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L’éducation, juste une «business»?

Speaker giving presentation on scientific business conference.
Photo Adobe Stock La « marchandisation » du savoir n’est pas qu’un fantasme gauchiste. C’est une réalité porteuse de possibilités… et de problèmes.

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Il faut savoir faire des liens entre des choses qui ne semblent pas liées à première vue.

La semaine dernière, des étudiants universitaires ont créé un émoi en dénonçant, avec raison, le dogmatisme idéologique dans nos départements de sciences sociales.

Ils visaient cette gauche « postmoderne » dont on connaît les obsessions : islamo-gauchisme déguisé en antifascisme, hyper-multiculturalisme déguisé en antiracisme, antispécisme, « hétéronormativité » blanche et mâle, etc.

Pouvoir

Un collègue faisait cependant valoir que ces délires – dont il ne restera un jour que des souvenirs amusés – ne sont que les nouveaux habits du délire marxiste-léniniste-maoïste qui sévissait sur les campus dans les années 1970-1980.

Cette gauche postmoderne a évidemment riposté. Le vrai danger, pour elle, c’est la méchante droite nationaliste et médiatique : Martineau, Bock-Côté, Facal, etc.

Un ami ironisait sur ces anarcho-gauchistes qui vivent à côté du parc La Fontaine, ont des maisons de campagne, voyagent en Europe, et vont occasionnellement se reposer dans le condo floridien des parents.

Par ailleurs, ajoutait-il, dans le monde universitaire, le gros bout du bâton reste entre les mains des facultés de médecine, de droit, de génie, des sciences avec laboratoires et, bien entendu, des écoles de gestion.

Voilà le vrai pouvoir, car ce sont elles qui « génèrent d’la business » et, croyez-moi, ce ne sont pas des repères de gauchistes.

Je parlais plus haut de savoir faire des liens.

Pendant qu’on s’insurge, à bon droit, contre ces gauchistes qui se prennent pour des penseurs sérieux, on oublie une autre réalité inquiétante.

Cette réalité inquiétante, c’est que la logique marchande, utilitariste, capitaliste a complètement colonisé l’enseignement supérieur.

Le cégep de Gaspé qui ouvre un campus uniquement anglophone à Montréal pour y entasser, à prix fort, des Chinois et des Indiens n’est que la pointe de l’iceberg.

Écoutez la justification du directeur : si on ne l’avait pas fait, un autre l’aurait fait. Pour lui, c’était une « opportunité d’affaires » à saisir. 

Son discours est le discours dominant chez les cadres de notre enseignement supérieur : « clientèles », « créneaux », « niches », « marchés à exploiter », etc.

Le « réseau collégial » n’a plus rien d’un réseau : plutôt qu’une logique d’ensemble, c’est le chacun pour soi.

On développera des subterfuges, comme celui de Gaspé, ou alors un cégep viendra « concurrencer » le cégep voisin en offrant des cours similaires s’ils marchent bien.

Silence

Dans le monde universitaire, cela donnera l’Université de Sherbrooke à Longueuil, l’UQAR à Lévis, l’Université Laval à Montréal, l’UQO à Saint-Jérôme, etc.

On augmente les formations uniquement en anglais, en espérant les diffuser ensuite sur le web à des clientèles séduites par l’apprentissage à distance.

On multipliera les formations courtes, très payantes, les chargés de cours, peu coûteux, on facturera, ici et là, des droits de scolarité exorbitants, on multipliera les chaires financées par le privé parce que l’argent public ne suffit plus.

La « marchandisation » du savoir n’est pas qu’un fantasme gauchiste. C’est une réalité porteuse de possibilités... et de problèmes.

Tout cela se fait dans le désordre le plus complet. Et de cela, on ne parle surtout pas.