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Série d’incidents à l’école pour un garçon autiste

Une mère de Montréal a porté plainte à sa commission scolaire

École manque encadrement
Photo Dominique Scali Stéphanie Pouliot, 41 ans, avec son fils Matteo Pouliot Oliviera, 8 ans, devant l’école où il a subi une commotion cérébrale sans que les parents en soient avisés.

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Commotion cérébrale, disparition au parc, manque d’encadrement. Une mère qui craignait pour la sécurité de son fils dans une école de Montréal s’est rendue jusqu’à lui acheter une montre avec GPS.

« Cette année, c’est n’importe quoi. C’est le “free-for-all” », dit Stéphanie Pouliot. 

Son fils Matteo Pouliot Oliviera, 8 ans, pourra changer de classe aujourd’hui. Il s’agit d’une solution trouvée pour mettre fin à une série d’incidents qu’a subis le garçon à l’école Marie-Rivier, dans le quartier Saint-Michel. 

Il y a deux semaines, la mère s’était même procuré pour lui une montre avec GPS intégré afin de pouvoir le situer en tout temps. 

« Je ne trouve pas ça normal d’avoir à acheter ça. »

La montre avec GPS qu’a achetée Mme Pouliot pour pouvoir retracer son fils.
Photo Dominique Scali
La montre avec GPS qu’a achetée Mme Pouliot pour pouvoir retracer son fils.

Matteo a un trouble autistique léger. Il est maintenant en 3e année. Attachant et poli, le garçon a toujours été en classe ordinaire.

Il fonctionne bien avec l’aide appropriée, mais quand il vit de l’anxiété, il a tendance à vouloir se réfugier à la maison, explique Mme Pouliot. Un seul incident de fuite s’était produit quand il était tout petit, en maternelle. 

Ensuite, plus rien... jusqu’à cette année.

En raison de son trouble, Matteo n’est pas censé déambuler seul dans l’école, pas même pour aller aux toilettes. En décembre, une telle permission lui a été accordée dans un cours d’éducation physique. Il s’est alors sauvé à la maison. 

Une autre fois

Puis, il y a moins de deux semaines, son enseignant a décidé d’amener son groupe au parc. Mme Pouliot a alors reçu un appel lui disant que son fils était introuvable. 

« Je l’ai cherché pendant 40 minutes. » Des policiers se sont même rendus à l’école, ce que le Service de police de la Ville de Montréal a refusé de confirmer pour des raisons de confidentialité. 

En fait, Matteo se trouvait dans les toilettes de l’école. Ayant eu une envie urgente, il avait quitté le parc sans avertir l’enseignant, n’ayant jamais développé de lien de confiance avec lui, explique Mme Pouliot. 

Pour une sortie à proximité de l’école, l’enseignant n’était pas obligé d’être accompagné d’un deuxième adulte, explique Faten Philippe, directrice en soutien à la gestion des établissements à la commission scolaire de Montréal (CSDM). 

« On travaille à ce que ça ne se reproduise jamais », assure-t-elle. 

Pas avisée

La semaine dernière, un nouvel incident est survenu. À son retour de l’école lundi, Matteo se plaignait de maux de tête et de fatigue. Ce n’est que le lendemain qu’il a avoué à sa mère avoir été poussé par un élève pendant son cours d’éducation physique et s’être cogné la tête contre un mur. 

Le prof lui a d’ailleurs appliqué de la glace et a mandaté l’enseignant titulaire d’informer la famille, rapporte-t-elle. Or, personne de l’école ne l’a avisée. 

Dans une clinique, Matteo a notamment été diagnostiqué avec une commotion cérébrale. 

Mme Philippe confirme que la mère aurait bel et bien dû être avisée, mais elle ne croit pas que la succession d’incidents soit le symptôme d’un manque d’encadrement à Marie-Rivier. « L’erreur est humaine ».  

« J’ai été très, très patiente [avec l’école] », dit de son côté Mme Pouliot. Mais ce nouvel incident est la goutte qui a fait déborder le vase, résume-t-elle.

Il y a des failles dans l’encadrement en classe

En plus des problèmes de sécurité, l’accompagnement en classe de Matteo s’est mis à battre de l’aile cette année, au point où le garçon a perdu la motivation d’aller à l’école, raconte sa mère. 

« Il ne veut plus rien savoir de faire des devoirs », illustre sa mère. 

Plusieurs employés sont inquiets pour les élèves de la classe dont faisait partie Matteo jusqu’à la semaine dernière, indique un membre du personnel qui préfère garder l’anonymat pour ne pas nuire à son emploi. 

Car malgré les interventions et le soutien proposé, l’enseignant aurait de la difficulté à gérer son groupe, affirme-t-on.

« On était rendus à trois rencontres d’urgence » avec l’enseignant pour répéter des choses qui avaient pourtant déjà été expliquées. Il semble « manquer de jugement » et faire preuve de « nonchalance », estime Stéphanie Pouliot.  

« Perdre son temps »

Par exemple, il avait tendance à demander à Matteo de faire des dessins en classe, pendant que les autres avançaient dans les différentes matières, rapporte-t-elle.  

« Matteo me disait souvent : “il me fait perdre mon temps”. » 

Les parents n’ont pas toujours un portrait complet de tout ce qui se passe en classe, nuance toutefois Faten Philippe, de la commission scolaire de Montréal (CSDM).

Par ailleurs, il était difficile de planifier les moments où une technicienne en éducation spécialisée pouvait se rendre en classe pour accompagner Matteo. 

Mme Pouliot a donc porté plainte à la CSDM vers la fin du mois. 

Dans un courriel de suivi daté du 20 janvier, le bureau des plaintes de la CSDM mentionne plusieurs interventions qui ont été mises en place, dont une « supervision de l’horaire de suivi » pour que Matteo « reçoive le service » d’accompagnement par une technicienne. 

Vendredi, Mme Pouliot a poussé un soupir de soulagement en apprenant que Matteo changerait de prof aujourd’hui. 

Quand on lui demande s’il a hâte de recommencer dans une nouvelle classe, le garçon répond : « bien sûr ! »

Mme Pouliot se dit très contente que la CSDM et la direction aient pris sa plainte au sérieux. « Mais je suis déçue d’avoir eu à passer par tout ça pour que mon enfant soit en paix et en sécurité. »

De son côté, la CSDM assure que Matteo reçoit les services nécessaires. Les causes de sa démotivation récente peuvent être « multifactorielles », rappelle Mme Philippe.