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Décédé dans une avalanche: emporté par sa passion

Jean-Marc Dion, 32 ans, a perdu la vie dans une avalanche mercredi en Gaspésie

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Un véritable passionné de plein air et de sports de glisse a perdu la vie en faisant ce qu’il aimait le plus au monde mercredi, emporté par une avalanche sur les monts Chic-Chocs en Gaspésie.  

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«Il est mort dans une belle place qu’il aimait. Dans la nature, avec les montagnes. C’est ça qu’il adorait, on ne peut pas se tromper. C’était un vrai passionné», soupire Claude Dion, le père de Jean-Marc Dion, le planchiste tué mercredi dans les monts Chic-Chocs.    

L’homme de 32 ans était un habitué du secteur des mines Madeleine, où est survenu l’accident. Et même s’il adorait les sports extrêmes, il n’avait rien d’un téméraire.    

Jean-Marc Dion, 32 ans, originaire de Matane et résident de Québec, a perdu la vie dans une avalanche sur les monts Chic-Chocs le mercredi 19 février 2020.
Photo courtoisie
Jean-Marc Dion, 32 ans, originaire de Matane et résident de Québec, a perdu la vie dans une avalanche sur les monts Chic-Chocs le mercredi 19 février 2020.

«Ça fait vraiment longtemps qu’il pratiquait ce sport-là. Il faisait beaucoup de hors-piste, mais toujours en étant prudent. Il savait ce qu’il faisait», affirme son père.    

Il avait d’ailleurs suivi ses formations en cas d’avalanche et son groupe était équipé de détecteurs de victimes d’avalanches (DVA), en plus de cartes topographiques du secteur ont confirmé des proches au Journal.    

Peu de chance  

La victime faisait partie d’un groupe de quatre hommes partis en excursion mercredi matin.    

Deux des skieurs ont pu échapper à l’avalanche qui s’est déclenchée vers 11h20, mais les deux membres du groupe ont été fauchés. Outre Jean-Marc Dion, qui a perdu la vie, l’autre victime, un Ontarien, s’en est tiré avec des blessures mineures.     

Le directeur du service incendie de Sainte-Anne-des-Monts, qui est intervenu sur les lieux du drame, précise que la montagne a laissé peu de chances à Jean-Marc Dion, instantanément enseveli sous le poids de la neige.     

Jean-Marc Dion, 32 ans, originaire de Matane et résident de Québec, a perdu la vie dans une avalanche sur les monts Chic-Chocs le mercredi 19 février 2020.
Photo courtoisie
Jean-Marc Dion, 32 ans, originaire de Matane et résident de Québec, a perdu la vie dans une avalanche sur les monts Chic-Chocs le mercredi 19 février 2020.

«Il avait quelque chose comme deux mètres de neige sur lui», précise Steve Dumont, qui salue le courage des camarades de la victime.    

«Oui, il y a eu une avalanche, mais il y a toujours un risque de deuxième vague et malgré ça, ils se sont lancés pour déterrer leurs amis. Le bilan aurait pu être plus lourd», admet le pompier, précisant que le point de l’avalanche était à 17 kilomètres du chemin le plus près.     

Voyage attendu  

Jean-Marc Dion, originaire de Matane, mais maintenant installé à Québec, était de retour en Gaspésie pour cet attendu voyage d’une semaine en montagne avec des amis.    

Le groupe avait d’ailleurs fait un arrêt à la maison familiale de la victime le week-end dernier avant d'entamer son périple sur les Chic-Chocs.    

«Il était venu coucher ici avec ses chums samedi et dimanche pour être plus proche et être prêt à partir lundi matin. Il était vraiment content d’aller là-bas. C’est quelque chose qu’ils faisaient chaque année», confie Claude Dion, un sanglot dans la voix en se remémorant la dernière fois où il aura vu son fils.    

Risque avalanche  

L’avalanche qui a fauché la vie de Jean-Marc Dion en était une d’importance selon les experts d’Avalanche Québec, qui la classe à une intensité de 2,5 sur leur échelle de 5.    

Directeur général de l’organisme, Dominic Boucher qualifie la masse de neige qui a déferlé dans le secteur des mines Madeleine mercredi «d’assez importante».    

«Pour donner une idée, les plus grosses qu’on a répertoriées aux Chic-Chocs en vingt ans, ce sont des tailles 3», précise M. Boucher.    

Force meurtrière  

L’échelle de mesure, basée sur le potentiel de destruction de l’avalanche, est exponentielle. «À 1, c’est une avalanche sans risque pour personne, alors qu’à 5, ça va ensevelir et détruire un village entier», explique le spécialiste.    

C’est donc dire que l’avalanche de mercredi, entre 2 et 3, est amplement suffisante pour ensevelir et tuer quelqu’un qui se retrouverait sur sa route.    

«La ligne de fracture, où s’est détachée la plaque de neige, faisait par endroit plus de 2 mètres de hauteur selon nos observations. C’est majeur, ça veut dire qu’il y a beaucoup de neige impliquée», observe Dominic Boucher.    

D’après les observations faites par l’équipe d’Avalanche Québec, entre 15 et 30 centimètres de neige étaient tombés dans la nuit précédant l’accident de mercredi. Avec les rafales qui soufflaient dans certains secteurs, la poudrerie a pu causer des accumulations dépassant le mètre de neige.    

«L’endroit où c’est arrivé, c’est un bol qui s’est retrouvé complètement chargé par la neige», indique le prévisionniste qui avait émis un bulletin la veille qualifiant le risque de «considérable» pour le secteur.    

Une centaine d’avalanches par année  

Avalanche Québec se charge de recenser annuellement les épisodes d’avalanche dans les monts Chic-Chocs. En se basant sur leurs observations et sur les signalements du public, ils sont en mesure de confirmer une centaine d’avalanches chaque année.    

«C’est une fraction de ce qui se passe vraiment. [...] Mais juste dans la dernière semaine, ce sont plus d’une quinzaine d’avalanches qui nous ont été rapportées», lance Dominic Boucher, rappelant l’importance de consulter les bulletins de risques avant de se lancer à l’assaut de la montagne. «C’est l’information de base sur laquelle s’appuyer pour prendre les bonnes décisions.»    

«On a un magnifique terrain de jeu, mais comme n’importe quel jeu comme celui-là, ça comporte des risques», ajoute le directeur du service d’incendie de Sainte-Anne-des-Monts, Steve Dumont. «Dame Nature est plus forte que tout».