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«Plamondon symphonique»: réinventer Plamondon, avec bonheur

ENT-Spectacle hommage à Luc Plamondon
Photo AGENCE QMI, MARIO BEAUREGARD Gabrielle Shonk et Luc Plamondon lors du spectacle «Stone».

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MONTRÉAL | On les a réinventées 100 fois, on les revisitera de mille autres façons, les chansons de Luc Plamondon demeureront précieuses et intemporelles. Soulevées par 11 voix féminines, 82 musiciens de l’OSM et les Petits Chanteurs de Laval dans le concert Plamondon symphonique, elles sont comme un hymne à la beauté... de leur créateur. 

On avait souvent entendu les Dion, Dufresne, Boulay, Boisjoli chanter Plamondon. On associe moins fréquemment au célèbre parolier des esprits libres comme Betty Bonifassi, Martha Wainwright, Klô Pelgag ou autres Ariane Moffatt. 

S’appropriant avec panache les bijoux de l’auteur-compositeur aux lunettes noires, cette semaine, à la Maison symphonique, les dames susnommées et autres compagnes offrent un concert grandiose nous permettant de scruter les pièces du monstre sacré sous un tout nouvel éclairage, sous la baguette du chef Adam Johnson. 

Non, il n’y a pas que Céline pour nous saccader à l’oreille qu’elle «de-de-de-danse dans [sa] tête»; Marie-Pierre Arthur sait aussi nous marteler avec aplomb qu’elle «préfère regarder la lune, all night», et s’amuser follement en le faisant. 

Valérie Carpentier aurait pu naître pour incarner la fameuse Call Girl, Beyries est bouleversante sur Le monde est stone, et que dire de Safia Nolin, dont la mélancolie naturelle épouse parfaitement le mythique Blues du businessman

Détachant doucement chaque phrase, la chanteuse s’exprime comme si elle était elle-même cet artiste raté dans un complet d’homme d’affaires. La Bronze, elle, joue les rebelles en vert fluo et cape rouge, sur Lili voulait aller danser, un morceau identifié à Julien Clerc, pendant que le chœur de jeunes se trémousse un peu plus haut. 

Remarquables arrangements 

Cet hommage à Luc Plamondon a emprunté plusieurs détours avant d’aboutir dans la salle de bois blond de la Maison symphonique. Il a d’abord vécu au sein du spectacle Stone, du Cirque du Soleil, à Trois-Rivières, à l’été 2017. Un album dérivé a été lancé un an plus tard, dans la foulée de la présentation d’une mouture revampée de la production en clôture des Francos de Montréal, sur la place des Festivals, en 2018. 

Or, l’OSM insiste: le concert actuellement à l’affiche à Montréal n’a rien à voir avec l’amalgame acrobatique proposé par le Cirque il y a trois ans, pas plus qu’il ne s’apparente au rendez-vous ensuite orchestré par les Francos. En font foi les 82 musiciens de l’Orchestre symphonique de Montréal et le chœur des Petits Chanteurs de Laval qui donnent un poids majestueux à cette relecture, laquelle aurait pu s’avérer banale. Et pourtant. 

Dans ce cadre, c’est du Plamondon comme on ne l’a (presque) jamais entendu. Et les décideurs ont eu le flair de piger dans toutes les extrémités du répertoire du créateur; certes, on trouve Oxygène et Ma mère chantait toujours (Arthur), mais aussi L’île aux mimosas (Pelgag), Les Sans-Papiers et SOS d’un terrien en détresse (Moffatt). 

Entre autres évolutions, ici, Antoine Gratton a retouché les arrangements d’abord élaborés par Jean-Phi Goncalves. Et quels arrangements! 

On place la barre haute dès le départ avec le Parc Belmont de Martha Wainwright (rien de moins), qui, toute de flamboyance rose et rouge vêtue, hurle la douleur du texte iconique pendant que les musiciens tremblent à grands coups d’archets derrière. Effets d’orages ponctuant Monopolis (Catherine Major), rythme de marche militaire sur Je danse dans ma tête, harmonie enfantine sur Les Sans-Papiers, entrée en canon sur Hymne à la beauté du monde, partagée par tout le groupe en clôture: maints éléments et contextes sont évoqués dans ce tour de chant mémorable, qu’on espère voir éventuellement capté pour la télévision, pour que tous puissent en profiter. 

Plamondon symphonique est encore présenté à la Maison symphonique de Montréal ce mercredi 12 et jeudi 13 février. Il s’agit du deuxième concert de la série OSM POP de la saison 2019-2020 de l’OSM, dont le groupe français IAM sera la prochaine tête d’affiche, en avril.