/sports/baseball
Navigation

Le groupe de Stephen Bronfman sera actionnaire des Rays d’ici l’été

Des rumeurs, des espoirs, des spéculations, des « je vous l’avais bien dit », des doutes...

SPO-BBO-BBA-BBN-HOUSTON-ASTROS-V-TAMPA-BAY-RAYS
Photo d'archives, AFP Un match des Rays contre les Astros de Houston, au Tropicana Field de St. Petersburg­, en 2018.

Coup d'oeil sur cet article

Le dossier du retour du baseball majeur à Montréal et au Québec semble un projet encore bien lointain. Quelque chose dont on dit que ça s’en vient peut-être...  

Stephen Bronfman a des nouvelles pour les fans. Pour les simples amateurs de sports. Pour les citoyens (et les citoyennes!) du Québec et du pays. Et le message premier est simple et facile à comprendre : «On a maintenant le pied sur le gaz! On fonce!»       

  •   Écoutez l'entrevue de Réjean Tremblay avec Jonathan Trudeau à QUB Radio:

Et accrochez-vous solidement, ce que vous allez lire va vous coller à votre fauteuil.          

Rien d’un Jeffrey Loria  

On ne parle plus d’années. C’est à peine si on se retient de parler de semaines. Mais Stephen Bronfman parle carrément de mois.          

«D’ici quelques mois, trois ou quatre sans doute, notre groupe de Montréal va devenir copropriétaire de l’équipe de Tampa avec Stuart Sternberg, le propriétaire actuel des Rays. Les négociations sont très avancées. Nous allons devenir des actionnaires minoritaires, mais ça ne nous dérange absolument pas. Stuart Sternberg est un homme droit qui n’a rien d’un Jeffrey Loria [ancien propriétaire des Expos]», explique M. Bronfman.          

Stephen Bronfman pose dans ses bureaux de Montréal avec Rawlings Wilson, un chevalier fait de­ gants de baseball de marques Rawlings et Wilson. L’œuvre a été conçue par Brian Jungen, un artiste autochtone de la Colombie-Britannique.
Photo Réjean Tremblay
Stephen Bronfman pose dans ses bureaux de Montréal avec Rawlings Wilson, un chevalier fait de­ gants de baseball de marques Rawlings et Wilson. L’œuvre a été conçue par Brian Jungen, un artiste autochtone de la Colombie-Britannique.

En clair, des Québécois seront de retour dans l’actionnariat d’une équipe du baseball majeur d’ici le mois de juin. Peut-être avant.          

Il faut comprendre que ces centaines de millions de dollars seront investis dans un plan négocié et accepté par le partenaire de Tampa, Stuart Sternberg. Et que ce n’est qu’après l’acceptation du projet global «d’une équipe pour deux villes» par le baseball majeur et le bureau du commissaire Rob Manfred que tout deviendra officiel.          

Dépôt dans 10 mois  

On veut que tous les documents et les plans soient déposés au baseball majeur avant la fin de l’année 2020. Ce n’est pas dans 10 ans, c’est dans 10 mois.          

«La vérité, c’est qu’on est dans les détails. Nous avons des objectifs et un programme, et c’est la même chose à Tampa. Ça va glisser un peu, il y a tellement de choses à faire, mais nous savons ce que nous devons réaliser. Eux à Tampa, il y a une saison régulière à préparer, mais il y a une personne dégagée à 100 % pour le projet. Plein “focus” avec nous», affirme M. Bronfman.          

Et ce qui est encourageant encore plus, c’est que le commissaire Manfred s’est avancé et s’est montré favorable.           

«Il l’a fait de lui-même, personne ne lui a planté des mots dans la bouche même si Stuart Sternberg siège à l’exécutif du baseball majeur», précise M. Bronfman.          

La suite des choses  

Une fois la convention des actionnaires réglée, ça déboule. Tant à Tampa qu’à Montréal.           

On va se retrouver avec un concept complètement nouveau dans le sport professionnel. Les gens parlent d’une garde partagée, mais Stephen Bronfman et Stuart Sternberg préfèrent employer l’expression «d’une équipe pour deux villes».           

Cette nouvelle formation qui n’a pas encore de nom va œuvrer à développer deux marchés. M. Bronfman et ses associés seront copropriétaires tant à Montréal qu’à Tampa. Mais ce sont les Québécois qui seront responsables du marché de Montréal. Encore là, l’emploi du temps est serré.          

«Nous allons en parallèle travailler avec l’Office de consultation publique de Montréal, acquérir en association avec [le promoteur] Devimco les terrains pour les décontaminer, travailler sur les changements de zonage, préparer les plans du stade, trouver des architectes, arriver à des ententes avec des commanditaires et des diffuseurs et déposer le tout au baseball majeur et au commissaire à la fin de l’automne. C’est énorme, c’est un concept complètement nouveau et on va s’aventurer sur des mers qui ne sont pas explorées. C’est très excitant», indique M. Bronfman.          

