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Justin Trudeau et l’insulte évitée

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Photo AFP Des fonds fédéraux pour contester la loi québécoise sur la laïcité, Justin Trudeau devrait au moins s’assumer.

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Justin Trudeau doit dire merci à la commission scolaire English Montreal. En refusant l’argent de son programme de contestation judiciaire, l’organisme lui évite une sérieuse tempête politique. L’événement reste significatif puisqu’il nous a rappelé son hésitation dans ce dossier.

François Legault a sévèrement écorché Justin Trudeau hier, en accusant ce dernier d’insulter les Québécois. Le premier ministre québécois dénonçait cette participation financière du fédéral au combat contre la Loi sur la laïcité.

Les mots de François Legault étaient durs, mais pas exagérés. Dans mon esprit, l’insulte vient surtout du flou entretenu par Justin Trudeau en campagne électorale et du refus d’assumer ses actions aujourd’hui. Il aura été sauvé par la cloche.

Souvenez-vous, dans la dernière campagne, de la réponse inventée par Justin Trudeau pour esquiver cette question claire : « Avez-vous l’intention de participer aux contestations de la loi 21 sur la laïcité ? ».  Question cent fois posée, réponse cent fois la même : « Pas pour l’instant ». 

La pensée Trudeau

Personnellement, j’avais interprété cette réponse comme un oui, étant donné son souci de se garder la porte grande ouverte à une participation aux contestations. Néanmoins, cette réponse demeurait évasive et trompeuse pour l’électeur qui écoute les discussions de campagne afin de se faire une idée.

Il s’agissait malheureusement, d’une forme de camouflage de la véritable pensée du premier ministre. Le multiculturalisme canadien est son credo politique. La loi 21 l’horripile. Pour mieux refléter son intention, il aurait dû annoncer son intention ferme de combattre la loi par tous les moyens. Sauf qu’il craignait de perdre les sièges du Québec hors Montréal...

Mercredi, monsieur Trudeau a drôlement réagi à cette nouvelle concernant l’argent fédéral investi dans la contestation de la loi 21. Plutôt que d’assumer qu’il a mis en place ce programme exactement pour cette fin, il s’en lave les mains. Cette décision relèverait d’un comité indépendant, un processus dans lequel il n’aurait rien à voir.

Les faits ne sont pas de son côté. Ce programme de Contestation judiciaire avait été aboli sous Stephen Harper. Une fois au pouvoir, Justin Trudeau l’a remis en place. Ses ministres ont procédé à la nomination du Comité d’experts pour administrer le programme en novembre 2018. À cette date, le gouvernement Legault est déjà élu et son intention de faire adopter rapidement une loi sur les signes religieux est connue.

Pas ma faute !

Si je lance une roche et qu’elle passe à travers un carreau de fenêtre, puis-je me défendre en disant : « Ce n’est pas moi, c’est la roche » ? Parce que c’est exactement ce que fait Justin Trudeau en se délestant de sa responsabilité. « Ce n’est pas moi, c’est mon programme ! » Un programme qu’il a lui-même créé, financé et dont il a planifié le choix des administrateurs. Justin Trudeau aurait mieux fait de faire face à la musique et de rappeler ses convictions. 

Cette saga n’est pas finie. La question reste entière : les avocats du fédéral vont-ils sauter dans la mêlée ? Pas pour l’instant !