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Des tonnes de plastique recyclées dans deux hôpitaux de la Montérégie

Deux hôpitaux de la Montérégie sont parmi les rares à sortir cette matière des poubelles

GEN-
Photo Agence QMI, Steve Madden Nathalie Robitaille, de Synergie Santé Environnement, montre un exemple de plastique hospitalier. Elle est entourée de Martin Lesage, chef de service en hygiène et salubrité, Maxine David de l’organisme D’un Couvert à l’Autre, et France Le Bond, directrice adjointe des services techniques au CISSS de la Montérégie-Est.

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La crise du recyclage ne freine pas les efforts de deux hôpitaux de la Montérégie qui ont réussi à détourner près de 30 tonnes de plastique des dépotoirs l’an dernier. 

« Il y en a plein [d’hôpitaux] qui veulent faire comme Pierre-Boucher, mais ça prend de la volonté », reconnaît la directrice générale de Synergie Santé Environnement, Nathalie Robitaille. 

Son organisme a guidé les hôpitaux du Centre intégré de la Santé et des Services sociaux (CISSS) de la Montérégie-Est ces dernières années pour éviter que des tonnes de plastique hospitalier ne finissent aux vidanges. 

L’an dernier, 15 tonnes de plastique de l’Hôpital Pierre-Boucher à Longueuil et 12 tonnes de l’Hôpital Honoré-Mercier à Saint-Hyacinthe ont été récupérées.  

C’est l’équivalent de près de neuf camions Ford F-150. 

Les plastiques hospitaliers ne sont pas acceptés dans les centres de tri.  

« Ce sont des plastiques qui ne ressemblent pas du tout à ce qu’on a à la maison », explique Mme Robitaille. 

Ces dernières semaines, des centres de tri ont annoncé leur fermeture, notamment car ils se disent incapables d’écouler les plastiques qu’ils reçoivent. 

C’est pourquoi le CISSS de la Montérégie-Est a plutôt cherché un conditionneur prêt à récupérer une partie des plastiques hospitaliers. Ce sont des bouteilles, des contenants ou divers emballages d’équipement stérile. Rien cependant qui soit entré en contact avec un patient, évitant toute contamination. 

Il s’agit d’une entreprise qui transforme les plastiques en petites granules, qu’elle vend ensuite. Fondues, ces granules produisent un plastique recyclé. 

Sur ces emballages, le plastique doit être séparé du papier.
Photo Agence QMI, Steve Madden
Sur ces emballages, le plastique doit être séparé du papier.

La moitié recyclée 

« En ce moment, 50 % des plastiques générés [par les deux hôpitaux] sont récupérés », poursuit-elle. 

Avec les années, de plus en plus de départements de l’hôpital se sont joints aux efforts de recyclage. 

« Les services qui ne sont pas inclus appellent. Ça crée un engouement », explique France Le Bond, directrice adjointe des services techniques au CISSS de la Montérégie-Est. 

« On a commencé par les gros générateurs : les salles d’opération, les salles d’hémodialyse, l’urgence », ajoute Nathalie Robitaille. Il ne reste que les unités de soins, soit les chambres des patients à intégrer au recyclage. 

Avant de commencer, Mme Robitaille fait le tour d’un département. Elle note tous les plastiques hospitaliers qui s’y retrouvent et ceux acceptés par le conditionneur. Des affiches personnalisées par département sont créées pour faciliter la tâche aux employés et surtout, éviter d’envoyer des plastiques refusés. 

Un seul conditionneur 

« Il n’y en a qu’un [conditionneur] qui accepte nos plastiques, donc on veut en prendre soin », dit-elle. 

Car les preneurs sont rares. Le CISSS de Laval avait commencé un projet pilote semblable il y a quelques années, mais il a dû l’abandonner, car son plastique n’arrivait plus à être récupéré. 

Le ministère de la Santé et des Services sociaux précise que chaque établissement est responsable de sa gestion des déchets, mais ils « sont encouragés à améliorer leur gestion des matières résiduelles dans le cadre de leurs actions en développement durable ». 

Pour aider aussi des malades à travailler 

Sébastien Grenon travaille à l’Hôpital Pierre-Boucher. Le déchiquetage du papier à l’interne permet de récupérer des centaines de trombones et attaches par an.
Photo Agence QMI, Steve Madden
Sébastien Grenon travaille à l’Hôpital Pierre-Boucher. Le déchiquetage du papier à l’interne permet de récupérer des centaines de trombones et attaches par an.

Les initiatives de recyclage du CISSS de la Montérégie-Est ont des répercussions au-delà de l’environnement, puisqu’elles permettent aussi d’aider des schizophrènes à intégrer le marché du travail. 

« C’est environnemental, santé et social », résume Nathalie Robitaille, de Synergie Santé Environnement. 

Au rez-de-chaussée de l’Hôpital Pierre-Boucher à Longueuil, une quinzaine de personnes souffrant de schizophrénie se relayent à raison de quelques heures par semaine pour trier les plastiques hospitaliers à récupérer. 

Ils vérifient notamment que les contenants et emballages reçus correspondent à ceux acceptés par le conditionneur. 

Avantages 

L’hôpital s’est aussi doté d’une déchiqueteuse, pour tous ses papiers à jeter, plutôt que de sous-traiter à une multinationale à l’externe. Les travailleurs signent une entente de confidentialité. 

« C’est de la réinsertion à l’emploi [...] dans le but d’aller dans le marché du travail conventionnel », explique Maxine David, directrice de l’organisme D’un Couvert à l’Autre, qui gère ce programme.  

Cet emploi à l’hôpital est donc une première expérience et les travailleurs reçoivent une bonification de 130 $ par mois de l’aide sociale et le remboursement du transport en commun, grâce à un programme gouvernemental. Le coût pour Pierre-Boucher est nul ou presque. 

« Voir du monde » 

Âgé de 43 ans, Sébastien Grenon y travaille depuis juillet deux soirs et deux jours par semaine. 

« On est une bonne gang. J’aime ça, car ça me permet de voir du monde », dit-il. 

Cette occasion de briser l’isolement et de se sentir utile améliore du même coup la santé des travailleurs schizophrènes.  

« Et ils sont moins hospitalisés », remarque France Le Bond, du CISSS de la Montérégie-Est. 

L’hôpital leur sert aussi un repas gratuit. Cela fait aussi partie d’une initiative plus large pour distribuer tous les surplus alimentaires du CISSS. 

En moins d’un an, ce sont 18 tonnes de nourriture qui ont été données. 

« S’il reste 10 portions de pâté chinois, avant, ça faisait mal au cœur de jeter ça, maintenant on sait que des organismes d’ici vont en bénéficier et alimenter leur population vulnérable », souligne Mme Le Bond.