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L’autodestruction d’Éric Salvail

Palais Procès d’Éric Salvail
Photo Ben Pelosse

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Hier s’est ouvert à Montréal le procès d’Éric Salvail. Ce dernier, bénéficiant de la présomption d’innocence, est inculpé d’agression sexuelle, de séquestration et de harcèlement sur un homme. Ces crimes allégués dateraient de 1993.  

Or il existe deux vérités. La vérité historique, celle qui s’est vraiment déroulée et la vérité juridique, celle que retient le tribunal en vertu de la loi. Autrement dit, il faut qu’en droit l’on puisse prouver la culpabilité d’un accusé. Cette vérité juridique, nous la connaîtrons lorsque le juge aura rendu jugement.    

  • Denise Bombardier était à Politiquement incorrect sur QUB radio: 

Cependant, l’opinion publique a déjà condamné Éric Salvail après la publication de nombreuses allégations publiées dans La Presse en octobre 2017.    

Celui qui trônait au sommet d’une gloire dont il avait rêvé depuis sa tendre jeunesse a alors été remercié par la chaîne de télévision V, qui produisait son talk-show, En mode Salvail. La radio où il officiait a fait de même et les commanditaires qui l’avaient choisi pour présenter des produits ont mis fin à ses services.    

Cet animateur drôle, grossier, provocateur, folichon et extrêmement professionnel a disparu des antennes, laissant derrière lui une notoriété déchue. Personne ne rit plus avec ce garçon éclaboussé par les témoignages accablants de gens qui le côtoyaient au quotidien.    

Déchu  

Éric Salvail était également un homme d’affaires et un producteur avisé. Il avait aussi le don de s’entourer des gens très compétents dans tous les secteurs de la production. L’effondrement de son entreprise les a tous affectés. Car du jour au lendemain, ils se sont retrouvés pour la plupart sans emploi. Une catastrophe pour des pigistes qui en plein milieu d’une année ne pouvaient se recaser dans d’autres équipes déjà constituées.     

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Tous ceux qui l’ont côtoyé, et même à travers certaines de ses émissions, ont été à même de constater qu’il contrôlait mal certaines pulsions de nature sexuelle. Comment donc Éric Salvail, qui s’électrisait au contact des autres et savait animer ses équipes, pouvait-il vivre avec cette dimension si sombre et si glauque de sa vie ? La gloire, le succès, l’argent et la reconnaissance ne pouvaient pas à l’évidence apaiser ses pulsions destructrices.    

Ses quelques amis, femmes et hommes, n’ont pu intervenir ou se sont tus ou se sont enfermés dans le déni. Ou bien ils n’ont pas été témoins au quotidien des comportements choquants reprochés. Car Éric Salvail réussissait à transformer en humour des outrances verbales et des gestes vulgaires. Mais, bien sûr, il s’interdisait de délirer devant des gens dont il craignait le jugement sur lui.    

#metoo  

Dans la foulée de #MeToo, Éric Salvail n’avait pas d’avenir. Car il ne pouvait ignorer son attirance à l’autodestruction. Son intelligence ne lui a été apparemment d’aucun recours contre cette obsession qu’il avait de parler de sexe à tort et à travers en dépit de toute circonstance et enrobée dans un humour à la limite de la décence élémentaire.    

Il fallait être attentif pour saisir derrière l’amuseur public l’angoisse qui l’habitait et empêchait quiconque de percer ses démons, qui l’entraînaient inexorablement vers son suicide professionnel. L’homme qui aimait faire rire a réussi à blesser tant de gens qui l’ont servi. D’autres, qui appréciaient son amitié, sont aujourd’hui sans mots, enfermés dans leur déception et leur tristesse.