/investigations/police
Navigation

Petit boisé, mais gros intérêt d’élus et de promoteurs de Laval

Deux conseillers propriétaires de terrains visés par des enquêtes affirment de leur côté avoir agi de bonne foi

Coup d'oeil sur cet article

Le conseiller David De Cotis ne nie pas être intervenu au sujet du développement du secteur où il possède des terrains, mais il jure l’avoir fait de bonne foi.  

• À lire aussi: La police est de retour à Laval  

Joint par notre Bureau d’enquête, il a affirmé s’être impliqué dans le dossier uniquement pour aider des citoyens à faire cheminer leurs demandes à la Ville, sans se préoccuper du fait que cela pourrait avoir un impact financier sur ses propriétés. « Peut-être que j’en ai parlé, mais je n’ai jamais imposé mon autorité comme vice-président du comité exécutif ou comme élu municipal dans ce projet-là », a-t-il martelé.  

C’est dans ce boisé du secteur Auteuil que les conseillers David De Cotis et Isabella Tassoni ont acheté plusieurs terrains. En mortaise, la conseillère Tassoni a acquis deux autres terrains un peu plus au nord, dans un secteur qui sera développé par une compagnie liée à son père.
Photo Google Earth
C’est dans ce boisé du secteur Auteuil que les conseillers David De Cotis et Isabella Tassoni ont acheté plusieurs terrains. En mortaise, la conseillère Tassoni a acquis deux autres terrains un peu plus au nord, dans un secteur qui sera développé par une compagnie liée à son père.

      

Idem pour les discussions qu’il admet avoir eues au sujet du développement du secteur avec le père de la conseillère Isabella Tassoni, le constructeur Giuseppe Tassoni, qui voudrait y effectuer du développement immobilier.          

« Mais je n’ai jamais pris ces discussions-là qu’on a eues pour pousser mon autorité comme élu. »        

Par ailleurs, M. De Cotis affirme avoir dit au chef de cabinet du maire qu’il possédait des terrains dans le secteur lors de ses discussions avec lui. Quant au terrain qu’il n’a pas déclaré officiellement à la Ville, il s’agirait d’une erreur de transcription. Il aurait déclaré un autre terrain, sans le vouloir, au cours des dernières années.   

   

  • Notre journaliste Sarah-Maude Lefebvre était à Dutrizac sur QUB radio:   

 

« Contente de l’apprendre »   

Sa collègue du parti Action Laval Isabella Tassoni plaide aussi l’innocence. Celle qui est conseillère municipale depuis plus de deux ans a indiqué qu’elle ne savait pas qu’elle devait déclarer rapidement tout changement à sa situation financière.         

« À ce jour, il faut encore des fois que je demande deux fois pour m’assurer que les ai bien remplis [les formulaires] [...]. Une chance que tu me l’as dit », a-t-elle commenté.        

Elle assure qu’il s’agit d’erreurs et que toutes ses déclarations sont maintenant à jour.         

Elle a aussi affirmé ne pas être au courant des projets de développement immobilier de son père, qu’elle investit dans l’achat de terrains à Laval par elle-même, « comme une jeune fille de 30 ans qui veut commencer sa vie ».         

Enfin, à propos des terrains qu’elle a achetés l’hiver dernier peu avant que son père obtienne le feu vert pour y faire du développement immobilier, il s’agirait d’une coïncidence.         

« Je ne savais même pas que le développement allait de l’avant. Merci pour les bonnes nouvelles. »         

Elle a aussi indiqué qu’elle se retire chaque fois que des dossiers impliquant sa famille sont mentionnés en conseil municipal.         

Isabella Tassoni   

Photo tirée de Facebook

Qui est-elle ?    

  • Conseillère de Laval-des-Rapides depuis 2017, elle est la fille d’un constructeur, Joseph Tassoni, qui a fait du lobbying auprès de la Ville de Laval pour du développement immobilier.         
  • Mme Tassoni possède deux terrains dans le secteur, qui ont été dûment déclarés. L’un d’eux lui a été offert par son père en mars 2016, un mois avant que son projet de développement immobilier, aux abords du parc de Lyon, ne soit jugé recevable par la Ville. Le projet est toujours sous analyse.         
  • Ses frères sont aussi propriétaires de terrains à proximité. Au total, sa famille possède une dizaine de terrains en bordure et au nord du secteur représenté sur l’image satellite ci-contre.                

Ce qui lui est reproché    

  • Mme Tassoni a été élue en novembre 2017. Pourtant, elle n’a pas déclaré son intérêt dans une firme de gestion immobilière, Terra Bella Investment, avant décembre 2018. Elle est actionnaire depuis 2011.         
  • Elle a également attendu 10 mois avant de déclarer l’achat de terrains situés un peu au nord du secteur qu’on voit sur l’image en mortaise ci-contre, alors que tout changement doit être déclaré à la Ville dans les 60 jours. Ces terrains ont été acquis avec son frère en février 2019. Un mois plus tard, une compagnie dont son père est actionnaire concluait une première entente avec la Ville en vue d’un développement immobilier dans ce secteur.                 

David De Cotis  

Photo Martin Alarie

Qui est-il ?   

  • Fondateur du Mouvement lavallois, c’est lui qui a recruté Marc Demers comme candidat à la mairie. Il a été vice-président du comité exécutif de 2013 à juin 2018 avant d’être démis de ses fonctions par le maire Demers. Il est conseiller de Saint-Bruno.         
  • En plus de sa résidence, sa femme et/ou lui sont propriétaires de quatre terrains dans le secteur, acquis en 2003 et 2017.                


Ce qui lui est reproché    

  • Ne pas avoir mentionné le terrain situé derrière sa résidence dans la déclaration d’intérêts que tout élu lavallois doit remplir chaque année.        
  • Être intervenu à plusieurs reprises dans le dossier du développement du quartier où sont situés sa résidence et ses terrains, sans mentionner son intérêt.                 

Notre Bureau d’enquête a obtenu une partie des documents qui ont été soumis aux policiers dans ce dossier.   

Par exemple :  

En 2014, des citoyens militaient pour le raccordement des services municipaux dans le boisé près du parc de Lyon, ce qui aurait permis le développement des terrains. M. De Cotis s’est adressé au bureau du maire pour faire le suivi de la demande de ses voisins, sans mentionner qu’il y possédait aussi des terrains, selon cette copie d’écran du système interne de l’Hôtel de Ville.         

Capture d'écran

  


  

Dans un courriel adressé à la Ville en 2018, un agent immobilier lavallois affirme avoir rencontré David De Cotis à ce sujet. Il fait aussi allusion à une rencontre entre ce dernier et le chef de cabinet du maire Demers, Gilbert Gardner, pour le même dossier. À ce moment, De Cotis est vice-président du comité exécutif.         

Capture d'écran

  


  

En 2019, dans un courriel adressé à un membre du conseil municipal, le chef de cabinet du maire, Gilbert Gardner, affirme que le conseiller est intervenu auprès de lui sans mentionner son intérêt.         

Capture d'écran