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Le triomphe de Parasite

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Je ne suis pas un fan des Oscars ni de l’univers hollywoodien, mais je n’ai pu m’empêcher, dimanche soir, d’applaudir au triomphe mérité de Parasite.

D’abord parce qu’il s’agit d’un excellent film, qui explore finement les tensions entre les classes sociales. Il y a aussi quelque chose de réjouissant à voir un film non anglophone obtenir un tel traitement dans un pays qui ne s’intéresse souvent qu’à lui-même. Nous sommes ici devant un imaginaire qui nous est fondamentalement étranger et qui pourtant nous parle.

Traductrice

Les œuvres vraiment universelles ne sont pas celles qui cherchent à imiter les codes de l’empire américain, mais qui s’ancrent profondément dans une culture nationale et qui, par-là, touchent les cordes sensibles de l’humanité entière.

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Mais je ne saurais le cacher, j’en suis presque venu à applaudir dans mon salon quand j’ai vu le réalisateur Bong Joon-Ho s’adresser en coréen à l’assemblée des acteurs vertueux réunis. Manifestement, il préférait s’exprimer dans sa langue plutôt que baragouiner dans une langue qui n’est pas la sienne. Et pour se faire comprendre, il avait à ses côtés... une traductrice ! Personne ne l’a accusé de s’enfermer dans une culture locale, de se couper du monde, d’être en décalage avec la modernité. Nous étions simplement devant un Coréen parlant le coréen et ne s’excusant pas de s’exprimer dans la langue de son pays.

Cultures

J’essaie d’imaginer un Québécois se présentant aux Oscars et décidant de s’exprimer en français, naturellement, parce que telle est la langue de son pays. En aurait-il le culot ? À tout le moins, on le lui reprocherait de notre côté de la frontière. On l’accuserait de nous faire honte. Notre vieux fond colonisé remonterait à la surface.

La beauté de l’humanité se révèle par la diversité des langues, des cultures, des peuples et des civilisations. La belle victoire de Parasite est venue nous le rappeler.