Encore une fois, il faut prendre le temps de relire. On veut dès l’été arriver à des ententes de principe avec les grands diffuseurs, que ce soit RDS ou TVA Sports. Et conclure une entente pour la radio tout en développant le web. On veut que les Québécois découvrent «leurs» joueurs et les connaissent par les grands médias le plus vite possible.           

Pas dans 10 ans, l’été prochain.          

Et le plan prévoit que tous les documents seraient déposés avant la fin de l’année 2020.          

  

SPO-BBO-BBA-BBN-HOUSTON-ASTROS-V-TAMPA-BAY-RAYS
Photo Adobe Stock

Une équipe, deux villes  

D’ici trois ou quatre mois, Stephen Bronfman et son groupe québécois reviennent dans le baseball en achetant des parts des Rays de Tampa Bay pour lancer le vaste projet d’un club pour deux villes.   

  • Tout en peaufinant les détails de l’entente de copropriété de l’équipe, on va régler le dossier de l’Office de consultation publique de Montréal, des travaux importants de la décontamination des terrains, de la préparation des plans du nouveau stade...          
  • Pendant ce temps, dès l’été, Bronfman et ses adjoints vont négocier les contrats avec les nouveaux commanditaires, les partenaires et les grands réseaux.          
  • En parallèle, un travail similaire va être mené à Tampa.          
  • L’objectif visé par le nouveau groupe formé de Stuart Sternberg, majoritaire, et de Stephen Bronfman et ses associés, minoritaires, est de déposer au bureau du commissaire tous les documents avant la fin de 2020. Incluant les plans des architectes.                    

À partir de la première pelletée de terre, il faut prévoir un minimum de 30 mois pour construire et aménager un stade.          

Quelque part en juin 2024, on pourrait entendre le traditionnel Play Ball près du bassin Peel...          

Le stade sera intégré dans un immense complexe immobilier qui va comprendre des milliers de condos, des logements sociaux, des commerces, des espaces verts et des centres communautaires. Un projet de plusieurs milliards de dollars.          

Ils sont partis, dirait Rodger Brulotte, ils reviennent...          

«LE BUZZ VA ÊTRE LÀ, C’EST CERTAIN»  

Stephen Bronfman parle de «démystification» du projet d’une équipe pour deux villes : «On achète des parts dans une business. On va bâtir ensemble des stades dans les deux marchés.»  

«Stuart Sternberg [propriétaire majoritaire des Rays de Tampa Bay] a toujours été honnête. Depuis le début, il y a plusieurs années, il m’a dit qu’il ne voulait pas lancer de ballons et écouter en même temps San Antonio ou une autre ville», assure M. Bronfman.          

«Et je veux être clair, ce n’est pas une histoire de garde partagée qui cache un transfert permanent dans quelques années. Nous croyons dans ce projet. Ça fait déjà 16 ans que nous avons perdu les Expos, on ne veut pas faire la gaffe une autre fois de rater cette opportunité. Montréal est une formidable ville d’événements. Eh bien nous, on va créer des événements avec la visite des Yankees [de New York], des Red Sox [de Boston], des [Blue Jays de] Toronto, le buzz va être là, c’est certain», poursuit l’homme d’affaires montréalais.         

Et puis, ça va enlever beaucoup de pression sur les propriétaires pour tenter de vendre 81 parties avec le printemps et l’automne que Montréal connaît. Surtout qu’un jour, le Canadien va finir par participer aux séries éliminatoires.         

Mieux qu’un club d’expansion  

Stephen Bronfman reprend. «Mais en plus, je trouve que le projet est vraiment montréalais. Dans le sens que les fans vont pouvoir suivre leurs joueurs dès le camp d’entraînement via les médias et qu’en juin, quand tout le monde va arriver en ville, ça va être le temps de la fête. Nous entrons dans une équipe qui est déjà bien rodée, qui compte 80 employés, qui a participé aux séries.»          

Le voltigeur Austin Meadows, qui a cogné 33 circuits la saison dernière avec les Rays de Tampa Bay, pourrait évoluer un jour dans un nouveau stade à Montréal, près du bassin Peel.
Photo d'archives, AFP
Le voltigeur Austin Meadows, qui a cogné 33 circuits la saison dernière avec les Rays de Tampa Bay, pourrait évoluer un jour dans un nouveau stade à Montréal, près du bassin Peel.

