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Ford vs Ferrari

Ford vs Ferrari
AFP

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Je ne vais pas mentir, j’ai grandement apprécié Ford vs Ferrari. Si l’historien en moi est demeuré sur sa faim, le cinéphile et le passionné d’automobile ont passé un bon moment. 

Je me permets de revenir sur le film parce qu’il est maintenant disponible en location. Porté par Matt Damon et Christian Bale (toujours à la hauteur), le film relate l’histoire de la confrontation entre le géant américain de l’automobile et la marque au cheval cabré. Il serait plus juste de dire que cet affrontement sert de trame de fond à une présentation magnifiée de deux légendes de la course automobile. 

L’ancien pilote et concepteur de voiture Carroll Shelby a effectivement uni ses efforts à ceux du pilote britannique Ken Miles pour développer la voiture qui mettra fin à la domination de Ferrari aux 24 Heures du Mans. Le constructeur italien régnant sans partage depuis le début de la décennie 1960. Autant le concepteur que le pilote ont marqué les esprits, mais il n’y avait nul besoin de les montrer plus audacieux ou obstinés qu’ils ne l’étaient déjà. 

Des spécialistes de la course automobile ont déjà fait ressortir quelques erreurs typiques des films de course automobile. Pour souligner la courtoisie de Miles en piste, on peut l’entendre échanger avec un adversaire pendant la course. Vous devinez qu’à 300 km/h, l’exploit n’est pas banal, ne serait-ce qu’en raison du bruit des moteurs. Il est au moins tout aussi difficile à cette vitesse de placer ses lunettes ou d’enfiler ses gants! 

Ce ne sont même pas ces éléments qui m’ont titillé le plus. J’ai plutôt été agacé par le fait qu’on donne l’impression que les deux acolytes ont presque tout fait et que leur réussite s’effectue malgré la résistance de Ford.  

Oui, l’histoire retient que Shelby et Miles sont intelligents, novateurs et particulièrement déterminés et entêtés. Mais il ne faut surtout pas oublier que la marque de Detroit leur fournit d’énormes moyens financiers, des laboratoires et toute une équipe de collaborateurs doués. 

Pour vendre ce film à un public plus large que les seuls amateurs de course et de voitures, on a choisi d’utiliser l'un des plus vieux stratagèmes du cinéma américain. Des négligés non conformistes vont donner une leçon à l’establishment et aux gestionnaires à cravate avant de parvenir à la victoire finale.  

Le plus bel exemple de l’application de cette recette est perceptible dans le rôle antipathique qu’on fait porter à Leo Beebe. Le directeur et homme de confiance d’Henry Ford II n’est pas l’ennemi du duo et jamais on a dû l’enfermer dans un bureau pour l’empêcher de nuire à l’équipe. Il s’agit d’effectuer quelques rapides recherches sur le gestionnaire de Ford pour comprendre que le portrait qu’on en fait dans le film tient de la caricature. 

Là où le film vise juste au sujet de Bebee, c’est que ce serait bien lui qui intercède auprès de Shelby et de Miles pour que le pilote lève le pied en fin de course. Alors qu’il domine ses rivaux de la même équipe par plusieurs minutes, Miles accepte de ralentir comme le demande son employeur pour permettre aux trois voitures Ford de franchir la ligne d’arrivée au même moment. Vous imaginez l’effet d’une photographie spectaculaire de cette arrivée sur le prestige et les ventes de Ford. 

Contrairement à ce que présente le film, si Miles perd sa première place à ce moment, ce n’est pas parce que le règlement avait été mal interprété par la direction de Ford, mais bien parce que le pilote Bruce McLaren a donné un léger coup d’accélérateur qui placera sa voiture tout juste devant celle de Miles au fil d’arrivée. 

Miles a donc effectivement été privé d’une victoire importante (il avait remporté les 24 Heures de Daytona et les 12 Heures de Sebring), mais il ne s’agissait aucunement d’un complot de la direction. Même son ami Shelby était d’accord pour planifier l’arrivée des trois Ford GT40 Mk II au même moment. 

Je ne voudrais surtout pas jouer au divulgâcheur, alors je m’arrête ici pour éviter de révéler des détails sur plusieurs moments forts du film. Retenez que si vous regardez ce film, vous ne serez probablement pas déçus. De bons acteurs, quelques scènes de course enivrantes, un grand moment de l’histoire des courses d’endurance et des bolides à couper le souffle devraient vous permettre d’oublier qu’on applique au tout une recette éculée et détestable du cinéma américain. On pouvait développer le côté humain sans pour autant ajouter toute cette guimauve hollywoodienne.