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Une grave crise de confiance

À peine 52 % des employés d’Hydro-Québec appuient la vision d’Éric Martel

barrage Romaine 3
Photo d’archives, Simon Clark Même si Hydro-Québec est parvenue à se hisser au deuxième rang du palmarès des « meilleurs employeurs » de la revue Forbes, tout n’est pas rose, loin de là. La cote d’approbation du PDG Éric Martel est bien inférieure aux normes de l’industrie. Ci-haut, le grand patron de la société d’État, lors de l’inauguration de la Centrale Romaine-3, sur la Côte-Nord, en octobre 2017.

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Hydro-Québec a beau se vanter de figurer parmi les «meilleurs employeurs» au Canada selon la revue Forbes, les résultats «catastrophiques» d’un sondage interne obtenu par Le Journal laissent entendre tout le contraire. 

«Les gens sont fiers de travailler pour Hydro-Québec parce que nous contribuons à l’économie et à l’environnement grâce à l’énergie verte», claironnait il y a deux semaines Nathalie Dubois, la vice-présidente des ressources humaines d’Hydro-Québec, dans les pages de la publication américaine.  

En pleine pénurie de main-d’œuvre, ce genre d’article positif vaut de l’or pour les employeurs incapables de recruter du personnel.  

Or, un sondage interne réalisé auprès de 16 381 employés de la société d’État présente un portrait bien différent de la situation.

«Ça fesse» 

«Ça fesse», résume Nicolas Cloutier, le président du Syndicat professionnel des ingénieurs d’Hydro-Québec.  

C’est grâce à la loi d’accès à l’information que l’organisation a été en mesure d’obtenir le document tenu secret.  

Pas moins de 45 % des employés affirment ne pas avoir «confiance» dans les décisions prises par la haute direction de la compagnie, à commencer par le PDG, Éric Martel, révèle l’étude.  

Et seulement 52 % des travailleurs et travailleuses estiment que cette même haute direction se préoccupe de leur bien-être, à une époque où les enjeux de santé mentale deviennent de plus en plus complexes et nombreux sur le marché du travail. 

Le tiers des employés affirment «rencontrer des obstacles majeurs» dans la réalisation de leurs tâches. Ce serait 50 % plus que la norme. 

Moins de la moitié des employés (48 %) jugent par ailleurs que «les changements faits à Hydro-Québec sont bien exécutés» par la direction. 

Reculs  

Dans tous les cas évoqués ci-haut, il s’agit de reculs significatifs par rapport à 2018, mais aussi de données qui se situent bien en dessous des normes de l’industrie, souligne le rapport préparé par la firme internationale Willis Towers Watson.  

«C’est pas mal ironique, voire insultant, de voir la haute direction se péter publiquement les bretelles avec le classement de Forbes», lance M. Cloutier.  

Le syndicat déplore aussi que la haute direction ait essayé de garder secrètes les données issues du sondage annuel, qui révèle une « crise de confiance majeure » envers la haute direction selon lui.   

La direction se défend 

Du côté de la direction, on affirme être dans l’ensemble satisfait des résultats. Si les employés ne semblent pas avoir confiance en la direction, c’est parce que celle-ci a implanté un «rythme soutenu» de transformation au cours des dernières années. 

Chef de l’exploitation d’Hydro-Québec, David Murray assure qu’il n’y a pas de crise de confiance au sein de la compagnie.  

«C’est sûr qu’il y a beaucoup de projets qui arrivent. Ça peut déranger une partie (de la main-d’œuvre)», dit-il.  

Selon M. Murray, Hydro doit « saisir les opportunités dans les marchés, mais aussi à l’interne. » Il souligne que, contrairement aux employés sondés par la firme à sa demande, la clientèle d’Hydro-Québec semble, elle, satisfaite des changements opérés depuis l’arrivée d’Éric Martel.  

«Je ne minimise pas les résultats du sondage. On ne dit pas qu’on n’a rien à améliorer. Je pense qu’on doit impliquer encore plus les employés dans la prise de décision, dans le changement ». 

Un sondage dévastateur 

48 % des employés jugent que «les changements faits à Hydro-Québec sont bien exécutés» 

52 % estiment que «la haute direction (PDG, présidents, vice-présidents et directeurs principaux) se préoccupe du bien-être des employés» 

42 % croient qu’Hydro-Québec «sait promouvoir les personnes les plus compétentes»