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La Corée du Nord, vraiment?

Steven Guilbeault
Photo Guillaume St-Pierre Le ministre du Patrimoine, Steven Guilbeault, a dû faire une profession de foi pour l’indépendance de la presse, lundi.

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L’importante réflexion sur l’avenir des communications au Canada lancée la semaine dernière par un groupe d’experts a déjà donné lieu à ses premiers dérapages et confusions.

D’abord la confusion, courtoisie du ministre du Patrimoine, Steven Guilbeault. 

M. Guilbeault a été forcé de se précipiter devant la presse lundi pour clarifier ses propos du week-end. 

Enflure verbale

Dans une entrevue télévisée diffusée dimanche sur les ondes de CTV, l’écologiste a laissé entendre que les médias d’information étrangers comme le New York Times et d’autres pourraient être tenus d’obtenir un permis auprès d’Ottawa.  

« Je ne vois pas trop où est le problème. Un nombre considérable d’entreprises internationales qui opèrent au Canada dans une foule de domaines se confirment à nos règles », a-t-il dit. 

S’en est suivi avec raison une levée de boucliers de ceux qui craignent un contrôle de l’information par l’État.

M. Guilbeault a rectifié le tir en catastrophe hier matin. Il jure que jamais son gouvernement n’a eu l’intention d’exiger des licences pour les médias d’information et d’en réglementer le contenu.

Comment M. Guilbeault s’est-il mis dans ce pétrin ? Faisait-il part d’une préférence personnelle ? A-t-il parlé trop vite ? Simple quiproquo ? 

Quoi qu’il en soit, le mal était fait. Justin Trudeau a ramassé les pots cassés à la période des questions.

Fidèle à son habitude, l’opposition conservatrice n’a pas fait dans la dentelle. 

On a comparé le gouvernement Trudeau à Big Brother, la Corée du Nord, la Russie, la Chine, l’Iran... Rien pour élever le débat, alors qu’il y a tant à dire. 

Enjeux complexes 

L’enflure verbale des conservateurs leur permet peut-être d’amasser de l’argent auprès de leurs donateurs, mais elle occulte la complexité du dossier. 

Surtout que des inquiétudes demeurent, après la volte-face du ministre Guilbeault. 

Soit, le rapport d’expert exclut spécifiquement les médias d’information de l’obligation d’obtenir un permis auprès d’Ottawa afin d’opérer au Canada.

Mais le fédéral pourrait exiger une sorte d’enregistrement auprès de lui. C’est du moins l’interprétation de spécialistes comme Michael Geist, de l’Université d’Ottawa.

Une telle mesure est-elle réaliste ? Le gouvernement Trudeau voudra-t-il aller aussi loin ? 

Le ministre Guilbeault réitère son ambition de déposer un projet de loi réformant les télécommunications canadiennes au cours des prochains mois. 

Il doit d’abord digérer le volumineux et complexe rapport déposé la semaine dernière qui trace la voie à des réformes qui visent à « mettre au pas » les géants du web.

Une tâche aussi lourde que complexe. Ces géants comme Facebook, Google, Amazon ou encore Netflix travailleront fort pour protéger leurs intérêts. 

L’apport des oppositions au débat sera crucial dans les mois à venir. Les conservateurs peuvent faire mieux que ces grossières exagérations.