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Les visages de disparus sur l’A40?

Des écrans géants électroniques pourraient être installés dès l’été au bord de certaines routes du Québec

enseignes personnes disparues
Photo Simon Dessureault Samuel Champigny montre une illustration de ce que sera le projet d’écrans géants. Son père, Sabin Champigny, tient une photo de sa sœur Nathalie, disparue il y a 28 ans.

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Un homme de la Montérégie, dont la sœur manque à l’appel depuis 28 ans, planche sur un projet d’écrans géants électroniques installés au bord des routes affichant des photos de personnes disparues.

Sabin Champigny se rappelle très bien ce 25 février 1992, quand ses parents ont signalé la disparition de sa sœur à la police. Ce cas est d’ailleurs toujours considéré comme non résolu par la Sûreté du Québec.

« Ça ne m’a jamais quitté et ça ne me quittera jamais, lance l’homme de 58 ans. Je vais toujours avoir des questions dans ma tête : où est-elle ? Qu’est-ce qui est arrivé ? »

Nathalie Champigny avait 21 ans et habitait à Cowansville. Elle venait de se séparer et elle s’apprêtait à retourner vivre chez ses parents. Elle aurait soupé au restaurant le samedi 22 février 1992 et n’a plus jamais été revue, relate M. Champigny au Journal.

Le lundi suivant, le patron de l’auberge où elle travaillait a appelé la famille parce la jeune femme n’était pas rentrée au boulot.

« Elle avait l’habitude d’appeler même si elle arrivait en retard de cinq minutes, se souvient son frère, qui avait 30 ans à l’époque. C’est là qu’on a commencé à douter. »

M. Champigny a même appelé des hôpitaux et des morgues, en plus de toutes les connaissances de sa sœur.

Création d’une fondation

En septembre 2018, 25 ans après la disparition, Sabin Champigny a créé la Fondation Nathalie Champigny avec six autres personnes et s’y consacre aujourd’hui à temps plein. 

Ils travaillent notamment sur le projet des écrans géants électroniques. On y verrait donc défiler les visages de personnes disparues, avec une description. 

Le groupe espère les installer aux abords de l’autoroute 40 à Louiseville, en Mauricie, et à Berthierville, dans Lanaudière, ainsi qu’à l’intersection des routes 139 et 104 à Cowansville. M. Champigny rêve toutefois d’implanter le projet à la grandeur du Québec. 

« Il fallait que je fasse quelque chose au nom de ma sœur, pour ma famille [composée de quatre frères et sœurs) et pour les personnes disparues, soutient-il. Mes parents de 84 et 92 ans voudraient aussi savoir ce qui s’est passé avant qu’ils décèdent. »

Dès cet été ?

Les écrans pourraient être en place dès cet été, selon Lucie Lemay, propriétaire d’Enseignes AMTECH Signature, qui a le mandat de construire les affiches.

« Un panneau du genre coûte environ 200 000 $, il reste à obtenir le financement pour la Fondation », a dit Mme Lemay.

La Fondation Nathalie Champigny a fait des demandes aux deux paliers de gouvernement, en plus d’organiser des soirées-bénéfices afin d’amasser des fonds.

Un propriétaire de Louiseville a également fait don d’une partie de terrain aux abords de l’autoroute 40. Des discussions sont aussi en cours avec des propriétaires de terrains à Berthierville et à Cowansville.

Une famille déchirée

Samuel Champigny, le fils de Sabin Champigny, avait 4 ans lors de la disparition de sa tante. Il se rappelle très bien les lourdes conséquences de ce drame sur ses proches.

« J’ai vu la souffrance de notre famille qui n’avait pas de soutien, pas de psy, pas de rapports de police, confie-t-il. Ça faisait de la friction parce que chacun avait son opinion sur l’affaire. »

Il fait aussi référence aux chicanes de famille durant les partys de Noël, alors qu’une personne non identifiée appelait les siens en pleurant, tous les 24 décembre.

« Mes cousins plus vieux me disaient de rester en bas parce que ça se chicane en haut, c’était triste », se souvient l’homme de 31 ans.

Il soutient que climat familial est beaucoup plus détendu aujourd’hui.​