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Ça a commencé au Michelangelo!

Réjean Tremblay
Photo Réjean Tremblay Le garde du corps de Bob Arum, Yvon Michel, Bob Arum, Martin Tremblay, Alexandra Croft et Carl Moretti… au Michelangelo à Québec, le 29 novembre 2018.

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QUÉBEC | Artur Beterbiev va défendre ses deux titres mondiaux le 28 mars à Québec. C’est formidable. Artur va affronter le Chinois Fanlong Meng, et honnêtement, c’est capotant.  

Mais comment a-t-on pu convaincre Bob Arum, Top Rank et le réseau américain ESPN de venir s’installer un beau samedi soir de fin mars, à Québec, alors que Vegas ou New York espéraient ce combat ?  

Les samedis de boxe sont précieux pour la télé américaine. La compétition est féroce. Et là, les caméras et les gros noms vont se retrouver au Centre Vidéotron. Reçus par Martin Tremblay...  

Martin Who ? Il ne s’appelle pas De la Hoya, ni Eddie Hearn, ni Camille Estephan, ni Kathy Duva, ni Yvon Michel.   

Mais ce n’est pas Martin Who. C’est Martin Tremblay, conseiller spécial de Pierre Karl Péladeau, chef des communications pour le maire Gérald Tremblay, membre influent du cabinet d’André Boisclair, homme des coulisses politiques et financières. Pourquoi était-il à Frisco pour Alvarez, et comment a-t-il réussi à attirer Beterbiev pour cette défense d’un titre unifié ?  

LE CONTACT HUMAIN  

« Sans doute grâce aux contacts humains. Et au travail et aux contacts d’Yvon Michel. Je ne suis pas un grand expert dans cet univers complexe de la boxe et des réseaux qui font de la boxe, mais j’ai compris tout de suite qu’il fallait établir une relation basée sur la loyauté et la confiance. Entre le combat de Simon Kean le 7 avril 2018 avec Eye Of The Tiger et celui du 28 mars 2020, on va avoir présenté six grands galas de boxe au Centre Vidéotron en deux ans. Il n’y a pas un édifice comparable qui a un tel palmarès au pays », de dire M. Tremblay lors d’une entrevue, hier matin.  

Le combat de championnat de Beterbiev contre Meng, c’est peut-être le 29 novembre 2018 qu’il s’est gagné.  

Ce soir-là, Martin Tremblay et Yvon Michel se sont retrouvés avec Bob Arum et Carl Moretti au Michelangelo, le restaurant de Nicola Cortina qui faisait rêver la veille des matchs entre le Canadien et les Nordiques.  

« Le souper a duré plus de trois heures. On a parlé de qui on était chez Québecor, de nos réseaux de télé, de nos médias, de notre capacité d’assurer une solide promotion à un évènement. On a expliqué aussi qu’on voulait établir un vrai marché de boxe à Québec. Et malgré ses 88 ans, Bob Arum n’était pas pressé d’aller se coucher, je peux vous l’assurer », de raconter Tremblay.  

VOYAGE À FRISCO  

Le 1er février suivant, on était un peu surpris de retrouver Martin Tremblay à Frisco, en banlieue de Dallas, se promenant sur le plancher de l’arène et jasant amicalement avec Bob Arum et Todd DuBœuf, les patrons de Top Rank.  

« J’étais surtout là pour Eleider Alvarez. S’il avait gagné, ses deux combats suivants auraient été présentés au Centre Vidéotron. Malgré la défaite, la relation avec Bob Arum s’est encore enrichie », souligne-t-il.  

En fait, le combat d’unification entre Alexander Vodnik et Beterbiev en octobre aurait pu être présenté à Québec. Mais c’est le gérant de Vodnik, Egis Klimas, qui a refusé. « Après le combat contre Adonis Stevenson, il n’avait pas aimé la carte des juges qui mettaient Stevenson en avance », dit-il.  

UN UNIVERS TRÈS COMPLEXE  

La boxe est devenue un univers très complexe. « Il y a trois grands promoteurs. Top Rank avec Bob Arum qui fonctionne avec ESPN. Puis Matchroom avec Eddie Hearn et DAZN, et enfin PBC et Fox TV et Showtime. Sans oublier Golden Boy avec Canelo Alvarez qui n’ont pas de réseau attitré. Or, c’est la télévision qui paye les grosses finales. Il faut savoir négocier sa soirée et son réseau sinon on ne peut faire de grands combats. Heureusement, nous avons deux très bons promoteurs au Québec. C’est pas évident », d’expliquer le boss du Centre Vidéotron.  

C’est quand même un drôle de virage pour un passionné de la vie politique. Pour lui, tout son travail auprès des grands de la vie politique avait un sens de service public. Bah ! Faire rouler le gros Vidéotron, c’est du service public...  

C’est nos taxes après tout...  

SIX HELLS EN SÉCURITÉ !!!  

Il y a quarante ans, les enquêteurs de la police s’installaient sur la galerie de la presse du Forum pour photographier les seigneurs et les roturiers de la mafia installés sur le plancher aux abords du ring. C’était le folklore du temps de Frank Cotroni. Et pour le temps d’un combat entre Stéphane Ouellette et Dave Hilton, la place réservée de Mom Boucher, sorti de prison le jour même.   

Quand j’ai vu la photo déposée hier par les policiers des six membres en règle des Hells confortablement assis dans le périmètre de sécurité de la Régie et du promoteur Yvon Michel le 20 septembre, j’ai cru rêver. Non seulement les six Hells étaient assis ringside, ils étaient installés dans le périmètre de sécurité délimité par la Régie avec des clôtures. L’endroit sacré dans une soirée de boxe où n’avaient accès que les invités de la Régie des Alcools, des courses et des jeux (RACJ) et du promoteur officiel Yvon Michel.  

Autrement dit, les dignes représentants de la bande de motards criminalisés étaient « dans la sécurité ». C’est pas le boutte du boutte, dirait Claude Poirier ?  

SUR INVITATION

Or, ces billets ne sont pas à vendre. Il faut être invités. Lors de la comparution de GYM et d’Yvon Michel hier au palais de Justice, on a clairement établi le fait. Soit on a invité les six membres des Hells, soit on leur a vendu des billets, ce qui n’est pas permis par la loi, soit Yvon Michel ne savait pas ce qui se passait.  

Ce n’est qu’un des nombreux points avancés par les témoins de la RACJ.   

La comparution se poursuit aujourd’hui, et Yvon Michel soutenait encore en fin de semaine qu’il était prêt à balayer les arguments de la Régie, et plus encore à contre-attaquer avec vigueur.  

Il aura donc aujourd’hui l’occasion de démolir les preuves et les témoignages des témoins de la Régie pour éviter une sanction qui pourrait aller jusqu’à la suspension de son permis.