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Les écoles d’aérospatiale en arrachent

Les déboires de Bombardier font en sorte que les classes sont souvent très dégarnies dans ces établissements

Catherine Filippelli
Photo Francis Halin Catherine Filippelli. étudiante en technique d’usinage à l'École des métiers de l'aérospatiale de Montréal (EMAM), ne se fie pas aux mauvaises nouvelles...

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Salles de classe à moitié vides, cours abandonnés, désinscriptions... les déboires de Bombardier font mal aux écoles d’aérospatiale, qui veulent retenir leurs étudiants en pleine pénurie de main-d’œuvre.  

« Dès qu’il y a des annonces de coupures, j’ai des élèves qui vont lâcher, quitter et qui ne s’inscriront pas », soupire Éric Dionne, directeur de l’École des métiers de l’aérospatiale de Montréal (EMAM), un établissement capable d’accueillir trois fois plus d’étudiants que ses 400 actuels.   

À l’École nationale d’aérotechnique (ÉNA), à Longueuil, on compte 942 étudiants, alors que l’institution a une capacité d’accueil de plus de 1600 étudiants.      

Recrutement très difficile  

« On n’arrive pas à faire le plein d’étudiants dans nos classes. On multiplie les efforts de recrutement et de valorisation du secteur aérospatial, ici comme à l’international, pour mieux répondre aux besoins des entreprises », se désole son directeur, Pascal Désilets.   

« Quand il y a une mauvaise nouvelle, en l’espace de deux jours, on voit déjà des gens qui abandonnent. On a autour de 10 % de désinscriptions », note Nathalie Paré, directrice générale du Comité sectoriel de main-d’œuvre en aérospatiale du Québec (CAMAQ).    

Cris du cœur  

Pour renverser la vapeur, les deux écoles publient aujourd’hui une lettre ouverte pour « rassurer les futurs étudiants qui pourraient remettre en question leur choix de faire carrière dans ce domaine » où les emplois sont nombreux... et payants.   

« Nous sommes le seul endroit où un appareil est fabriqué de A à Z dans un rayon de 40 km », soulignent ses signataires. Le Québec reste le troisième pôle mondial grâce aux Bombardier, Airbus, Air Canada, Bell Flight, CAE, Héroux-Devtek, Pratt & Whitney, tiennent-ils à rappeler.    

Cette année, plus de 5000 postes sont à pourvoir dans l’industrie, un chiffre qui explosera à 34 000 au cours des 10 prochaines années. Des perspectives d’emplois qui font saliver les étudiants actuels de l’École des métiers de l’aérospatiale de Montréal (EMAM), qui refusent de jeter la serviette malgré les turbulences de l’industrie.   

« On entend beaucoup parler de Bombardier, mais ça ne me fait pas peur parce qu’il y a de la job à la pelletée », a partagé Catherine Filippelli, étudiante en techniques d’usinage.    

« Ça me stresse un peu, mais en même temps il y a beaucoup de places qui offrent des emplois en usinage, comme Pratt ou même VIA Rail. Bombardier n’est pas la seule », a renchéri Orhel Demeny, 25 ans, qui étudie la même discipline.   


► Au Québec, les travailleurs du secteur manufacturier aérospatial gagnent en moyenne 12 % de plus qu’un employé de production d’un autre secteur, soit entre 55 000 $ et 62 000 $ par année, selon le Comité sectoriel de main-d’œuvre en aérospatiale du Québec (CAMAQ).