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La disparition des indécis

La disparition des indécis

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À plusieurs reprises déjà, j’ai écrit qu’il y aurait peu d’indécis à la prochaine élection. On se livre à une guerre de l’opinion publique pour maintenir ses appuis et tenter de séduire ceux et celles qui n’auraient pas encore arrêté leur choix. 

La professeure de science politique Rachel «The Doc» Bitecofer va beaucoup plus loin que ma modeste observation sur le nombre et le rôle des indécis (swing voters) pour l’élection 2020. Pour Bitecofer, il n’y a plus d’indécis, du moins pas suffisamment pour influencer l’issue de la prochaine élection. 

Les implications de son hypothèse sont importantes. Elle explique la défaite républicaine à la Chambre, lors des élections de mi-mandat de 2018, par la seule polarisation. Ses analyses lui permettent d’avancer que les enjeux comptaient peu aux yeux des électeurs, la grande motivation étant de pénaliser les républicains (les démocrates ont réalisé un gain de 41 sièges).  

Si on espère une victoire démocrate, il est bien tentant de penser que le phénomène se reproduira en 2020. La professeure de la Christopher Newport University est la nouvelle coqueluche des médias et elle est convaincue d’une victoire démocrate pour la présidentielle. Pas plus tard qu’hier, je nous invitais à la prudence et à la nuance dans nos prédictions et nos projections, des réserves dont ne s’embarrasse pas Bitecofer. 

Non seulement les démocrates regagneraient-ils la présidence, mais ils augmenteraient leur majorité à la Chambre et pourraient même entretenir l’espoir de reprendre le contrôle du Sénat. Rien que ça... 

Son approche et son audace défient les conventions, une position qu’elle assume pleinement. Pour elle, les enjeux comptent moins que l’affiliation des gens qui décident de se présenter au bureau de vote. Si je suis convaincu que «faire sortir le vote» est la plus importante mission des deux machines électorales, il me semble pourtant que le raisonnement est un brin réducteur. 

Si les jeux et les candidats sont secondaires, alors les démocrates s’inquiètent beaucoup trop. L’identité du candidat ou de la candidate ne devrait plus provoquer autant d’angoisse et la qualité première du gagnant ou de la gagnante devrait être de susciter l’enthousiasme. J’imagine déjà Bernie Sanders se frotter les mains. 

Bitecofer a vu juste en 2016, un exploit que peu d’autres analystes peuvent revendiquer. Si on peut penser que la chance fut un facteur important dans la précision de ses prédictions, elle explique le plus simplement du monde que les experts et les conseillers politiques tardent à accepter les nouvelles réalités politiques pour protéger leurs emplois. Après tout, les services de bons experts se monnaient à fort prix au sud de la frontière. 

À la lumière des propos de celle qui fut un temps considérée comme une marginale, on peut conclure que Donald Trump a la bonne approche quand il se contente de viser sa base dans toutes ses actions. L’équipe de campagne de Donald Trump sait à qui elle doit parler et où. 

À l’inverse, les démocrates devraient moins développer sur les enjeux et, surtout, sur le détail des options et des programmes. On se concentre sur nos forces, sur les bonnes cibles, et on s’assure ensuite que l’électeur va se déplacer. 

Comme ce n’est qu’un billet de blogue, je m’arrête ici, mais les propos de Bitecofer sont intéressants et vont bien souvent à l’encontre des approches plus conventionnelles. On verra bien, en novembre 2020, si elle a évalué justement l’évolution des choses. 

Je vous redirige maintenant vers un article qui trace un portrait de la professeure, tout en vous suggérant la lecture de son plus récent bouquin. Vous cliquez ici.