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Des étudiants pas pressés d’obtenir leur diplôme

Seulement un cégépien sur trois décroche son diplôme dans les délais prévus

Quebec
Photo Stevens LeBlanc La faible proportion (35 %) de cégépiens qui obtiennent leur diplôme dans les délais prévus peut s’expliquer par plusieurs facteurs. Selon la Fédération des cégeps, il s’agit avant tout d’un « phénomène social » qui n’est pas spécifique au Québec.

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Pour la première fois au Québec, Le Journal publie un tout nouveau classement permettant de comparer la performance des cégeps en termes de diplomation.  


Seulement le tiers des cégépiens obtiennent leur diplôme dans les temps prévus, une situation qui perdure depuis des décennies et qui est dénoncée par des experts.  

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Les classements qui composent le Palmarès des cégeps – présentés dans un cahier spécial dans notre édition de samedi – reposent sur le taux de diplomation deux ans après la durée prévue des études, c’est-à-dire après quatre ans pour les programmes préuniversitaires et après cinq ans pour les programmes techniques.    

Il s’agit de l’indicateur privilégié par le ministère de l’Éducation. En tenant compte de ces deux années supplémentaires, le taux de diplomation oscille autour de 64 %.    

Si on considère seulement les étudiants qui arrivent à obtenir leur diplôme dans les délais prévus, soit en deux ans pour un programme préuniversitaire ou trois ans pour un programme technique, ce chiffre chute à... 34,6 %.    

« C’est un non-sens, lance Simon Larose, professeur à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval. On est dans un système qui permet à la grande majorité des étudiants de prendre plus de temps que les deux ou trois ans prévus par le programme. Il faut repenser le système. »   

De son côté, la professeure spécialisée en économie de l’éducation de l’UQAM, Catherine Haeck, n’en revient tout simplement pas. « Ça me choque ! Je me pose de sérieuses questions sur l’efficacité de ce système-là », lance-t-elle.   

Un « phénomène social »  

Pour la Fédération des cégeps, il s’agit plutôt d’un « faux problème » lié d’abord à un « phénomène social » qui n’est pas spécifique au Québec, affirme son président-directeur général, Bernard Tremblay.   

Plus de la moitié des cégépiens travaillent maintenant plus de 15 heures par semaine et il n’est plus rare qu’un étudiant parcoure le monde entre deux sessions, fait-il remarquer.   

Les cégépiens sont aussi nombreux à se réorienter pendant leurs études, puisque près du tiers d’entre eux opteront pour un changement de programme qui aura forcément un impact sur la durée de leurs études.    

Le cégep a été conçu pour permettre ces passages afin d’éviter que des jeunes restent coincés dans des formations qui ne les intéressent pas, une « ouverture » jugée « admirable » par plusieurs, selon M. Tremblay.   

Durée du DEC à repenser  

À la Fédération des cégeps, on admet toutefois que la durée de certains programmes techniques serait à repenser.    

« Ça fait 50 ans que le DEC dure trois ans, mais la réalité, c’est que les compétences se sont complexifiées et que le parcours collégial est beaucoup plus difficile qu’avant. On a des DEC qui devraient se faire en trois ans et demi ou quatre ans », affirme son président-directeur général.   

Il n’est pas rare de suggérer à des étudiants d’alléger leurs horaires de cours, dans certains programmes techniques particulièrement exigeants, surtout si les jeunes travaillent, précise M. Tremblay.   


Dans notre édition d’hier, nous écrivions que le Collège Dawson accueille 40% d’étudiants francophones de langue maternelle. Il aurait fallu lire qu’il compte 40% d’étudiants francophones, dont des allophones francisés grâce aux effets de la loi 101. Toutes nos excuses.  

  

Le portrait a déjà été pire  

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la proportion de cégépiens qui terminent leurs études dans les délais prévus est relativement stable au fil des ans, même si les étudiants sont maintenant plus nombreux à concilier travail et études ou à parcourir le monde entre deux sessions. Pendant les années 80, ce chiffre est même passé sous la barre des 30 % pendant une période de près de cinq ans.   

  

Une facture plus élevée en cas d’échec  


Un cégépien qui prolonge ses études en raison d’un allégement d’horaire ou d’un voyage à l’étranger ne coûtera pas plus cher à l’État québécois. La situation est différente en cas de changement de programme ou d’échec.  

Puisque le financement dans le réseau collégial varie en fonction du nombre d’étudiants et du nombre de cours auxquels il est inscrit, un cégépien qui décide de suivre moins de cours par session n’entraîne pas de coûts supplémentaires pour les finances publiques, indique-t-on à la Fédération des cégeps.   

En cas d’échec, la facture est toutefois plus élevée puisque l’étudiant doit reprendre des cours. Il est toutefois impossible de déterminer dans quelle proportion les échecs scolaires sont responsables de la prolongation des études au collégial, de même que les coûts qui y sont associés. Ces données ne sont pas compilées par le ministère de l’Éducation ni par la Fédération des cégeps.   

Selon des données recueillies par La Presse en 2018 auprès de 34 cégeps, 10 % des étudiants en moyenne avaient échoué à au moins la moitié de leurs cours et avaient dû signer des « contrats de réussite » avant de commencer une autre session.   

Changement de programme  

Des coûts sont aussi associés aux changements de programme, un phénomène qui touche près du tiers des cégépiens.   

Plusieurs considèrent toutefois que ces coûts sont minimes s’ils mènent à un diplôme, considérant les bénéfices à long terme pour la société québécoise.