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Des adieux déchirants à Marylène

Les proches de la jeune femme, assassinée à Québec, se sont recueillis une dernière fois en sa présence

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SAGUENAY  | C’est le cœur lourd, mais la tête remplie de souvenirs impérissables, que les proches de Marylène Levesque ont fait leurs adieux, samedi, à Chicoutimi.

Le corps de la jeune femme de 22 ans, assassinée sauvagement par un meurtrier récidiviste à l’Hôtel Sépia de Québec le 22 janvier, a été exposé aux proches et sympathisants de la famille, durant toute la journée.

Symboliquement, six femmes, dont la mère de Marylène, l’ont transporté vers son dernier repos. Un message assumé, destiné à dénoncer la violence faite aux femmes.

Photo Didier Debusschère

Le cortège s’est engouffré dans la chapelle bondée du complexe, mené par la jeune sœur de Marylène, Rose-Amély, 6 ans, et secondée par le cadet Charles-Olivier, 9 ans.

C’est là que la peluche d’enfance de Marylène a été déposée sur le cercueil, puis qu’un ultime hommage lui a été rendu. 

« C’est le plus bel hommage qu’on puisse lui rendre aujourd’hui. C’est très difficile pour nous à vivre, les amis et la famille », confie Ariane Garneau, une amie de Marylène.

La peluche géante de chien, conservée par Marylène depuis son enfance, a été placée sur son cercueil. Ses parents François Goulet et Karine Levesque (à gauche), son copain Gabriel Truchon (au centre) et des amies allument des chandelles en sa mémoire.
Photo Didier Debusschère
La peluche géante de chien, conservée par Marylène depuis son enfance, a été placée sur son cercueil. Ses parents François Goulet et Karine Levesque (à gauche), son copain Gabriel Truchon (au centre) et des amies allument des chandelles en sa mémoire.

« C’est sûr que c’est triste, mais Marylène aimait les moments de bonheur et elle était souriante. Donc on essaie de trouver un peu de joie en nous. Elle nous a quittés tragiquement, mais ce qu’il reste d’elle en nous est plus que mémorable », ajoute-t-elle.

Plus que mémorable

Plusieurs personnes de l’entourage de Marylène, concentrés à panser ses blessures depuis sa mort, ont témoigné de l’amour qu’ils portaient pour cette jeune femme « aimante, charmante, passionnée, qui aimait énormément la vie et les gens », aux dires d’Ariane Garneau.

« Il y en a beaucoup qui sont encore dans le déni. Ça fait trois jours qu’on la voit et on essaie encore de comprendre. Elle est tellement partie vite. C’est difficile. On est jeune et ça aurait pu nous arriver aussi. Il aurait pu ramasser n’importe qui dans un bar et lui faire la même affaire », confie Claudia Boivin, une amie de la jeune victime.

« Peu importe le métier qu’une personne fait dans la vie, personne ne mérite de mourir d’une façon aussi atroce », supporte Laurie Savard, une autre amie.

Photo Didier Debusschère

Pour organiser les funérailles, la famille a pu compter sur le soutien de centaines de donateurs. Quelque 17 000$ ont été amassés. Le surplus sera remis à l'Association des familles de personnes assassinées ou disparues.  « C’est comme si [les donateurs] l’aimaient autant que nous, mais à leur manière en donnant pour elle », s’émeut Laurie Savard.

Force incroyable

Le deuil est évidemment lourd à porter pour les parents de Marylène. Sa mère, Karine Levesque, a deux jeunes enfants de 6 et 9 ans. Les amies de son aînée résident chez elles depuis l’annonce du décès, question de tenir le fort au quotidien.

Je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi fort. Elle est forte pour ses deux autres enfants, dit d’un œil admiratif Laurie Savard. Elle doit continuer sa routine. Les enfants vont à l’école et doivent manger. Elle ne peut pas perdre cette routine. »

À Ottawa

La mort de Marylène Levesque a fait échos jusqu’à la Chambre des communes dans les derniers jours. Une motion unanime a été adoptée pour condamner la remise en liberté du meurtrier Eustachi Galliese, 51 ans, et sommant le Comité permanent de la sécurité publique de tenir des audiences sur le processus de libérations conditionnelles.

Ces échos se sont transportés à Chicoutimi, samedi, sous la forme des députés conservateurs Pierre Paul-Hus et Richard Martel, ainsi que du sénateur Pierre-Hugues Boisvenu, venus témoigner leur respect à la famille.

« L’histoire n’est pas finie. On veut avoir des réponses et on va les avoir », assure M. Paul-Hus, qui a instigué la motion aux Communes.

« Il y a beaucoup de questionnements, mais aussi beaucoup de colère. Une fille de 22 ans qui finit de même, ce n’est pas normal. La société s’est donné des institutions pour protéger nos femmes, mais on rate à chaque coup », regrette le sénateur Boisvenu, dont la fille a subi un sort similaire en 2002.

Des amis aux funérailles de Marylène Levesque.
Photo Didier Debusschère
Des amis aux funérailles de Marylène Levesque.

Les proches de Marylène Levesque espèrent que sa mort n’aura pas été en vain. Plusieurs ont manifesté leur désarroi quant aux conditions de semi-liberté du meurtrier, qui était autorisé à fréquenter des travailleuses du sexe.

« On veut que ça change. On aimerait qu’elle ne reste pas dans l’oubli », lance Ariane Garneau.

Le cœur n’était toutefois pas tant aux revendications, samedi, qu’à se rappeler la mémoire d’une femme dans la fleur de l’âge arrachée à ses proches.

« On sait qu’elle va enfin quitter sereinement et on va pouvoir commencer à faire notre deuil tranquillement », souffle Laurie Savard.

Une grande tristesse

« Pour toi “grosse sœur”, on espère que tu aimes ta nouvelle maison. On te souhaite d’être la plus belle âme du monde. On a déjà hâte à cet été pour t’entendre jouer aux quilles pendant le temps orageux. Tu resteras à jamais dans nos cœurs de petit frère et de petite sœur. »

— Charles-Olivier, 9 ans, et Rose-Amély, 6 ans

Capture d'écran TVA Nouvelles

« On n’a pas envie que ça se finisse là. On espère que durant tout le restant de nos vies, on va l’avoir avec nous et qu’elle puisse vivre des choses qu’elle n’a pas eu le temps de vivre elle-même. »

— Ariane Garneau, amie

Photo Didier Debusschère

« Peu importe le métier qu’une personne fait dans la vie, personne ne mérite de mourir d’une façon aussi atroce. »

— Laurie Savard, amie

Photo Didier Debusschère

« Pourquoi cet individu-là, qui a tué sa femme il y a 15 ans, avait une permission d’aller voir des femmes pour assouvir ses pulsions sexuelles ? Ça n’a aucun sens. »

— Pierre Paul-Hus, député du Parti conservateur