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D’ex-élus scolaires inquiets par l'abolition des commissions scolaires

Avec la fin abrupte de leurs mandats, ils craignent pour la transition

Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge
Photo Simon Clark Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge

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D’ex-présidents des plus importantes commissions scolaires du Québec digèrent difficilement la façon «cavalière» dont le gouvernement Legault a aboli leur poste et s’inquiètent du suivi qui sera accordé aux dossiers en cours.  

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Dans la nuit de vendredi à samedi, le gouvernement Legault a imposé le bâillon pour faire adopter son projet de loi sur l’abolition des commissions scolaires.   

À la toute dernière minute et à la surprise générale, le gouvernement a aussi devancé la fin du mandat des élus scolaires, qui devaient rester en poste jusqu’au 29 février.   

Sans plus d’avertissement, René Dion est ainsi devenu ex-président de la Commission scolaire des Premières-Seigneuries.   

«C’est insultant. Ça a été une surprise pour tout le monde! Au moins, on pensait qu’on pourrait travailler jusqu’au 29 février. Mais non! il fallait nous exterminer au plus sacrant!» tonne-t-il.   

Même son de cloche du côté de Manon Robitaille, anciennement à la tête de la Commission scolaire de la Capitale, qui comptait sur les prochaines semaines de travail pour assurer une bonne passation des dossiers. «On n’a pas le temps de bien faire les choses correctement pour la transition», déplore-t-elle.   

Pour Mme Robitaille, cet empressement soudain du gouvernement est directement lié à l’annonce récente de la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) et de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) de contester le projet de loi 40 devant les tribunaux.   

«Jusqu’à mercredi, il n’était aucunement question d’apporter cet amendement-là», expose-t-elle.   

D’ailleurs, la FCSQ a annoncé lundi que «toutes les intentions ou les décisions annoncées antérieurement» sont maintenant «suspendues», en raison de la fin précipitée des mandats des élus.    

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Transition ratée  

Bien qu’ils aient confiance en la direction générale de leurs commissions scolaires respectives, qui prend le relais, les ex-présidents s’inquiètent maintenant du suivi qui sera accordé à leurs dossiers.   

«Je fais maintenant partie d’un comité-conseil qui va conseiller la commission scolaire jusqu’à la nomination des conseils d’administration, mais le problème, c’est qu’on ne sait pas trop comment ça va fonctionner pour l’instant. Nous aurons une rencontre avec la direction pour établir les nouvelles façons de procéder», explique l’ex-présidente de la Commission scolaire de Montréal, Catherine Harel-Bourdon.   

Mme Robitaille, qui a rencontré lundi la direction générale, affirme être entièrement disponible pour assurer une transition adéquate, dans les circonstances. «Mais ça ne m’appartient plus. Je mets tout entre leurs mains, en espérant qu’un suivi se fasse de ce côté-là. Je n’ai plus aucun pouvoir, je n’ai plus aucune légitimité», rappelle-t-elle.   

Impact  

Tous trois sont convaincus que la réforme de la gouvernance scolaire ne pourra se faire sans heurts sur le réseau.   

«Le gros bateau du monde scolaire va ralentir pendant deux ans. Et on va oublier l’essentiel, qui est la réussite de l’élève», estime M. Dion.   

«Il va y avoir une période d’instabilité dans nos organisations. Je souhaite que ça n’ait pas d’impact... mais qui va répondre aux besoins des parents, aux parents qui ont des conflits avec la direction, avec les enseignants?» questionne Mme Robitaille.   

À l’Association des directions générales des commissions scolaires, on affirme que les opérations quotidiennes ne seront pas trop affectées par cette importante réforme.   

«Mais, évidemment, pour les prochaines semaines, il y aura une période de transition pour laquelle nous devrons nous adapter», souligne son président, Lucien Maltais.    

La loi en bref   

  • Le projet de loi visait d’abord à abolir les postes d’élus scolaires, transformant du même coup les commissions scolaires en centres de services.    
  • Ceux-ci seront dorénavant supervisés par des administrateurs, soit cinq parents d’élèves, cinq membres du personnel du centre de services, cinq représentants de la communauté.    
  • Chez les francophones, les parents et membres de la communauté seront élus par les parents et élèves des conseils d’établissement des écoles pour siéger au CA des centres de services scolaires.   
  • Du côté anglophone, les parents et membres de la communauté seront plutôt élus au suffrage universel, comme c’est le cas actuellement.      
  • La nouvelle loi permettra aux centres de services de réquisitionner gratuitement un immeuble d’une municipalité pour créer une école.

Pour les enseignants   

  • Ils devront désormais suivre 30 heures de formation obligatoire sur deux ans.   
  • En cas de litige dans l’attribution d’une note, un autre enseignant pourra trancher.      

  

— Avec la collaboration de Cédérick Caron et Patrick Bellerose  


Les commissions scolaires de la Capitale et des Premières-Seigneuries comptaient chacune sur 16 élus scolaires. En 2018-2019, la rémunération totale de ces commissaires représentait un peu plus de 360 000 $.