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Le Tonton de Limoilou: le resto chaleureux d’un précurseur du rap québécois

Après une expérience de travail qui a mal tourné, Jim Kangni, ou Stratège pour les fans de rap québécois, a lancé un resto à son image.

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Français d’origine togolaise, Jim Kangni arrive au Québec en 1989. C’est au Cégep André-Laurendeau qu’il rencontre Mr. Vane, le futur producer de Connaisseur Ticaso. Le compositeur l’intègre à l’univers du hip-hop et lui enseigne tout, du beatmaking au rap.   

C’est le début d’une carrière florissante pour Kangni, alias Mélomane et plus tard Stratège, qui collabore avec des légendes du rap français comme Faf Larage, tourne en boucle à MusiquePlus et compose une partie de l’un des plus grands classiques d’ici, 514-50 dans mon réseau, de Sans Pression.       

Aujourd’hui, l’ancien rappeur s’est recyclé en chef restaurateur et son «passé» dans le hip-hop le sert bien chez Tonton Café Restaurant, situé dans Limoilou, au 1098, 8e Avenue.        

  

Membre de la mythique formation Les Architekts, l’artiste lance l’album Le Plan en 2001.   

  

Un amour pour la bouffe qui date      

L’ex-rappeur a eu les deux mains dans la pâte dès son jeune âge.        

«Dans ma famille, quand tu voulais du sucré, il fallait que tu le fasses. Mes parents n'achetaient pas de biscuits», explique d’emblée celui qu'on surnomme maintenant Tonton.         

«Les beignets africains, c’est probablement la première chose que j’ai appris à cuisiner», poursuit-il.         

C’est sa maman qui lui a tout enseigné. «Dès que je suis arrivé en appart, je savais tout. J’ai toujours été fan de bouffe. Goûte à ma sauce, ce n’était pas pour rien», rappelle-t-il en faisant allusion à l'album qu'il a fait avec Cobna et qui a connu un certain succès sur les ondes de MusiquePlus au début des années 2000.         

  

  

Son premier emploi, il le décroche dans le monde de la restauration. Comme 80% de ses jobs, d’ailleurs.         

De plongeur à chef, Jim Kangni cumule un nombre impressionnant d’expériences qui lui permettent aujourd’hui de gérer de A à Z son établissement de la 8e Avenue, à Québec. De la planification du menu à la prise de commandes, en passant par le nettoyage et la promotion hors norme du projet sur les réseaux sociaux, le passionné de hip-hop s'occupe de tout comme un chef.        


Une cuisine chaleureuse unique au Québec  

«Je voulais décomplexer l’expérience d’aller au restaurant. Ailleurs, on peut retrouver des chefs qui parlent aux clients. Ils leur offrent et suggèrent des choses. Ici, il y a une hôtesse, une serveuse, un bartender, un gérant, un cuisinier, etc. Un client n’a jamais accès au chef. Je voulais qu’on soit capable de parler au chef, lui dire ce qu’on aime ou pas», raconte-t-il.         

  

  

En effet, lorsqu’on entre chez Tonton, on le voit, derrière le comptoir, et on peut lui parler tout au long de l’expérience. «Un tonton, c’est un ami de la famille. Tu viens au resto comme tu vas chez un oncle», précise-t-il.         

Un tonton sait aussi être généreux. Il peut servir la voisine qui a une requête particulière ou payer la traite à une vieille dame qui demande un dollar dans la rue parce qu’elle a faim.        

  

  

Lors de nos deux passages au resto, le chef s’est rendu à l’épicerie expressément pour nous préparer ce qu’on voulait.         

Sur Facebook, il demande régulièrement: «Qu’est-ce qu’on brunche aujourd’hui?» On peut alors décider de ce qu’on veut manger et on paie par transfert Interac, comme s'il était un ami.       

  

Le griyo chez Tonton
Samuel Daigle-Garneau
Le griyo chez Tonton

  


Le résultat d’un congédiement significatif  

C’est «grâce» à une perte d’emploi que le Tonton Café Restaurant s’est concrétisé.        

En février 2019, le chef s’est fait offrir une job dans une nouvelle salle de spectacle. «En gros, on m’a donné carte blanche pour le menu. J’ai fait quelques erreurs stratégiques en n’engageant pas les bonnes personnes et on a ouvert pendant une grosse tempête. Personne n’était au rendez-vous. On m’a laissé quatre jours en poste. J’ai pété un plomb», confie-t-il.         

  

  

Après quelques jours à réfléchir chez lui, Jim Kangni a finalement loué un local, en face de l'endroit où habite la famille de son ancien patron. Pour l’entrepreneur, la vengeance n’allait pas être un plat qui se mange froid.        

Après avoir reçu un remboursement d'impôts, il a tout investi dans son projet, en plus d'y injecter l'épargne qu'il accumulait depuis plusieurs mois.       

Il a aussi compté sur l’aide de la communauté. «Le restaurant, c’est un gros effort de récupération: les tables, le matériel, etc. On a passé quasiment deux mois à ramasser des plats et des fourchettes pour être capables d’ouvrir. Ça a été un effort commun. J’ai la chance d’avoir des fans qui me suivent depuis des années, qui voulaient absolument que le resto voie le jour», reconnaît-il.         

À notre premier passage au restaurant, on a demandé à un client s’il connaissait personnellement le propriétaire de la place. Il a répondu bien franchement: «Je le connais pour ses beats.» Le jeune homme était là après avoir gagné un coupon rabais à la radio.         

  

  

Si les fans peuvent y manger le Souldia Burger, un burger à l’image du rappeur du même nom originaire de Limoilou, le restaurant est souvent un lieu de rencontre pour les membres de la communauté hip-hop.         

Et toute personne qui le contacte directement sur sa page Facebook peut se farcir ce qu’elle veut. Rien de plus simple.         

Tonton Café Restaurant  

1098, 8e Avenue (Québec)  

Pour plus d'informations sur le menu, suivez-le sur Facebook et Instagram.   


  


  

  

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