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Bande audio de 1860: 17 ans avant Edison. Écoutez!

Le phonautographe de Scott
Photo Courtoisie, Les trésors de la capitale Le phonautographe de Scott

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J’ai consacré un blogue il y a quelques mois au rôle important de Montréal dans le développement de la radio à l’occasion de son centième anniversaire. Les Marconi, les Berliner et les Fessenden ont fait leur recherche ici, certains en association avec Thomas Edison, présenté comme l’inventeur de l’enregistrement du son. 

Or, c’est un Français, Léon Scott de Martinville qui a réalisé un premier enregistrement graphique d’un son en octobre 1857. Avec son phonautographe, Scott voulait capter le son comme la caméra, nouvellement inventée, captait l’image. Il fut donc le premier à enregistrer sa voix et à ainsi permettre, à son insu il est vrai, aux générations futures de l’entendre.  

Jusqu’en 2008, tout le monde pensait que le premier enregistrement de la voix humaine avait été réalisé en 1877 par Thomas Edison. Une équipe américaine dirigée par l'historien de l'audio David Giovannoni et des scientifiques du Lawrence Berkeley National Laboratory ont réussi à découvrir et à faire revivre le premier enregistrement audio jamais réalisé. Ils ont rétabli le son d’une transcription graphique sur papier de la voix humaine réalisé par Scott pour découvrir que ce qu’on y entendait semblait être la voix d’une fillette chantant Au clair de la lune.  

Un stylet installé au bout d’un cornet acoustique transcrivait la voix sur une bande de papier attachée à un rouleau. L’équipe de Giovanonni a rendu les ondulations inscrites sur ces bandes de papier audibles. En fait, en rectifiant la vitesse d’enregistrement, ils ont découvert que ce n’était pas la voix de sa fille, mais celle de Scott lui-même. 

Il y a un aspect tragique à cette histoire. Scott de Martinville est mort peu de temps après avoir assisté à Paris à la conférence où Edison présentait son invention sans que l’Américain ou personne d’autre ne lui donne crédit pour le fait d’avoir été le premier à avoir fait un enregistrement sonore. «Il était si bouleversé que je crois que cela a contribué à sa mort quelques jours plus tard», estime son arrière-petit-fils Laurent Scott de Martinville. 

Scott avait lui-même publié un livre à compte d’auteur pour affirmer la priorité de son invention sur celle d’Edison. Il a fallu près de 150 ans pour que la communauté scientifique mondiale reconnaisse enfin l’antériorité de son invention sur celle d’Edison. 

L'UNESCO, en 2015, l’a finalement intégré dans son Registre international de la mémoire du monde, reconnaissant enfin sa place légitime en tant que véritable inventeur du son enregistré. En 2011, la Bibliothèque du Congrès des États-Unis l’avait déjà officiellement intronisé.  

Plusieurs douzaines d’enregistrements sonores effectués par Scott de Martinville de 1857 à 1860 ont été retrouvés par les chercheurs américains. Chaque extrait ne dure que quelques secondes.   

En voici quelques exemples  

  • Le son reconstitué d’Au clair de la lune avant et après la correction de vitesse. 
  • Un extrait de Phèdre: «Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon cœur» 
  • La chanson de l’abeille de l’opéra La Reine Topaze de Victor Massé.  

Tous ces extraits sont disponibles sur le site First Sounds, tout comme des documents rédigés par l’inventeur.  

Le Pr David Giovannoni explique que si le téléphone fut le premier instrument capable de transmettre la voix sur de grandes distances, le phonautographe de Scott de Martinville fut le premier instrument à transmettre la voix dans l’avenir. 

Y a-t-il d’autres enregistrements de Scott qui n’ont pas encore été retrouvés? L’équipe de First Sounds les recherche. Imaginez entendre la voix de Napoléon III ou de Louis-Joseph Papineau.