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Le style « Legault 2002 »

Quebec
Photo d'archives, Stevens LeBlanc Dans la manière Legault-Roberge, il y a quelque chose qui rappelle l’art de négocier à la Trump : on commence avec un coup de poing au visage du « partenaire ». On discute après.

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Trouver des terrains pour construire des écoles est certainement un but louable.

Même les députés des oppositions qui pourfendent le fameux amendement surprise du ministre Jean-François Roberge en conviennent.

Celui-ci impose aux villes de céder gratuitement des terrains aux nouveaux « centres de services scolaires » pour y construire des écoles. Un amendement de sept pages déposé en fin de bâillon, vendredi.

Villes pas pressées

Dans plusieurs villes, il est « urgent » de construire de nouvelles écoles. On rogne depuis trop longtemps sur les cours de récréation, on ferme des bibliothèques. En dernier recours, on achète des « installations modulaires temporaires »... manière lénifiante pour dire roulottes ou maisons mobiles.

Les villes ont une responsabilité dans ce retard. Elles ne se pressent souvent pas puisque construire des écoles lui rapporte moins que des rues de maisons unifamiliales ou, mieux, des tours en copropriété.

Et quand elles finissent par se décider, elles offrent trop souvent des terrains sous des pylônes, sur des terres contaminées, près des autoroutes, etc., bref, « pas d’allure ». Le terme est celui de l’ancienne présidente de la « défunte » Commission scolaire de Montréal, Catherine Harel-Bourdon, pour qualifier ceux que lui avait proposés l’administration Coderre, en octobre 2017. « Je suis abasourdie par les propositions. Ça n’a pas de bon sens », pestait-elle.

Avec la loi 40, le rapport de force des centres de services sera donc amélioré. Cela pourrait conduire à une meilleure planification urbaine où les villes cesseraient de regarder de haut les autorités scolaires locales.

Trump

Ce n’est cependant pas parce que le pouvoir a un but louable qu’il peut faire les choses n’importe comment.

D’accord, il est aisé pour un « gérant d’estrade » comme moi de le dire. Mais plusieurs fautes du gouvernement Legault sautent aux yeux dans cette affaire.

D’abord, pourquoi avoir escamoté les débats sur cette question ? Pourquoi ne pas s’être expliqué sur la place publique ? Pourquoi ne pas avoir tenté de convaincre les oppositions qui, pour le coup, auraient été bien mal placées de mettre « les enfants au cœur des priorités »... et non les villes ou les promoteurs ?

Pourquoi diaboliser les villes et ne pas proposer de les compenser d’une certaine manière lors des négociations du pacte fiscal ? Pourquoi avoir attendu après ?

Toute comparaison avec l’actuel président des États-Unis revêt un aspect spécieux, bien sûr. Mais dans la manière Legault-Roberge, il y a quelque chose qui rappelle l’art de négocier à la Trump : on commence avec un coup de poing au visage du « partenaire ». On discute après.

Remarquez, ça rappelle le François Legault de 2002, soit bien avant le beau discours du 18 octobre 2018 où il mit en avant la devise « proximité, humanité, ouverture ».

Le Legault 2002, ce sont les batailles frontales avec les universités (pour imposer les contrats de performances), puis avec les médecins spécialistes (sur la rémunération).

Ce Legault certes volontaire, mais malhabile, opère un retour avec la loi 40 : il a un but absolument louable, mais en bulldozant, il risque inutilement de rater sa solution et peut-être même d’aggraver le problème.