/entertainment/opinion/columnists
Navigation

Quand la CBC se lâche «lousse»

Coup d'oeil sur cet article

Pour se lâcher « lousse », la CBC n’a pas attendu le rapport du Groupe d’experts chargés de la révision de nos lois sur la radiodiffusion et les télécommunications.

Dans leur recommandation numéro 80, ces experts souhaitent que CBC/Radio-Canada prenne plus de « risques créatifs ». La recommandation n’était pas encore faite que la CBC la mettait déjà en application.

Vendredi, jour de la Saint-Valentin, la CBC commencera la diffusion d’une comédie déjantée intitulée Hey Lady ! Pour l’instant, le réseau anglais se montre prudent et la diffuse en ligne sur CBC Gem, le pendant de tou.tv. C’est gratuit pour peu qu’on soit prêt à supporter quelques interruptions publicitaires.

Les huit épisodes mettent en vedette Jayne Eastwood (Lady) et Jackie Richardson (Rosie), deux actrices qui n’en sont pas à leurs premières armes. Jayne Eastwood a joué dans plus d’une centaine de films et de séries et l’autre, actrice et chanteuse renommée, est la mère de Kim Richardson qu’on connaît bien au Québec.

Même si la facture de Hey Lady ! est assez originale – la vedette se permettant d’intervenir live dans le déroulement du scénario –, l’audace de la CBC a ses limites. Les jurons de la vieille dame sont remplacés par le son d’une clochette et tous les fuck que lancent à gogo les personnages s’entendent presque, mais sont pudiquement escamotés. 

POUR L’AUDACE, ON REPASSERA

Malgré la promotion qu’on en fait, Hey Lady ! est loin d’être révolutionnaire. Côté audace, la série écrite par le réputé dramaturge albertain Morris Panych, est à des années-lumière de celle de François Avard, Les Bougon, c’est aussi ça la vie ! Radio-Canada n’avait exercé alors aucune censure dans les propos des Bougon. Certaines situations – le furet dans l’anus de Junior, par exemple – étaient même à l’extrême limite du bon goût.

Les situations de Hey Lady ! rappellent celles de la série Les détestables, adaptée par Louis Morissette de l’émission flamande Benidorm Bastards. Il y a déjà neuf ans que V a diffusé les polissonneries de ces vieux détestables. Je ne dis rien du film de René Allio, La vieille dame indigne, qui exploitait un thème semblable il y a plus d’un demi-siècle ! 

Décidément, l’audace de la CBC a pris beaucoup de retard.

AU THÉÂTRE DENISE-PELLETIER

Dans un décor très inventif, le Théâtre Denise-Pelletier présente Zoé, la dernière pièce du très appliqué dramaturge de Granby, Olivier Choinière. Sur fond de grève étudiante (celle de 2012), un prof (Marc Béland) et une étudiante (Zoé Tremblay-Bianco) se livrent à un captivant dialogue sur leurs notions respectives de la liberté.

J’ai bien aimé ce ping-pong philosophique « socratisant » entre un prof et sa jeune étudiante ayant obtenu une injonction pour qu’il poursuive ses cours malgré la grève. 

En sortant du théâtre, ma femme, qui a trouvé que la pièce manquait d’émotion, m’a glissé à l’oreille qu’elle aurait aimé voir inversé le genre des personnages, que le pouvoir ne soit pas encore une fois entre les mains d’un homme. 

Depuis, j’essaie d’imaginer les dialogues entre une femme d’âge mûr comme prof et un jeune étudiant. Les arguments de l’un et de l’autre seraient-ils les mêmes ?