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Donald Trump libère le marécage

Donald Trump libère le marécage

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Par définition, le pardon présidentiel est controversé. Chaque fois, c’est le pouvoir exécutif qui remet en question une décision d’un tribunal. Les interventions des présidents ne déclenchent cependant pas toujours des controverses.  

Depuis son entrée en fonction en janvier 2017, Donald Trump ne s’est pas privé de recourir à ce privilège et il a accordé 19 pardons auxquels on ajoute 6 commutations de peine. Les peines et les motifs de condamnation sont variés, mais on note que plusieurs des individus se retrouvaient derrière les barreaux pour des questions de fraudes et de corruption.   

Alors que le président et plusieurs de ses entreprises ont déjà été condamnés pour ces mêmes motifs et que d’autres causes sont toujours devant les tribunaux, il me semble légitime de penser qu’il y a un fil conducteur entre plusieurs de ces pardons, particulièrement ceux annoncés hier.   

De tous les pardons ou commutations annoncés mardi, la commutation de peine de l’ancien gouverneur de l’Illinois Rod Blagojevich a retenu mon attention. Blagojevich, un démocrate, avait ajouté son nom à une trop longue liste de politiciens de son État reconnus coupables de corruption.    

Vous vous souvenez peut-être que c’est Blagojevich qui avait tenté de monnayer le siège au sénat de Barack Obama lorsque celui-ci est devenu président. En effet, lorsqu’un sénateur quitte son siège avant la fin de son mandat, il revient au gouverneur de nommer le remplaçant ou la remplaçante. Le gouverneur n’avait démontré aucune subtilité en offrant le siège au plus offrant.   

Pourquoi un président républicain voudrait-il écourter la sentence d’un gouverneur démocrate? Voudrait-il atténuer la portée de la partisanerie dans le débat politique actuel? Pas vraiment.    

Il se trouve que Blagojevich est un ancien concurrent de l’émission Celebrity Apprentice et qu’il s’est farouchement opposé à la procédure de destitution contre Donald Trump. Non seulement ce dernier permet à l’ancien gouverneur d’écourter son séjour en prison, mais il en a profité pour écorcher au passage les tribunaux. Blagojevich aurait été traité injustement et sa sentence était ridicule. Toute ressemblance avec un président victime d’une chasse aux sorcières est fortuite...   

Outre la corruption qui unit les heureux bénéficiaires des pardons ou commutations de peine, on doit relever que ceux-ci sont des proches ou des partisans du président et de son entourage.   

C’est le cas de Bernie Kerik, ancien commissaire de la police de New York et visiteur fréquent à Mar-a-Lago. Kerik est aussi un collaborateur de Fox News.   

Je ne sais pas si ces pardons et commutations vous choquent, mais on a rarement eu droit à un tel spectacle de la part d’un président. Rien ne gêne ou ne freine Donald Trump, qui n’a retenu aucune leçon de sa procédure de destitution ou de l’indignation soulevée par ses commentaires récents sur la sentence de Roger Stone. Pourtant le procureur général Barr semblait embarrassé par les gazouillis et les prises de position du président.   

Si Donald Trump s’intéresse autant au sort de ses partisans qui se retrouvent en prison pour corruption, nous pourrions déjà parier qu’il songera sérieusement à voler au secours de Roger Stone et Michael Flynn lorsqu’on annoncera leurs sentences.   

Vous croyez toujours qu’il réalisera sa promesse de nettoyer le marécage? À l’heure actuelle, il donne plutôt l’impression d’y réintroduire certaines des créatures les moins fréquentables.