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Présenter le drame sous un autre angle

Annabel Soutar
Photo courtoisie, Porte Parole Annabel Soutar

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Dans le cadre de la série Carte blanche qui se tient au Théâtre La Licorne, permettant à divers artistes de présenter leurs projets de création, un nouveau théâtre documentaire relatera, cette fois, la terrible tuerie survenue à l’École polytechnique de Montréal en 1989.

La femme derrière les théâtres documentaires qui ont été montés ces dernières années sur nos scènes, c’est elle, Annabel Soutar. Cofondatrice avec Alex Ivanovici de la compagnie Porte Parole, elle travaille sur des docu-théâtres depuis déjà deux décennies. Sa compagnie célébrera cette année son vingtième anniversaire. On se souvient notamment de sa pièce à succès Grains, qu’elle a elle-même créée et présentée en 2012 après deux ans de recherches et d’interviews. La pièce était tirée du procès largement médiatisé où s’affrontaient Mosanto et Schmeiser, alimentant la polémique autour des OGM. D’ailleurs, sa version anglaise, Seeds, qui a été présentée à différents endroits au pays, sera en tournée ce printemps aux États-Unis dans les États de la Californie, du Kansas et de l’Iowa.Parmi ses autres succès en théâtre documentaire, citons J’aime Hydro, Fredy, inspirée de l’affaire Fredy Villanueva, ou encore L’assemblée, présentée en 2018 et qui reprendra l’affiche en février à l’Espace Go, qui aborde la diversité culturelle, le féminisme et la xénophobie.

Une relève

Aujourd’hui, Annabel Soutar agit principalement en tant que mentor et productrice, soutenant le travail dramaturgique d’autres auteurs passionnés par le théâtre documentaire, comme on l’a vu avec J’aime Hydro, pièce portée et écrite par Christine Beaulieu, qu’elle a produite et secondée dans son processus de création. « Ça permet d’accélérer le rythme de nos productions, et j’aime accompagner les auteurs », confie la dramaturge, qui a encore de nouveaux projets dans son tiroir qui seront annoncés prochainement. « Lorsque j’ai approché Christine pour J’aime Hydro, elle n’avait jamais écrit une pièce de théâtre, mais j’identifie des gens qui seront à même de mener à bien une enquête documentaire et qui ont un lien émotionnel avec le sujet », explique-t-elle. 

C’est aussi le cas de Tout inclus, une pièce sur la situation dans les résidences pour personnes âgées, dont l’écriture revient à François Grisé, appuyé par Annabel Soutar, et dont la première mouture a vu le jour l’année dernière. Un sujet qui touche de près la population vieillissante au Québec.

Féminicide de masse

Le nouveau projet épineux et délicat pour les productions Porte Parole abordera l’attaque antiféministe impliquant Marc Lépine, qui a tué 14 femmes et blessé treize personnes avant de se suicider. Présentée en première ébauche à La Licorne, elle a été écrite par Marie-Joanne Boucher et Jean-Marc Dalphond, ce dernier ayant été touché de près par le sujet. 

« La cousine de Jean-Marc Dalphond, Anne-Marie Edward est l’une des 14 femmes tuées lors de cette tragédie », révèle Annabel Soutar, qui ajoute que celui-ci tenait à faire quelque chose afin de ne jamais oublier ce drame. À cela s’ajoute Nathalie Provost, une survivante de la tuerie qui a approché la dramaturge pour s’impliquer dans ce projet.

Le duo d’auteurs travaille encore à élaborer le projet Polytechnique, dont la version intégrale sera présentée en 2022. Le projet Carte blanche fait partie du processus de création et est aussi une façon d’obtenir des réactions des spectateurs. « On veut, avec cette pièce, poser une réflexion à savoir comment on a évolué en 30 ans au Québec par rapport à cette forme de violence et quelles sont les leçons tirées de cette tragédie », conclut-elle.

Polytechnique  

  • Conseillers dramaturgiques : Annabel Soutar et Alex Ivanovici 
  • Avec : Marie-Joanne Boucher et Jean-Marc Dalphond
  • Les 11 et 12 février 
  • Au Théâtre La Licorne (salle intime)