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Weinstein: rien à voir avec Ghomeshi

Weinstein: rien à voir avec Ghomeshi
AFP

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Avec le procès d'Harvey Weinstein qui se déroule en ce moment à New York, il se trouve encore des gens pour rappeler la fausse information suivante: «Le procès Jian Ghomeshi a bien montré que le système de justice est injuste envers les femmes et prouve qu'on fait le procès des victimes». 

Dans le procès Weinstein, l'avocate de l'accusé a produit en cour une communication entre la présumée victime et le producteur où elle lui a dit, après une soirée où elle aurait présumément été agressée: «Je me sens tellement fabuleuse et belle. Merci pour tout.»  

Je viens d'entendre à la radio, deux commentateurs faire à nouveau le parallèle avec le procès Ghomeshi, comme si ce qui avait fait acquitter Ghomeshi, c'est le fait que les présumées victimes avaient maintenu une relation avec leur présumé agresseur.  

Je reproduis donc ici , mot à mot, un texte que j'ai publié il y a deux ans, lors du verdict dans le procès de Bill Cosby, quand des commentateurs et des analystes avaient répété les mêmes fausses infos au sujet du procès Ghomeshi.  

«Les deux dossiers n’ont rien à voir. Il faut rappeler, encore et encore, pourquoi l’ancien animateur de la CBC a été acquitté : ça n’a rien à voir avec une prétendue injustice envers les femmes.

Ça devient franchement agaçant que, dans une frange de la population, on continue d’associer le procès de Ghomeshi à un déni de justice fait aux femmes. Tous ces gens devraient relire le jugement rendu à l’époque ou devraient lire l’excellent livre de la journaliste canadienne-anglaise Christie Blatchford, Life Sentence, dans lequel elle consacre tout un chapitre au procès Ghomeshi, qu’elle a couvert de bord en bord.

“These women weren’t eviscerated. Rather, they self-eviscerated, self-destructed, did themselves in, each more spectacularly than the last.”

Autrement dit, ce n'est pas la vilaine avocate de la défense ou le juge qui ont fait tomber les présumées victimes.

Elles se sont “autopeluredebananisées” en mentant à la police, en mentant à leurs avocats, en mentant en Cour, en omettant des informations ou en cachant des faits pertinents à la cause .

Bref, en n’étant pas des témoins dignes de confiance.

Deux des plaignantes ont échangé un total de 5000 courriels... mais ont affirmé qu’il n’y avait pas eu de collusion et qu’elles ne discutaient pas de la cause...

Marie Heinen, l’avocate de Ghomeshi, a traité les trois plaignantes comme des adultes, en les plaçant face à leurs contradictions/omissions/mensonges.

Un exemple parmi d'autres... Une des plaignantes avait affirmé qu’après l’agression présumée, elle avait gardé ses distances avec Ghomeshi. Elle avait omis de dire à la police, à ses avocats et à la Cour que 24 h après l’agression, elle avait suivi Ghomeshi chez lui et lui avait fait une branlette.

La Cour ne lui reprochait pas de lui avoir fait une branlette, mais d’avoir menti au sujet de la branlette. Comme l’écrit Blatchford : “It was their collective willingness to lie about the conduct, under oath, that was more troubling than the conduct itself.”

Arrêtez de dire que le procès Ghomeshi est la preuve que le système de justice ne prend pas soin des victimes d’agression sexuelle.

C’est au contraire la preuve que le système de justice traite adéquatement les présumées victimes, hommes ou femmes, qui se moquent de la police, des avocats et des juges : en rejetant leurs témoignages peu fiables.

Après l’affaire Ghomeshi, on a entendu beaucoup d’observateurs/trices exiger qu’il y ait des Cours spéciales pour les victimes d’agressions sexuelles. Est-ce parce qu’on voudrait que les présumées victimes soient tenues à des critères moins sévères que dans les autres causes?

On a vu, avec les présumées victimes de Ghomeshi, ce que ça donne. Il ne peut pas y avoir de présomption de vérité (pour les femmes) quand on croit à la présomption d'innocence.»