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Des nouvelles du marécage: Roger Stone au cœur d'une controverse

Des nouvelles du marécage: Roger Stone au cœur d'une controverse
lev radin

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Depuis sa campagne de 2016 et le début de sa présidence, Donald Trump promet de nettoyer le marécage de la politique à Washington. Jusqu’à maintenant, ce marécage semble se concentrer autour de sa personne.  

Si plusieurs membres de son entourage se retrouvent déjà derrière les barreaux, deux d’entre eux attendent toujours leur condamnation: Michael Flynn et Roger Stone. Nous devrons attendre encore un moment avant d’être fixés sur Flynn, mais la peine de Stone sera annoncée le 20 février. Hier, nous apprenions que les procureurs fédéraux recommandaient une peine de sept à neuf ans.  

Dès la divulgation de la recommandation des procureurs, nous avons eu droit à deux réactions étonnantes et presque simultanées. Dans un premier temps, le président Trump a gazouillé son désaccord de virulente façon. Il estime que justice n’a pas été rendue et que les demandes des procureurs constituent une insulte à la nation. Rien de moins...  

Peu de temps après, le département de la Justice allait à l’encontre des procureurs, annonçant tout de suite son intention d’exiger une peine moins sévère. Si vous croyez qu’il y a apparence d’ingérence politique, vous n’êtes pas le seul.   

Si nous nous attendions à l’indignation des démocrates, la surprise est venue des procureurs dont le département de la Justice a ignoré les recommandations. Ils ont tous les quatre annoncé qu’ils se retiraient du dossier!  

Rien n’indique que le président ait spécifiquement demandé au procureur général William Barr d’intervenir dans le dossier de son ami Stone, mais, ici comme dans d’autres dossiers, le synchronisme du gazouillis présidentiel et de l’annonce du département de la Justice ne peut que nourrir le doute et la suspicion. Habituellement, un président américain ne se mêle pas de ce genre de dossier. William Barr travaille pour les Américains et non pour le président.  

Non seulement Stone pourrait-il hériter d’une peine réduite, mais on entend déjà courir la rumeur d’un éventuel pardon présidentiel. Ce ne serait absolument pas normal et franchement troublant.   

Quand on évoque le marécage de Washington, on sait que, tout au fond de ses eaux boueuses, on retrouve justement Roger Stone. Va-t-on maintenant lui permettre de s’en tirer à bon compte?   

Le comportement intrigant du département de la Justice et de William Barr ne se limite pas qu’au seul dossier Stone. Le procureur général serait également intervenu dans le dossier de Michael Flynn il y a peu de temps. Plutôt que de se retrouver en prison, Flynn serait en liberté surveillée pour six mois.  

Je reconnais avoir esquissé un sourire lorsque des sénateurs républicains gênés par leur vote pour acquitter Donald Trump affirmaient être convaincus que le président avait eu sa leçon et qu’il serait plus respectueux des règles et des conventions.   

Comme plusieurs autres analystes, j’étais plutôt convaincu que le président serait tenté de repousser les limites de son pouvoir. Gonflé à bloc par la solidarité des membres de son parti, Donald a choisi d'écarter de son chemin tous ceux qui avaient osé témoigner contre lui et on sent qu’il exerce une grande influence sur les décisions du département de la Justice.  

Si vous me lisez régulièrement, vous connaissez déjà mon intérêt pour les institutions américaines. Une fois de plus, je suis curieux de voir où s’arrêtera le travail de sape de l’intégrité et de l’autorité morale du département de la Justice.  

La démission des quatre procureurs du procès de Roger Stone constitue le message le plus puissant qu’on puisse faire parvenir à William Barr. Pour certains observateurs il est déjà trop tard, l’intégrité du département de la Justice est déjà branchée au respirateur artificiel...