«C’est mieux qu’une équipe d’expansion qui aurait coûté au bas mot 2 milliards $ avant même un premier match. Ç’aurait été difficilement réaliste, même pour moi. Aux États-Unis, il y a plusieurs hommes d’affaires qui peuvent mettre 2 ou 3 G$ pour acheter une équipe. On parle de 3 G$ pour les Mets [de New York]. Mais au Québec, trouver cet argent, c’est un très grand risque. J’aurais eu à supporter un énorme stress. Avec ce nouveau concept, nous entrons dans une famille où tout le monde s’entend bien. Et le temps de construire le stade va nous permettre d’apprivoiser le concept, de démystifier et d’expliquer le profit qu’on peut tirer pour la ville», confie M. Bronfman.         

Un nouveau stade pourrait voir le jour à Montréal, près du bassin Peel (encerclé en jaune sur la photo).
Photo d'archives
Un nouveau stade pourrait voir le jour à Montréal, près du bassin Peel (encerclé en jaune sur la photo).

Ce ne seront pas les Expos ni les Rays  

Les fans parlent toujours du retour des Expos. Soyons clairs, la nouvelle entité ne s’appellera pas les Expos. Ni les Rays.  

«On ne sait pas comment s’appellera la nouvelle équipe. On va peut-être faire comme [le Québécois] Mitch Garber le fait à Seattle avec le hockey et lancer un grand concours populaire. On va sans doute embaucher une agence. Mais on va trouver le nom tous ensemble et les gens vont l’adopter. Faut comprendre, c’est une nouvelle équipe qui, on l’espère, va même contribuer à rapprocher deux villes et deux marchés. Tampa, c’est beau, St. Petersburg, c’est magnifique. Et c’est moins cher que sur la côte est», dit Stephen Bronfman.         

Il imagine déjà que des entrepreneurs audacieux vont offrir des vols nolisés pour Tampa afin de permettre aux partisans d’aller encourager le club en séries.          

«On va pouvoir diviser les matchs ou organiser des voyages de fans. Tout est possible, c’est nouveau», dit-il avec enthousiasme.         

Mais il répète qu’on va naviguer dans des eaux inconnues. Ça peut faire peur à certains, mais lui trouve l’aventure très excitante.         

«C’est certain qu’on va faire des mini-gaffes. Mais je pense que les gens vont trouver le beau. Je pense que ça va être un projet de tout le monde. Et qu’on va récréer les Z’Amours», dit-il.         

Le logo de l’équipe pourrait être un palmier planté dans la neige...         

Négocier avec l’association des joueurs  

Mais comment les nouveaux propriétaires des «Snowbirds de Montréal-Tampa» vont-ils convaincre l’association des joueurs de donner son aval au projet?  

Dans le fond, juste à jeter un coup d’œil dans le bureau de Stephen Bronfman chez Claridge Investment pour y repérer certains éléments de solution. On y voit des photos et des objets rappelant André Dawson, Tim Raines et tous les autres. Tous des joueurs qui ont adoré leurs années à Montréal.         

«C’est comme toutes les négociations. On va parler, on va négocier et on va mettre de l’argent. Ça devrait régler la situation. Il ne faut pas oublier que les joueurs vont arriver après la fin des classes à Tampa, que leur appartement ou leur maison va les attendre à Montréal. Hé! Ils vont venir passer l’été dans une ville fabuleuse qui grouille de vie. Y a pire dans la vie. Dans le fond, on va leur offrir le meilleur de deux mondes. L’hiver en Floride et l’été à Montréal , dit-il.         

«Et je pense que les [ex-Expos] vont se faire un plaisir de rencontrer les joueurs pour leur raconter comment ils ont adoré leurs années chez nous. Ils sont crédibles, ils ont tous aimé Montréal et le Québec», rappelle M. Bronfman.         

Gigantesque projet immobilier  

On parle baseball, mais les hommes d’affaires parlent surtout de tours à condos et de vastes projets immobiliers.          

Même que certains animateurs de radio y allaient d’une hypothèse : le baseball n’était qu’une clé afin de développer des condos.          

Stephen Bronfman réfute sans s’offusquer. «Le projet mixte va aider le baseball et le baseball va aider l’immobilier. La Ville le veut, notre partenaire Devimco le veut et on espère que tout va bien aller. On parle de milliers et de milliers de condos, de logements sociaux, de parcs, d’écoles, de salles de spectacles. Et il va y avoir des spectacles au stade. Des fois, je vais sur les terrains et je regarde la ville. Le point de vue est magnifique. Tout le centre-ville est là, devant nos yeux», dit-il.         

Il reprend : «C’est un grand projet. C’est plus que de la business. Je ne veux pas perdre de l’argent, c’est évident, mais si je voulais strictement faire des affaires, je pourrais investir dans des projets moins complexes. Mais c’est le baseball, c’est Montréal, c’est le Québec et c’est le sport au pays. C’est un projet humain.          

«C’est nouveau, c’est le fun, c’est réalisable», conclut-il.