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De bébé miracle à miss personnalité

Nia Bélanger
Photo Martin Alarie Âgée de 14 ans, Nia Bélanger est née avec une paralysie du côté droit du corps.

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Née avec une paralysie du côté droit de son corps, Nia Bélanger ne devait ni parler ni marcher. L’abnégation de ses parents adoptifs et sa force de caractère lui ont permis non seulement de devenir une ado épanouie, mais aussi de surmonter l’intimidation dont elle était la cible à l’école. En participant au concours de personnalité Miss Teen Canada, Nia aspire désormais à redonner espoir à tous les jeunes intimidés au pays.   

Nia vient nous ouvrir la porte de la maison familiale à Mirabel. Rayonnante, elle nous souhaite la bienvenue et nous gratifie d’un large sourire. Derrière ces gestes d’apparence simple se cachent des années de traitements médicaux et de persévérance. « Si mon histoire peut aider au moins une personne, ce sera pour moi une victoire », affirme l’adolescente de 14 ans.   

Un poupon pas comme les autres  

Quand Éric Bélanger et Linda Moreau sont allés chercher la petite Nia dans un orphelinat de Pékin en Chine, en 2006, ils ont rapidement remarqué que quelque chose clochait chez le poupon de 8 mois. « Son dossier disait qu’elle était née en bonne santé, mais son pouce droit était complètement refermé et son pied était raide comme celui d’une ballerine », se souvient sa mère.    

Selon l’avis d’une pédiatre consultée là-bas, l’état de Nia pouvait s’expliquer par un nerf coincé à l’épaule ou par un arrêt vasculaire cérébral (AVC), mais de plus amples tests étaient nécessaires pour en avoir le cœur net. « À l’orphelinat, on nous a demandé si on voulait la changer pour un autre enfant. Pour nous, il n’était pas question de l’abandonner ! »    

De retour au Québec, le couple a amené Nia à l’hôpital Shriners de Montréal. Le diagnostic est rapidement tombé : elle avait subi un AVC pendant la grossesse, paralysant le côté droit de son corps. « Les médecins nous ont préparés à l’idée qu’il était peu probable qu’elle arrive un jour à parler ou à marcher. Sur le coup, on s’est sentis terriblement démunis », confie son père, qui gagne sa vie comme surintendant de chantier.    

Une attention constante  

L’équipe de l’hôpital Shriners a donné à Nia une série de traitements comprenant des soins en physiothérapie, en orthopédie, en ergothérapie et en orthophonie. Elle a également subi des chirurgies aux tendons du poignet et du talon afin de permettre la croissance normale à ses membres. De son côté, Linda a décidé de mettre de côté sa carrière dans la fonction publique provinciale pour se consacrer à sa fille, qui nécessitait alors une attention constante.    

Lentement, mais sûrement, la petite Nia a déjoué les pronostics. À 2 ans et demi, elle a prononcé ses premiers mots. Six mois plus tard, elle est parvenue à se tenir debout, puis à se déplacer en sautillant.    

Dès qu’elle a su marcher, Nia a commencé à recevoir des injections de botox dans le pied pour lui permettre d’avoir une démarche normale. Le botox agissant comme relaxant musculaire, le pied est ensuite mis dans un plâtre afin de lui donner une posture à 90 degrés. Après huit semaines, le plâtre est remplacé par une orthèse. L’opération est à répéter au bout de six mois.    

Les traitements ont aussi permis à Nia de se servir de sa main droite, bien que celle-ci demeure moins agile et moins forte que la gauche. « Dans tout ce que je fais, je dois fonctionner par copier-coller. Si je veux prendre une pomme de la main droite, il faut d’abord que ma main gauche fasse le geste pour que l’autre lui réponde », explique-t-elle, exemple à l’appui.    

