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Le business de l’éducation

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Rapportée par L’aut’journal et Le Devoir, la nouvelle de l’existence à Montréal d’un campus exclusivement anglophone pour étudiants étrangers ouvert par le Cégep de la Gaspésie et des Îles provoque des réactions courroucées. Non sans raison, on accuse les dirigeants du Cégep d’accélérer la réanglicisation de Montréal.  

Or, la nouvelle n’a malheureusement rien d’étonnant. L’« offre » de cours en anglais pour attirer de nouvelles « clientèles » étrangères prêtes à payer d’impressionnants frais d’inscription, que ce soit dans les universités, les cégeps ou certaines écoles secondaires, est une tendance lourde.  

Du côté des cégeps en régions, plusieurs sont aussi prisonniers d’un sous-financement public chronique et d’une baisse inévitable du nombre d’étudiants « locaux ». D’où leur recherche imaginative de moyens leur permettant de remplir leurs coffres dégarnis.  

En ouvrant son campus montréalais « in english only », c’est précisément ce qu’a fait le Cégep de la Gaspésie — lequel est reconnu par le ministère de l’Éducation comme une institution « bilingue ». À près de 15 000 $/année en frais d’inscription par étudiant étranger, dont la plupart viennent de la Chine et de l’Inde, la proposition est payante.  

Formule payante  

À sa création en 2015, le campus comptait 35 étudiants. Aujourd’hui, ils sont 2200. Pour le Cégep de la Gaspésie, c’est 1 million de dollars en profits par année. C’est la preuve par l’absurde du sous-financement des cégeps par nos gouvernements successifs.   

D’où la réaction timide du ministre actuel de l’Éducation, Jean-François Roberge. Hier, il s’est limité à critiquer le site web anglais unilingue du campus montréalais et à demander l’ajout de quelques cours en français. Pas de quoi révolutionner l’anglicisation croissante de l’éducation au Québec.  

Derrière cette histoire se cache un autre phénomène découlant du manque avéré de ressources : la « marchandisation » croissante de l’éducation. Durant le Printemps érable de 2012, de nombreux étudiants la dénonçaient déjà, mais au lieu de les écouter, nos élites ont préféré les ridiculiser.  

Marchandise  

De moins en moins le « bien public » qu’elle devrait être, l’éducation au Québec se vend de plus en plus comme une « marchandise ». D’où la rhétorique conséquente des dirigeants d’établissements d’enseignement. À l’instar de Sylvain Vachon, un des directeurs du Cégep de la Gaspésie, ils sont en quête de « nouveaux marchés », de « nouvelles clientèles » et de « nouveaux profits » pour augmenter leurs budgets de fonctionnement.  

Y compris par le biais de PPP — les fameux partenariats public-privé. Le campus montréalais anglophone du Cégep de la Gaspésie est d’ailleurs en PPP avec le collège Matrix, une institution privée et une société par actions.  

Et comme l’anglais, pour attirer une partie des étudiants étrangers, fait beaucoup plus keching-keching que le français à leurs oreilles de futurs professionnels mondialisés, nul besoin d’un MBA en administration des affaires pour comprendre où se trouve le vrai trésor.  

L’urgence, on le sait pourtant, est de financer adéquatement notre système d’éducation de langue française. Sinon, sa marchandisation aux plus offrants, incluant le fait de préférer de plus en plus souvent l’anglais au français pour attirer des étudiants étrangers nantis, ne fera que s’accentuer.