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Le marché aux puces des services publics

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Photo d'archives, Jean-François Desgagnés La nature et la qualité des services publics offerts à la population sont-elles de simples sujets de discussion aux tables de négociations ?

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Dans un marché aux puces (c’est encore plus vrai au Mexique), tout est négociable. Deux cents pesos pour ce chapeau ? Le vendeur s’exclame : « jamais, jamais, je ne peux pas ! », et quatre minutes après il te le laisse. Et finalement, si je prends aussi une ceinture et une nappe, je ramasse ledit chapeau pour cent pesos. 

Au marché aux puces, cela est légitime. À la limite, c’est un jeu dans lequel deux parties font valoir leur intérêt pour peut-être arriver à une simple transaction commerciale. L’idée que tout devrait être aussi sujet à la négociation lorsqu’il est question de services publics m’horripile. 

Négociations 

La question est d’intérêt cette semaine. En vue des négociations dans le secteur public, les organisations syndicales mettent le pied à terre : tout doit passer par les tables de négociations. Dans un texte bien structuré, le secrétaire général de la FTQ a exprimé son point de vue. « La table de négociations : chemin le plus court pour rebâtir la santé et l’éducation ». Quelle façon claire de dire que le cœur même du service public se discute à la table ! 

Dans son plaidoyer, le syndicaliste Denis Bolduc rejette l’idée d’autres forums de discussion sur des questions comme la réussite éducative, l’accessibilité aux soins de santé ou l’hébergement de longue durée. Pourquoi ? Ses termes sont clairs : « ces thèmes font et feront partie de la négociation en cours ». 

Je ne nie pas l’idée que les hommes et femmes qui travaillent dans les services publics aient à cœur l’amélioration des services du point de vue personnel. De là à remettre entièrement au processus syndical et à la table de négociations l’avenir de services qui s’adressent à toute la population me jette par terre. Des services pour lesquels toute la population paie des taxes et impôts écrasants. 

Que vaut un gouvernement élu ? 

Dans la même semaine, une question s’est posée à la Commission parlementaire sur l’éducation. Le gouvernement veut imposer 30 heures de formation continue aux enseignants dans le texte de la loi 40. Syndicats et partis d’opposition se sont dits outrés : une telle discussion devrait avoir lieu strictement à la table de négociations. Pardon ??? 

Le gouvernement élu par toute la population peut-il encore établir des standards de qualité pour nos services publics ? Il me semble que c’est faire les choses dans l’ordre. D’abord, établir le principe d’une formation continue pour les enseignants afin d’assurer à tous une qualité d’éducation. Ensuite, discuter des modalités d’horaire et de rémunération avec les représentants des enseignants. 

J’ai déjà posé la question dans ces pages. Je le refais : est-ce que tout est négociable ? Il est urgent que nous exprimions comme société un gros non à cela. Je respecte beaucoup les gens qui travaillent dans les services publics, mais ces services ne leur appartiennent pas. 

Je cherche encore à comprendre comment des syndicalistes peuvent soutenir à la fois que les services publics sont sacrés, mais que tout y est négociable. 

Le commentaire de Mario Dumont