Isolée  

À 7 ans, Nia a pu fréquenter l’école régulière. Elle s’est vite retrouvée confrontée au regard de ses camarades de classe. « Les autres me jugeaient parce que j’avais de la difficulté à courir ou parce que j’avais une façon différente d’attraper le ballon. Au début, c’était de la curiosité, puis c’est devenu de la méchanceté. On riait dans mon dos. »   

En classe, les choses n’allaient guère mieux. Son AVC a eu comme conséquence de fortement restreindre ses capacités à résoudre des problèmes abstraits comme des équations mathématiques. Cela ne faisait qu’accroître son isolement. « Personne ne voulait travailler avec moi. Même la prof trouvait que je ne faisais pas assez de progrès », raconte celle qui apprend des matières comme les mathématiques ou l’algèbre par mémorisation plutôt que par compréhension.   

Rencontre marquante   

Nia a gardé le silence sur son malheur jusqu’au jour où elle a remporté des billets pour assister à un spectacle de Marie-Mai et avoir la chance de rencontrer son idole. Elle avait alors 8 ans. « Quand Marie-Mai a chanté Différents, je me suis vraiment reconnue dans les paroles. Après le spectacle, je lui ai demandé si à cause de ma différence, je ne pourrais jamais atteindre mes rêves. Marie-Mai m’a prise dans ses bras et m’a dit que même si j’allais devoir prendre un autre chemin j’allais les réaliser. »   

Cette rencontre avec l’artiste lui a insufflé la dose de courage dont la jeune fille avait besoin pour se confier à ses parents. Le fait d’en parler lui a ôté un poids immense sur les épaules. Éric et Linda ont pu alerter la direction qui a adopté certaines mesures pour résoudre le problème.    

Défendre ceux qui sont sans voix  

À 11 ans, Nia a été approchée par l’hôpital Shriners pour parler de son expérience dans le cadre d’une campagne de sensibilisation contre l’intimidation dans les écoles. Très reconnaissante des énergies que l’équipe de l’hôpital a déployées pour elle, Nia a accepté l’invitation.    

Pendant trois ans, Nia a offert son témoignage dans 50 écoles primaires auprès de 9000 élèves. « Je leur parlais de l’importance de passer à l’action. Je leur disais que les intimidateurs n’allaient pas exécuter leurs menaces et qu’ils étaient capables de passer au travers de cette épreuve. Oui, c’est épeurant, mais il faut être courageux et aller voir un adulte en qui on a confiance. »   

Le témoignage de Nia a suscité beaucoup de réactions positives autant des enfants que des enseignants. Beaucoup de jeunes allaient la remercier ou lui donner un câlin. D’autres, les larmes aux yeux, confiaient qu’ils étaient la cible d’intimidateurs. Des directions d’école ont même fait savoir que plusieurs cas d’intimidation avaient été dénoncés à la suite du passage de Nia. « Ça m’a fait grandir parce que j’ai développé une plus grande confiance en moi. Maintenant, je suis à l’aise devant un public », explique celle qui rêve de faire de la radio plus tard.     

De nouveaux défis  

À la recherche de nouvelles activités valorisantes, Nia a décidé de participer au concours Miss Teen Québec l’an dernier. Elle s’est retrouvée parmi les cinq dernières finalistes. Ce concours, qui met l’accent sur la personnalité plutôt que sur l’apparence, lui a permis d’améliorer son estime de soi. « J’ai adoré l’expérience. J’ai même rencontré là-bas celles qui sont aujourd’hui mes meilleures amies. »   

Cette année, Nia a pu se qualifier pour la finale de Miss Teen Canada qui aura lieu le 7 mars prochain à Laval. Pour la durée de son « règne », la gagnante du concours pourra devenir l’ambassadrice d’une cause de son choix. Il ne fait aucun doute que, dans l’éventualité où elle l’emporte, elle poursuivra sa bataille contre l’intimidation. « Je rêve de pouvoir créer ma fondation et de continuer à donner des conférences dans les écoles pour redonner espoir aux enfants qui ont peur. Je veux devenir une image positive pour eux. »    


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