amérique du Nord.  

Les mesures de précaution internationales s’intensifient: l’Italie a annoncé la suspension de tous les vols «de et vers» la Chine, et plus d’une quinzaine de compagnies aériennes, dont Air France, British Airways et Lufthansa, ont interrompu leurs vols vers le pays.    

La Russie a fermé sa frontière terrestre avec la Chine, longue de plus de 4000 kilomètres, et les mesures de restrictions – notamment des suspensions de visas pour les visiteurs chinois – se renforcent en Asie.  

L’OMS a cependant averti, jeudi, que les restrictions à la circulation des personnes et des biens pendant une urgence de santé publique pourraient s’avérer «inefficaces», perturber la distribution de l’aide et plomber l’économie des pays touchés.  

Opération chinoise de rapatriement 

En Chine même, la métropole de Wuhan (centre), où est apparue en décembre le nouveau coronavirus, reste coupée du monde depuis le 23 février, tout comme la quasi-totalité de la province environnante du Hubei, un cordon sanitaire interdisant à quelque 56 millions d’habitants de partir.  

Pointant les «difficultés pratiques» des résidents de Wuhan et de sa région se trouvant actuellement à l’étranger, Pékin a annoncé, vendredi, son intention d’envoyer des avions civils pour les rapatrier directement vers la ville.  

À l’inverse, à la suite des États-Unis et le Japon dès mercredi, plusieurs pays continuent d’organiser l’évacuation d’une partie de leurs ressortissants piégés à Wuhan.   

Un avion français en a décollé vendredi matin, peu après 7h (heures locales), avec 200 Français à bord. Un second vol de rapatriement est prévu, plus tard cette semaine, pour évacuer d’autres Français et des ressortissants d’autres pays européens.   

Un avion espagnol affrété en coopération avec Londres doit également rapatrier vendredi environ 200 personnes, dont 150 Britanniques, une vingtaine d’Espagnols et d’autres Européens.  

D’autres pays planifient des opérations: l’Italie a annoncé l’envoi d’un avion, Berlin prévoit l’évacuation de quelque 90 Allemands «dans les prochains jours», le Canada comme la Nouvelle-Zélande prévoient des vols.  

À Wuhan, qui garde des allures de ville fantôme, la circulation des véhicules non essentiels est interdite, les hôpitaux restent débordés, et des milliers d’étrangers demeurent sans certitude de pouvoir partir.   

«J’ai l’impression qu’ils ne se soucient pas de nous. Je pourrais mourir de faim, être infectée et mourir», se désolait Aphinya Thasripech, une Thaïlandaise trentenaire enceinte.  

Les 195 Américains arrivés mercredi en Californie devaient rester en quarantaine pendant 72 heures. Les rapatriés français seront, eux, isolés dans un centre de vacances pendant 14 jours, tandis que les Britanniques seront confinés sur une base militaire. Le Japon, faute de cadre légal, n’a pas imposé de quarantaine à ses rapatriés.  

Navire de croisière confiné 

«Notre plus grande préoccupation est la possibilité que le virus se propage dans des pays dont les systèmes de santé sont plus faibles», s’est alarmé, jeudi, le directeur de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus.  

De nombreux pays ne sont pas prêts à faire face à l’épidémie, avait auparavant averti le Conseil de supervision de la préparation globale (GPMB), organe de contrôle international basé à Genève.  

D’autant que, signal inquiétant, des transmissions interhumaines se multiplient hors de Chine et ont été enregistrées en Allemagne, au Japon, aux États-Unis ou encore en France.  

Aux États-Unis, le mari d’une sexagénaire ayant contracté le virus en Chine a été contaminé à son tour, portant le nombre de cas à six au total. En France, un sixième cas d’infection a été annoncé: celui d’un médecin contaminé par une personne rentrée en Chine. En Allemagne, un homme de 33 ans a été contaminé par une collègue venue de Chine.  

L’Italie, où aucun cas n’a été finalement détecté parmi les 7000 passagers d’un navire de croisière qui avaient été confinés à bord jeudi, a déclaré deux cas, ceux de deux touristes chinois.  

À travers la Chine, où les congés du Nouvel An lunaire sont prolongés jusqu’au 2 février, les habitants effrayés désertent commerces et restaurants, tandis que des villages se barricadent derrière des barrages sauvages.  

Les personnes originaires de Wuhan se heurtent partout à la suspicion, tandis qu’à l’étranger, les communautés chinoises font part d’une recrudescence d’attitudes discriminatoires à leur encontre.  

L‘impact de l’épidémie sur l’économie mondiale dépendra notamment de sa durée, a averti le Fonds monétaire international. De nombreuses entreprises et usines chinoises resteront fermées jusqu’au 9 février au moins.