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La traque des clandestins à la frontière désertique du Texas

La traque des clandestins à la frontière désertique du Texas
Photo AFP

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Il n’a fallu qu’un instant à l’agent des douanes Gregory Davis pour apercevoir une tache de couleur sur un canyon escarpé et repérer un homme coiffé d’un bonnet noir, prostré sur un rocher. 

En détresse, cet homme originaire du Guatemala a traversé illégalement les montagnes mexicaines et le Rio Grande pour rejoindre les États-Unis. Après s’être blessé au genou, il a été abandonné par le reste de son groupe et a passé trois jours au bord de ce ravin désolé du canyon San Rosendo, dans l’ouest du Texas, que les gardes-frontières américains patrouillent régulièrement à la recherche de présences illégales. 

La traque des clandestins à la frontière désertique du Texas
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D’âge moyen et à la peau mate, l’homme a le visage crispé de douleur et ne peut pas marcher. Il a dû escalader la falaise à la seule force de ses mains, car malgré un garrot de fortune, sa jambe est en piteux état. Deux gardes-frontières l’épaulent et le portent jusqu’au 4x4 qui l’amène à la station de Sanderson, elle-même très isolée. 

Il est héliporté plus tard en direction d’un hôpital à plus de deux heures de route pour subir une opération de reconstruction du genou, avant d’être placé en détention en attendant son renvoi vers le Guatemala. 

L’homme a été repéré par un fonctionnaire responsable des affaires publiques, Gregory Davis, chargé d’escorter les reporters de l’AFP sur le terrain; c’est l’unique façon de couvrir les activités des patrouilles frontalières.  

La traque des clandestins à la frontière désertique du Texas
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Fins limiers, policiers et secouristes 

À cheval, à pied ou en 4x4, les agents en vert de la Border Patrol jouent un rôle complexe dans les paysages sauvages et reculés de la frontière américano-mexicaine, entre fins limiers, policiers et parfois secouristes.  

Dans cette immense région, le fameux mur anti-clandestin promis par Donald Trump n'a pas encore été construit. 

Les patrouilles usent donc de tous les moyens pour sonder les canyons accidentés et les prairies arides du secteur de Big Bend, à trois heures de voiture d’El Paso. 

«En venant ici, les gens disent: “Ne vous inquiétez pas pour le côté ouest, vous avez des montagnes là-bas, personne ne va les traverser.” Eh bien si [les migrants illégaux] le font et ils sont très forts à ça», déclare à l’AFP le chef du poste-frontière de Presidio, Derek Boyle. 

L'agent Derek Boyle.
Photo AFP
L'agent Derek Boyle.

À Big Bend, le périmètre d’activité de la Border Patrol comprend 830 km du fleuve frontalier Rio Grande et des territoires essentiellement ruraux où les arrestations, parfois des courses-poursuites, peuvent prendre plusieurs jours. 

Pour le responsable des opérations du secteur Arain Carrera, 35 ans, qui a grandi entre El Paso et la ville frontalière mexicaine de Ciudad Juarez, «l’agent doit être un athlète».  

En 2019, la Border Patrol a arrêté 1624 personnes dans le secteur de Big Bend, qui emploie environ 500 agents, contre 15 802 personnes dans le secteur de Tucson en Arizona, un autre grand État frontalier qui emploie 3700 agents. Les sauvetages constituent aussi une petite partie du travail des agents: en 2019, la Border Patrol en a dénombré une quarantaine. 

«Si quelqu’un se tord la cheville ou se blesse le genou, je ne pense pas que le groupe l’attende, tout le monde va continuer à avancer, car ils ne veulent pas être détectés», explique l’agent Carrera. «Pour les passeurs, si quelqu’un se blesse, il sera abandonné.» 

La traque des clandestins à la frontière désertique du Texas
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Big Bend dispose de moyens humains et technologiques limités. En complément de jumelles à vision nocturne, de détecteurs de mouvement et autres caméras enfouies dans le sol, les agents s’appuient donc sur des techniques traditionnelles pour retrouver la trace d’étrangers en situation irrégulière: recherche d’empreintes de pas et chiens renifleurs de drogues. 

«Sauver des vies» 

«Si nous étions nés ailleurs» qu’aux États-Unis, «nous ferions la même chose» que les migrants illégaux, assure le chef du poste-frontière de Sanderson, Thaddeus Cleveland, au volant de sa Chevrolet Silverado, roulant au pas le long des chemins rocailleux de la zone de patrouille, lesquels sont jalonnés de sotols et de figuiers de Barbarie. 

La plupart de ces migrants viennent du Guatemala, du Honduras et du Mexique et payent entre 5000 et 10 000 dollars par personne à des passeurs pour traverser la frontière américaine.  

«Le trafic d’êtres humains est une entreprise coûteuse qui ne prend en compte que l’argent», dit Derek Boyle qui assure que les passeurs ne se soucient pas des personnes qu’ils aident à traverser la frontière. «Souvent, quand nous commençons à suivre des groupes, nous cherchons à faire respecter la loi et nous finissons par sauver des vies.» 

La vue de l'un des ravins que les migrants tentent d'emprunter pour entrer aux États-Unis.
Photo AFP
La vue de l'un des ravins que les migrants tentent d'emprunter pour entrer aux États-Unis.

Lorsque les migrants illégaux sont amenés dans les postes de contrôle, ils sont fouillés et séparés par catégorie (hommes, femmes, mineurs) puis détenus dans des cellules collectives aux portes translucides que les agents du Border Patrol peuvent surveiller depuis une salle de commande vitrée aux airs de vaisseau spatial. 

Les gardes-frontières vérifient ensuite les antécédents judiciaires des personnes, ensuite ces dernières peuvent être poursuivies en justice si elles ont déjà un casier judiciaire aux États-Unis ou faire l’objet d’une procédure d’expulsion.