/misc
Navigation

Mitt Romney: brave ou revanchard?

Mitt Romney: brave ou revanchard?
AFP

Coup d'oeil sur cet article

Mitt Romney est entré dans l’histoire mercredi en devenant le premier sénateur à voter pour la destitution d’un président de sa formation politique.  

Dans un billet publié vendredi dernier, je soulignais les efforts de Mitt Romney pour convaincre quelques collègues républicains de voter pour la participation de nouveaux témoins pendant le procès en destitution de Donald Trump. Si la tentative s’est soldée par un échec, elle permettait déjà au sénateur de l’Utah d’afficher ses couleurs.  

Il a défié les dirigeants de sa formation politique en privant le président d’un vote unanime des membres de sa formation politique. Si Donald Trump traverse une bonne période et qu’il peut se réjouir de l’issue du procès, la défection de Romney le titille malgré tout. On peut même envisager d’autres affrontements entre les deux hommes.  

Je me suis intéressé aux réactions recueillies après le vote de Romney. Pas uniquement les réactions des républicains et des démocrates, celles des médias aussi. La couverture médiatique étant un reflet de la polarisation politique aux États-Unis, je m’attendais à des analyses contrastantes et ce fut le cas.  

D’un côté, plusieurs journaux et sites soulignent le courage du choix de l’ancien gouverneur du Massachusetts. Des sénateurs républicains ont reconnu la gravité du geste du président tout en reconnaissant qu’il ne briserait pas le rang de peur d’être victime de représailles.  

Si on parle de courage et d’intégrité, on se permet aussi de recourir à des images fortes. Sur le site The Atlantic, Peter Wehner a utilisé le titre «A profile in courage». Certains d’entre vous se souviennent peut-être du titre du livre de John F. Kennedy qui lui a valu le Pulitzer en 1957. Intitulé Profiles in courage, on y trouvait des biographies de huit sénateurs américains confrontés à l’adversité.  

Dans une note personnelle, Romney lui-même invoque son intégrité et ses croyances religieuses pour expliquer sa décision à ses collègues républicains. Si Barack Obama a déjà souligné le caractère respectable de son opposant pendant la campagne 2012, un visionnement du documentaire Mitt permet de valider le caractère digne de celui qui a échoué à deux reprises dans sa tentative de parvenir à la présidence de son pays.  

Des médias plus conservateurs comme le Washington Examiner font cependant ressortir que Romney a changé d’idée et renié ses principes à de nombreuses occasions sur des sujets comme le contrôle des armes à feu, le mariage entre conjoints de même sexe, l’intégration des homosexuels dans l’armée ou l’accès à l’avortement. Ces volte-face souvent spectaculaires n’avaient qu’un dénominateur commun: le gain politique.  

Romney est-il un homme intègre et courageux, seul capable de défier celui qui terrifie certains autres sénateurs républicains? Utilise-t-il plutôt ce moment pour savourer une petite vengeance face à celui qui l’a humilié en l’ignorant complètement au moment de la formation de son cabinet (Romney souhaitait obtenir le poste de secrétaire d’État)?  

Il faut reconnaître à Romney une certaine audace. Après tout il est le SEUL des élus républicains à exprimer haut et fort sa décision. Mais parions qu’il n’aurait pu trouver un meilleur moment pour embêter Donald Trump. Sa victoire n’est pas totale et la dissidence de Romney obtient une couverture médiatique très importante.   

Dure la politique? Attendez, nous avons encore huit gros mois avant l’élection!