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Donald Trump peut-il imposer sa loi au département de la Justice?

Donald Trump peut-il imposer sa loi au département de la Justice?
AFP

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Les récents gazouillis du président Trump au sujet de son pouvoir présumé sur le département de la Justice ont poussé le procureur général William Barr à intervenir publiquement. 

Lors d’une entrevue au réseau ABC dont on parle beaucoup depuis deux jours, William Barr a reconnu que les gazouillis présidentiels rendaient son travail impossible. Barr a également souligné qu’il ne saurait être intimidé par le président. 

Dans une démocratie saine, le principe de la séparation des pouvoirs est sacré et doit être préservé. Il n’est cependant pas rare de constater que certaines règles ou certaines limites sont floues et qu’elles peuvent varier selon le pays et le système en vigueur. Aux États-Unis, il revient au président de choisir celui ou celle qui dirigera le département de la Justice. Une fois cette nomination faite, le président n’intervient habituellement pas dans la gestion et les décisions du procureur général. 

Malgré ce que je viens tout juste d’écrire, le président a récemment gazouillé qu’il disposait d’un droit absolu d’intervention. Je ne crois pas provoquer une grande surprise si je vous dis que les propos du président sont faux. Nous n’en sommes pas à un mensonge ou à une déclaration saugrenue près. À moins d’être un partisan aveugle, on comprendra que le président place William Barr dans une situation très difficile. 

Non seulement Trump expose inutilement le travail de Barr, mais il entretient les rumeurs selon lesquelles le procureur général ne serait qu’une carpette sur laquelle le président s’essuie régulièrement les pieds. Barr se devait de réagir dans les médias, tout comme il est sage qu’il s’explique devant le Congrès. Préserver l’indépendance et l’intégrité du département de la Justice est primordial.  

Le président des États-Unis est tenu, par la constitution, de s’assurer de l’application de la loi. Qu’il s’exprime publiquement sur la sentence accordée à un de ses alliés va à l’encontre de la décence la plus élémentaire. Une attaque aussi grossière devrait non seulement faire réagir le procureur général lui-même, mais tous les juristes américains.  

Une fois de plus, il y a des motifs sérieux de s’inquiéter de la protection des institutions américaines. Comme les élus républicains du Congrès se refusent à condamner le président pour préserver leurs chances d’être réélus, qui se lèvera pour dénoncer la dérive? Déjà quatre procureurs fédéraux du procès de Roger Stone ont passé un message clair en se retirant du dossier. 

Comment William Barr peut-il contribuer à rassurer les Américains inquiets et les procureurs fédéraux qui craignent de plus en plus une ingérence de l’exécutif? Il devra faire plus que de condamner les gazouillis du président. S’il est vrai que Donald Trump complique inutilement les choses en s’exprimant aussi fréquemment et cavalièrement, Barr devra éventuellement se tenir debout et affronter le président.  

Le président s’en est pris à une juge, à un membre d’un jury, il a clairement donné son opinion sur des sentences et s’est arrogé un droit d’intervention qui n’existe que dans ses rêves. Le procureur général doit maintenant rappeler les règles du jeu et s’opposer au fond de la question, pas seulement s’exprimer sur le nombre de gazouillis. 

Oui, Donald Trump a été élu démocratiquement et il faut respecter le résultat de l’élection, mais être élu n’équivaut pas à obtenir un chèque en blanc et à contourner le système. À moins, bien sûr, qu’on préfère un régime autoritaire à une véritable démocratie.