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Pour ne pas devenir des zombies

Quebec
Photo Stevens Leblanc Les écrans sont littéralement partout. Parfois même jusque dans nos lits.

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La multiplication et l’omniprésence des écrans dans nos vies sont un véritable problème de santé publique. On le sait depuis des années. Ce lundi, un gouvernement s’y penchait enfin pour la première fois.

Sous la direction du ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, lors d’une première tranche d’un forum sur l’usage des écrans et la santé des jeunes, une brochette d’experts est venue sonner l’alarme. Le laissez-faire n’est tout simplement plus une option.

Tablettes, ordis, télés, téléphones dits intelligents, etc., leurs effets nocifs sur la santé physique, psychologique et intellectuelle des enfants et des ados sont de plus en plus documentés : dépression, désocialisation, troubles de la vue et de la posture, anxiété, narcissisme, dépendances multiples, troubles de l’attention, etc.

Effet miroir

Chez les jeunes, la moyenne du temps passé chaque jour devant un écran est de sept à huit heures. C’est l’équivalent d’un emploi à temps plein ! Le problème est tel qu’il est comparé au fléau du tabagisme des décennies précédentes.

C’est d’autant plus inquiétant que la dépendance aux écrans s’étend aussi chez les adultes. Ils sont de plus en plus nombreux à s’y coller plusieurs heures par jour. Le téléphone dit intelligent est devenu une dangereuse extension de leurs corps et de leurs cerveaux.

Que ce soit sur la rue, en voiture, dans le métro ou le bus – voire en marchant avec leur enfant ou leur chien –, la vue d’un adulte au nez rivé sur son iPhone au lieu de s’occuper des humains qui l’entourent, bref de son environnement réel, est tellement répandue qu’on ne s’en surprend plus.

Lorsqu’un problème majeur de santé publique affecte adultes, enfants et ados – ici et de par le monde –, c’est à se demander par où on pourra bien le prendre. Ici, l’effet miroir entre les générations est dévastateur.

Pire que le tabagisme ?

Les voyants qui s’allument ne sont plus jaunes. Ils sont rouge vif. Les effets toxiques de l’utilisation répétée des écrans ne sont-ils pas en voie de dépasser même ceux du tabagisme ? Or, s’il est possible de cesser de fumer, l’omniprésence des écrans fait de toute réduction importante de leur usage une mission quasiment impossible. Ils sont littéralement partout. Parfois même jusque dans nos lits.

Les écrans ne sont plus de simples « outils » de communication et d’apprentissage. Ils sont maintenant de véritables despotes capables de contrôler les vies en affectant jusqu’à la chimie même du cerveau des humains. Plus fortement encore chez les enfants.

Face à un problème aussi gargantuesque, le ministre Carmant promet un plan d’action d’ici la fin de l’année. Comme pour le tabagisme, l’éducation et la sensibilisation en seront sûrement la pierre angulaire.

Le temps presse néanmoins. On se prépare de futures générations d’adultes déjà gravement affectées physiquement, intellectuellement et émotivement. C’est pourquoi toute la société, et non seulement le gouvernement, doit s’en mêler sur une base collective, mais aussi individuelle.