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Une dangereuse domination

Bell BCE siège social
Photo d'archives, Dominique Scali Le siège social de Bell Canada, dans l’arrondissement Verdun, à Montréal. La majorité des dirigeants de Bell sont localisés à Toronto.

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BCE est la plus grande entreprise de communications du Canada, avec 22 millions d’abonnés.

« Notre envergure, qui s’explique par notre importante clientèle, la portée de nos réseaux sur fil et sans fil de même que notre capacité à vendre en nous appuyant sur différents canaux de distribution constituent un avantage concurrentiel clé », affirme la compagnie.

Voilà pourquoi, comme le dit son slogan, « La vie est Bell » chez BCE !

Et elle le sera davantage si le CRTC et le Bureau de la concurrence Canada donnent à BCE l’aval pour mettre le grappin sur Groupe V Média, qui comprend le réseau de télé généraliste V et les actifs numériques, dont le service de vidéo sur demande soutenu par la publicité, Noovo.ca.

Un tel feu vert permettrait ainsi à BCE d’augmenter considérablement sa présence dans le marché francophone du Québec, d’autant que sa filiale Bell Média offre maintenant 6000 heures de contenu francophone exclusif sur Crave, y compris les versions françaises de la programmation de Showtime et de HBO. À cela s’ajoutent les chaînes francophones VRAK, Z, Canal Vie, Canal D, RDS et Super Écran.

Évidemment, la forte augmentation de la présence de Bell Média dans le marché francophone québécois est crainte comme la peste par Québecor en raison de « l’avantage concurrentiel clé » que détient BCE avec sa « capacité à vendre » de la publicité en s’appuyant sur ses multiples canaux de distribution.

NE JOUONS PAS À L’AUTRUCHE

Advenant le feu vert du CRTC et du Bureau de la concurrence, BCE dispose d’énormes moyens financiers pour relancer la télé généraliste V et en faire un sérieux concurrent de TVA et de Radio-Canada, tant au niveau des émissions de variétés, des séries de fiction et même de l’information.

Ainsi par l’entremise de V, la filiale Bell Média de BCE viendra puiser allègrement dans l’aide financière réservée aux productions francophones, tout en accaparant une part importante de la tarte publicitaire consacrée à la diffusion d’émissions en français.

On s’entend que la force de vente publicitaire de BCE a les « moyens » non seulement de couper les prix, mais de négocier en outre des « deals » fort avantageux pour les annonceurs.

Conséquences de cette force de frappe publicitaire de BCE ? Nos grands diffuseurs francophones TVA et Radio-Canada, et même Télé-Québec, risquent de voir leurs revenus publicitaires chuter passablement au profit de Bell Média.

C’est ce qui les attend si Groupe V devient propriété de Bell Média.

LES CHIFFRES PARLENT

Québecor a beau occuper une place enviable au Québec dans le secteur francophone des communications, il fait figure de petit joueur à l’échelle canadienne.

Pour vous montrer à quel point BCE est gigantesque, sachez que sa capitalisation boursière (valeur totale de ses actions) s’élève présentement à 58,2 milliards de dollars. C’est 6,9 fois la capitalisation boursière de Québecor, laquelle approche les 8,5 milliards de dollars.

Le volume d’affaires ? BCE : 23,5 milliards $ en 2018. C’était 5,6 fois plus gros que celui de Québecor avec ses 4,2 milliards $ de revenus.

Et concernant plus spécifiquement les filiales médiatiques, le volume d’affaires de Bell Média atteignait les 3,2 milliards $, soit 4,4 fois celui des médias de Québecor (729 millions $).

Conclusion : l’acquisition de V par BCE menace financièrement non seulement Québecor, mais également Radio-Canada et Télé-Québec.