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Votre pension du fédéral n’est pas garantie

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Illustration Adobe Stock

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Sur le plan fiscal, je pourrais difficilement me qualifier de « conservateur ». Ce n’est pas un déficit budgétaire qui me fera déchirer ma chemise. 

La situation du gouvernement fédéral commence cependant à me fatiguer. Ottawa patauge dans le rouge depuis plusieurs années et ne montre aucune volonté d’en sortir.

C’est vrai que la dette du Canada se compare avantageusement avec celles d’autres pays développés. C’est vrai aussi que les coûts d’emprunt sont bas, mais d’un autre côté, si on aligne déficit après déficit alors que l’économie du pays roule à plein régime, qu’est-ce que ce sera quand elle basculera en récession ? 

Danger dans le rétroviseur

Il est difficile de prédire les cycles économiques et leurs répercussions sur les coffres de l’État. 

Il y a cependant un phénomène que l’on voit approcher depuis un bout dans le rétroviseur et qui risque de faire mal aux finances publiques : le vieillissement de la population. 

La démographie n’est pas une science bien complexe. On n’a pas besoin de superordinateurs pour savoir comment se répartira dans 25 ans une population sur la pyramide des âges. 

Il suffit de connaître l’âge actuel du groupe, les taux de natalité, de mortalité et d’immigration, puis bingo ! Il est plus compliqué de prévoir le temps qu’il fera dans cinq jours. 

2030, une année critique

Depuis des années déjà, on a reconnu 2030 comme étant l’année où il y a aura le plus de retraités vivant des prestations de l’État. 

En l’an 2000, 2030 semblait encore bien loin. En 2020, c’est à peine plus de deux mandats de gouvernement. Comme on peut lire sur le rétroviseur de son auto, « Les objets dans le miroir sont plus près qu’ils ne paraissent ».

Combien ça coûte ? 

Contrairement à la RRQ qui est capitalisée dans une caisse séparée par les contributions des employés et leur employeur, le programme de la Sécurité de la vieillesse est financé à même le budget fédéral, donc avec nos taxes et nos impôts. Il comprend la pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV), le Supplément de revenu garanti (SRG) et l’Allocation au conjoint. Pour de nombreuses personnes âgées, on vient de résumer ici l’essentiel de leurs sources de revenus de retraite. 

À lui seul, le programme représente actuellement 2,7 % du PIB du pays. Ça n’a l’air de rien, mais c’est énorme, sachant que le PIB du Canada dépasse 2200 milliards de dollars. C’est donc plus de 60 milliards versés en pensions. En 2030, le même programme accaparera plus de 3,2 % d’un PIB estimé de 3200 milliards, soit plus de 80 milliards de dollars. (Petite nuance : le bond est important, mais un peu moins qu’il n’y paraît en raison de l’inflation.) Ces données sont tirées du dernier rapport actuariel sur le Programme de la sécurité de la vieillesse (2019).

Quelles sont les options ?

Pour amortir le choc, les conservateurs de Stephen Harper avaient prévu de rehausser graduellement jusqu’à 67 ans l’âge minimum auquel les retraités pouvaient toucher la pleine pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV). 

À leur arrivée au pouvoir, les libéraux, qui font comme si ce qui s’en vient n’existait pas, ont jeté ce plan aux poubelles. 

Parmi les options pour faire face à l’augmentation des coûts du programme, il n’y en a pas une qui sera agréable. 

Il faut cesser de croire aux licornes, voici les scénarios possibles :

  1. Réformer le programme. Cela impliquerait une hausse de l’âge de la retraite, mais aussi une baisse du seuil de récupération de la PSV. Actuellement, ceux qui déclarent des revenus de plus 75 900 $ voient une partie de leurs pensions coupée. Imaginons qu’on descende la ligne à 50 000 $, ça hurlerait dans les chaumières ! 
  2. Mettre la hache dans les autres services. 
  3. Hausser les impôts.
  4. Laisser la dette gonfler, donc repousser le problème vers les prochaines générations. 

On pourrait imaginer un cocktail de tout ça.

D’ici là, les finances publiques devront aussi composer avec une hausse des coûts de santé et sans aucun doute quelques récessions.

Plus on attend, plus les mesures de redressement feront mal.