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Pour la gratuité des soins en santé mentale

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Et si au Québec, nous décidions que les soins psychologiques devenaient dorénavant gratuits pour tous ? Et si au Québec, la psychothérapie était maintenant assurée par la RAMQ ?  

Au début des années 70, alors que l’État québécois rendait les soins de santé gratuits à tous les Québécois, nous avions fait le choix collectif de ne pas inclure les services psychologiques dans les soins couverts par la Régie de l’assurance maladie (RAMQ).   

Un choix tout à fait logique, puisqu’à l’époque, les mots stress, anxiété et dépression ne faisaient pas partis de notre vocabulaire courant, et commençaient à peine à émerger dans la communauté scientifique. Quelqu’un qui en souffrait était plutôt pris par la folie ou la démence.   

Depuis, notre époque a changé, et les Québécois aussi.   

Nous parlons de plus en plus des symptômes reliés au stress, nous diagnostiquons davantage les troubles d’anxiété et la dépression, nous vivons de plus en plus d’épuisements professionnels et nous consommons de plus en plus d’antidépresseurs.   

Bref, la détresse psychologique frappe de plus en plus de Québécois, comme dans tous les autres pays en Occident.   

Face aux maux qui changent, le moins qu’on puisse dire est que notre système d’assurance-maladie, lui, n’a pas évolué. Il est resté figé dans le temps.   

C’est pourquoi la semaine dernière, alors que tous parlaient pour la cause de la santé mentale sur les réseaux sociaux et partageait des témoignages troublants de leur réalité, je ne pouvais m’empêcher de ressentir une certaine ironie et un malaise émané de la campagne publicitaire de Bell.   

Alors que toutes ces publicités corporatives, ces campagnes de sensibilisations gouvernementales ou bien ces semaines de prévention de ci ou de ça disent essentiellement tous la même chose – « Consultez ! » - on occulte totalement le débat sur l’accessibilité des soins en santé mentale.   

Certes, on peut difficilement être en désaccord avec la vertu de mettre fin à la stigmatisation des problèmes en santé mentale.   

Mais posons-nous la question : qu’en est-il de cette majorité de Québécois, en particulier ces jeunes, qui souhaiteraient consulter rapidement, mais qu’à 100$ la consultation, c’est tout simplement trop cher pour simplement l’envisager ?   

Entendons-nous bien : je veux bien qu’on parle de la santé mentale, je veux bien que nous luttions contre les stigmates reliés à ces maladies l’esprit, je veux bien prendre conscience que notre prochain vit peut-être sous un ciel gris ; ce sont des luttes tout à fait légitimes et nécessaires à porter.   

Mais, à force de toujours parler de cela – et ne jamais réellement aborder l’accessibilité aux soins psychologiques - on n’oublie la forêt qui se cache derrière l’arbre. La forêt, c’est celle de l’accessibilité à des soins en psychothérapie.   

Cette inaccessibilité aux soins psychologiques crée deux types de citoyens, ceux qui sont assez riches pour soigner leur mal de vivre, et ceux trop pauvres pour espérer sortir de leur brouillard.   

Or, ces derniers, qui malgré leur désir de s’asseoir dans le bureau du psychologue, sont plutôt laissés à eux-mêmes et pris en otage par la dernière solution pour soulager leur détresse : la médication.   

Cela crée la situation que nous vivons en ce moment : la consommation d’antidépresseurs a bondi au Québec dans les dernières années.   

Depuis 2011 à 2017, le nombre de Québécois qui consomment des antidépresseurs a augmenté de 27%, tandis que le nombre d’ordonnances remboursées par la RAMQ a bondi de 44%.   

Chez les jeunes filles, c’est encore pire ; la consommation a augmenté de 68% chez celles âgées de 17 ans et moins de 2014 à 2018.   

Cette explosion s’explique notamment par le fait que nous refusons, comme collectivité, de couvrir les soins en psychothérapie chez tous les Québécois.   

En institutionnalisant cette iniquité sociale et économique, non seulement nous acceptons avec pessimisme ce constat, mais nous incitons nos jeunes vers la prise d’antidépresseurs, alors que tous bénéficieraient d’une consultation rapide et gratuite d’un psychologue.   

Alors que nous avons un gouvernement qui déposera cette année un plan d’action en santé mentale, qui nage dans les surplus budgétaires et qui se dit surtout proche de ces citoyens, il me semble qu’assurer les soins psychologiques de tous les Québécois serait un geste en phase avec notre époque.   

Un geste qui devrait être tout à fait normal pour une société riche comme la nôtre.